‹ Œuvres complètes de Jean de La FontaineChapitre 592 sur 723 · XIII. - A MADAME DE FONTANGES · texte numérisé non relu

XIII. - A MADAME DE FONTANGES

Charmant objet \ digne présent des cieux , Et ce n^est point langage de Parnasse, Votre beauté vient de la main des dieux : Vous Tallez voir au récit que je trace. Puissent mes vers mériter tant de grâce Que d'être offerts au dompteur des humains *, Accompagnés d'un mot de votre bouche , Et présentés par vos divines mains , De qui Tivoire embellit ce qu'il touche !

Je me trouvai chez les dieux l'autre jour : Par quel moyen ? J'en perdis la mémoire. Il me suffit que de Fhumain séjour Je fus porté dans ce lieu plein de gloire. IJn dieu s'en vint ; et m'ayant abordé : Mortel , dit-il , Jopin m'a commandé De te montrer par grâce singulière , L'Olympe entier et tout le firmament.

Ce dieu c'était Mercure , assurément :

Il en avait tout l'air et la manière.

Après l'abord , il me montra du doigt Force clartés qui partaient d'un endroit. Vois-tu , dit-il , cet enclos de lumière ? C'est le palais du monarque des dieux.

Et moi d'ouvrir incontinent les yeux.

Ce que je vis était d'une matière Qui ne saurait dignement s'exprimer.

Figurez-vous tout ce qui peut charmer , Tout ce qui peut éblouir tout ensemble ; Astres brillants et soleils radieux.

N'y comprenez toutefois vos beaux yeux , Car leur éclat n'a rien qui lui ressemble.

* Marie- Angélique de ScoraiUe de RoussiUe, duchesse de Fontanges. A laquelle cette épitre est adressée , naquit en 1661. Elle devint la maîtresse de Louis XIV en 1679, et mourut des suites de couches, le 2S Juin I6SI , à Port-Boyal. Voyei V Histoire de la vie et des ouvrages de J. de la Fontaine , 3« édition , p. SOS A 311.

> Louis XIV.

ŒUVRES DIVERSES

Avec Mercore eo oe palais entré , Selon leur rang je vis sur maint degré Les dieux assis , Jupiter à la tête :

Tons paraissaient en des atours de fête. Le Sprt ouvrit un livre à cent fermoirs , Puis fit crier dans les sacrés manoirs Par trois hérauts , à trois fois différentes , Le contenu des paroles suivantes :

De par Jnpin soient les dieux avertis , Conformément à nos divins usages ,

Que Ton va faire au del deux mariages Avant quils soient sur la terre accomplis.

Au mot d'hymen je vis chacun se taire , Et les oui par trois Ibis publier :

Vvai pour Conti\ l'autre pour Fhéritier Du Jupiter de ce has hémisphère \ On applaudit; puis , silence étant fait , Le dieu des vers lut deux épithalames.

En voici Tun : Couple heureux et parfait , Couple charmant , faites durer vos flammes Assez longtemps pour nous rendre jaloux ; Soyez amants aussi l<Higtemps qu'époux.

Douce journée ! et nuit plus douce encore , Heures , tardez , laissez au lit TAurore. Le temps s'envole; il est cher aux amants, ' Profitez donc de ses moindres moments , Jeune princesse , aimable autant que belle, Jeune héros ,non moins aimable qu'elle ; Le temps s'envole , il faut le ménager ; Plus il est doux , et plus il est léger.

Phébns se tut : et bien que dans leur âme Les immortels enviassent Conti , Du couple heureux et si bien assorti L'on dit an Sort qu'il prolongeât la trame, S'il se pouvait. Puis le père des vers , Changeant de ton pour l'autre épithalame , Lut ce qui suit : Chantez , peuples divers , Que tout fleurisse aux terres leurs demeures *.

* Il «"agit Idde Louis- Annaod de Bourbon , prince de Contl. pair de France , né en IfiSI . marié le 16 Janvier I6S0 A Marie- Anne de Bourbon , dite mademoiselle de Blois. duchesse de la VaUière, flile naturelle du roi et de «"aH^^^ ^^ i^ Valiiere, le a octobre 1066 . morte ie 3 mai 1738, depuis princesse douairière de Conti , son mari étant mort sans postérité le 9 no- Tembre 1685. Voyez Anselme, BUtoire généalogique et chronologique de la maison de France , troisième édition , In-foUo, I7a6.t. l,p. S4S-350.

> Le Jupiter de ce bas hémisphère est Louis XIV. et son héritier est Louis de. France , ou le Dauphin , marié le 7 mars ISSO à Anne-Marie-Christuie, fille de l'électeur de Bavière.

* Vas. Dans les éditioos modernes :

Qm tout flsnrtsM «os tsrrwtrc* dcmecmt.

Cette lêçoB est peut-être préttrable pour l'élésance et Iliarmo-

Ne tardez plus; avancez, lentes Heores; Allez porter aux humains un printemps Tel que celui qui commença les temps.

Heures , volez ; hâtez llieor * et la joie Du fils des dieux, à qui TOlympe envoie Une princesse ' an n^ard enchanteor.

Mille beaux dons éclatent dans son oœor -, En son esiNît, en son corps mille diarmea : Amour la suit , Amour a pris des armes Qui soutiendnmt Thonneur de son oanioois. Prince, il fiiudra se rendre cette Ibis.

Ces chants finb , je ne saurais vous dire Comment enfin chacun se sépara.* Mercure seul avec moi demeura, ^obtins de lui que de ce vaste empire L*on m'ouvrirait les temples; et je vis Deux noms feuneux, deux noms rivaux prétendre Le premier rang aux célestes lambris :

L'nn , c'est Louis ; l'autre , c'est Albxandbb. De ces deux rois je comparai les faiu, Non la personne ; elle est trop difSérente: Et Slatira , qui se méprit aux traits Du conquérant dont la Grèce se vante \ Au roi des Francs n'aurait jamais erré : Toujours ce prince aux regards se piésente Mieux fait qu'aucun dont il soit entouré. Je vis encore une jeune merveille; Si ce n'est vous, c'en est une pareiUe : . Mais c'est vous-même ; et Mercure me dit Comment le del un tel œuvre entreprit.

Mortel , dit-il , il est bon de t'apprendra Par quel motif ce chef-d'œuvre fut bit Un jour Jupin , se trouvant satisfoit Des vceux qu'en terre on venait de lui rendra, Nous dit à tous : Je veux récompenser" Dé quelque don la terrestre demeure.

Le don fut beau , comme tu peux penser; Minerve en fit un patron tout à rhenre« L'éclat fut pris des feux du firmament; Chaque déesse , et chaque objet charmant Qui brille au ciel avec plus d'avantage , Contribua du sien à cet ouvrage.

nie ; mais ce n'est pas ceUe de b Fontaine. Les éditiouda Œuvres posthume* et celle des OEweru diptraes deim «'accordentà donner ce vers td que je l'ai rétabli Hiay letnte.

* Le bonheur, i ffeur, dit la Bniyère, se plaçait où bmàÊtw • ne saurait entrer : U a fait heureux , qui est firançak, et il a ff cessé de l'être. * Le délaut qui se trouve dans oe vends k Fontaine donne , suivant nous, U raison qui a fait dnparatee ce mot de la langue; il ressemblait trop ao mot heure, qâà une tout autre signification.

> Marie<Aristine de Barièfe.

* Femme de Darius Godoman , qui prit ÈphnUkm pour Is conquérant macédonien.

£ PITRES

Pallas 7 mit son esprit si vanté, JuDon soQ port , et Vénns sa beauté; Flore son teint, et les Grâces leors grâces. Heureox mortel I en on point tu surpasses Tous tes pareils ; car lequel d'entre tous , Favorisé jusqu'à ce point par nous , A jamais vu TOlympe et sa structure ?

Reloume-t'en , conte ton aventure , Chante aux humains ces miracles divers, n n'eut pas dit, que , sans antre madiine, Je me revis dans le bas univers.

Divin objet , voilà votre origine ; Agréez-en le rédt dans ces vers.

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