‹ Œuvres complètes de Jean de La FontaineChapitre 594 sur 723 · A MADAME DE THIANGES · texte numérisé non relu

A MADAME DE THIANGES

Vous trouverez que ma satire

Eût pu ne se point écrire ,

Et que tout ressentiment ,

Quel que soit son fondement ,

La plupart du temps peut nuire ,

Et ne sert que rarement.

J'eusse ainsi raisonné si le del m'eût fait ange ,

Ou Thiange ; Mais il m'a fait auteur, je m^excuse par là :

Auteur , qui pour tout fruit moissonne Un peu de gloire. On le lui ravira ,

Et vous croyez qu'il s'en taira?

D n'est donc plus auteur : la conséquence est bonne.

S11 s'en rencontre un qui pardonne , Je suis cet indulgent ; s'il ne s'en trouve point, Blâmez la qualité , mais non pas la personne. Je pourrais alléguer encore un autre point : Les conseils.-— Et de qui?— Du public. C'est la ville, C'est la cour , et ce sont toutes sortes de gens ,

Les amis , les indifférents , Qui m*ont fait employer le peu que j'ai de bile : Us ne pouvaient souffrir cette atteinte à mon nom.

La méritais-je? on dit que non.

Mon opéra , tout simple , et n'étant , sans spectacle. Qu'un ours qui vient de naître , et non encor léché , Plaît déjà. Que m*a donc Saint-Germain* reproché?

* Madame de TbUnges, Bceor de madame de Mootespan, et la protectrioe de notre poCte, le bUma de s'être abandomié I la oolAre , et d'avoir écrit la aatire préoédeote i elle entreprit de le nooommoder avec Lnili , et y parriot. Voyei , pour plus d*éclaircinementi nir oe miet, l'Histoire de la vie et des ouvrages deJ.de la Fontaine . troiikpie édition , 4 tS^ , p. SM.

• C'cit-I'dire la oonr.

Un peu de pastorale? enfin ce ftit Fobatade. Pinlroduisais d'abord des bergers ; et le roi Ne se plaît à donner qu'aux héros de remploi. Je Ten loue. Il fallait qu'on lui vantât la suite ; Faute de quoi ma muse aux plaintes est réduite. Que si le nourrisson de Florence * eût vouia ,

Chacun eût foit ce qu'il eût pu.

Celui qui nous a peint un des travaux d'Aidde

(Je ne veux dire Euripide , Mais Quinault'), Quinault donc pour sa part aunit eo Saint-Germain ', où sa muse au grand jour ettt paru;

Et la mienne, moins parfaite , Eu t en du moins Paris , partage de cadette : Cadette que peut-être on eût cm quelque jour Digne de partager en aînée à son toor. Quelque jour j'eusse pu divertir le monarque. Heureux sont les auteurs connus à cette marque ! Les neuf Sœurs proprement n'ont qu'eux pour fiivoris.

Qu'est-ce qu'un auteur de Paris?

Paris a bien des voix ; mais souvent , fknte d^une ,

Tout le bruit qu'il fait est fort vain. Chacun attend sa gloire ainsi que sa fortune

Du suffrage de Saint-Germain.

Le maître y peut beaucoup; il sert de rëgleaux autres:

Comme maître premièrement , Puis comme ayant on sens meilleur que tous les nôtres. Qui voudra l'éprouver obtienne seulement

Que le roi lui parle un moment.

Ah 1 si c'était ici le lieu de ses louanges 1 Que ne puisje en ces vers avec grâce parler

Des qualités qui font voler

Son nom jusqu aux peuples étranges M

On verrait qu'entre tous les rois

Le nôtre est digne qu'on l'estime :

Mais il faut pour une autre fois

Réserver le feu qui m'anime.

Je ne puis seulement qu'étaler aujourd'hui Son esprit et son goût à juger d'un ouvrage ; L'honneur et le plaisir de travailler pour lui. Ceux dont je me suis plaint m'dtent cet avantage :

Puis-je jamais vouloir du bien

À leur cabale trop heureuse ?

D'en dire aussi du mal, la chose est dangereuse :

Je crois que je n'en dirai rien.

Si pourtant notre homme se pique D'un sentiment d^honneur^ et me fait k son tour

Pour le roi travailler un Jour ,

Je lui garde un panégyrique.

4 Jean-nqittsteLaUi.

* Dans aoa opéra d'Meette,

' Saint-Germain en Laye , où la coor le tenait alon.

4 C'eit-à-dlre les nations étrangères. On retroinre IMgM» meot œtte location dam Malbeibe, et dans d'antres poêles de cette époque.

ÉPITRES

n est homme de ooar , je suis homme (de vers ;

JoaoDS-iKNis tous deux de paroles :

Ayons deux hmgages divers ,

Et laissons les hontes frivoles.

Retoarner à Daphné^ vaut mieux que se venger. Je vous laisse d'ailleurs ma gloire à ménagel*. Deux mots de votre bouche et belle et blen-disante

Feront des merveilles pour moi.

Vous êtes bonne et bienfaisante ,

Servez ma muse auprès du roi.

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