‹ Œuvres complètes de Jean de La FontaineChapitre 598 sur 723 · MONSEIGNEUR LE PRINCE DE CONTI · texte numérisé non relu

MONSEIGNEUR LE PRINCE DE CONTI

Pleurez-vous aux lieux où vous êtes ' ? La douleur vous suit-elle au fond de leurs retraites?

Ne pouvez-vous lui résister?

Dois>je enfin , rompant le silence ,

On la combattre , ou la flatter ,

Pour adoucir sa violence ?

Le dieu de TOise est sur ces bords ,

Qui prend part à voire souffrance ; n voudrait les orner par de nouveaux trésors ,

Pour honorer votre présence.

Si j'avais assez d'éloquence , Je dirais qu'aujourd'hui tout y doit rire aux yeux. Je ne le dirais pas : rien ne rit sous les cieux

Depuis le moment odieux Qui vous ravit un frère aimé d*amour extrême*.

Ce moment , pour en parier mieux,

Vous ravit dès lors à vous-même.

< Fnnçotf-IxNiiB de CoaU , après la mort d'Armand de Coutf, ■OD frère aloé. qu'il chérissait tendrement, s'était reUré k son èbâtesu de l'Isle-Adam , sur les bords de l'Oise , où il se trouvait exilé parla volonté du roi, qui avait saisi sa correspondance tandis qu'il était à l'année. Voyex à ce sqjet YBUiaire de la vie et des ouvrages de /. de la Fontaine, troisième édition» IS24, p. 39S.

> Armand de Bouilion-CoiiU . né eu 4S64 , mort le 9 novembre 46S5. à Fontainebleau, de la petite vérole , qu'il avait gagnée en soignant sa femme, atteinte de la même maladie.

Gonti dès l'abord nous fit voir Une âme aussi grande que beUe.

Le ciel y mit tout son savoir ,

Puis vous forma sur ce modèle.

Digne du même encens que les dieux ont là-bjmt, Vous attiriez des cœurs l'universel hommage ; L'un et l'antre servait d^exemplaire et d'image :

Vous aviez tous deux ce qu'il fout

Pour être un parfait assemblage.

Je n'y trouvais qu'un seul défaut

C'était d'avou- trop de courage.

Par cet excès on peut pécher :

Gonti méprisa trop la vie.

A travers le péril pourquoi toujours chercher Les noms dont après lui sa mémoire est suivie?

Ges noms , qu'alors aucun n'envie,

N'ont rien là-bas de consolant :

Achille en est un témoignage.

Il eut un désir violent

De faire honneur à son lignage ; Il souhaita d'avoir un temple et des autels :

Homère en ses vers immortels

Le lui bâUt. Sa propre gloire

Y dure aussi dans la mémoire

Des habitants de l'univers.

Cependant Achille, aux enfers ,

Prise moins Thonneur de ce temple

Que la cabane d'un bei^i^.

Profitez-en : c'est un exemple

Qui mérite bien d'y songer.

Songez-y donc , seigneur ; examinez la diose, D'autant plus qu'on ne peut y feillir qu'une fois : L'Achéron ne rend rien. Si nos pleurs étaient caose

Qu'il révoquât ses tristes lois , Nous reverrions Gonti ; mais ni le sang des nns ,

Ni la grandeur, ni la vaillance, Ne font changer du Sort la fatale ordonnance Qui rend sourd à nos cris le noir tyran des morts.

Ne vous fiez point aux accords

D^un antre Orphée : a-t-il lui-même

Rien gagné sur la Parque blême?

Il obtint en vain ses amours.

Tous deux avaient du Styx repassé les contours:

n vit redescendre Eurydice.

Il protesta de l'injustice :

n implora TOlympe , et neuf jours et neuf nuits

Importuna de ses ennuis

Les échos des rivages sombres.

Quand j'irais , conmie lui , redemander aux ooibres

Les Gontis , princes belliqueux,

On me dirait que le Gocyte

Ne considère aucun mérite ;

Je ne reviendrais non plus qu'eux.

É PITRES

Je ne tous dis id que ce qa*a dit Voiture*. L'ami de Méoénas, Horace% dam ses sons rayait dit devant loi \ devant/ eux la nature

L'avait ISiit dire en cent façons.

Les neuf Sœurs et leurs nourrissons

Depuis longtemps , en leurs diansons , Répètent que Ton voit recommencer Tannée ,

Et que jamais la destinée Ne permit aux humains le retour en ces lieux. GooBervez donc, seigneur , des jours si précieux ;

Que le temps sèche au moins vos larmes : Celui que vous {deurez, loin d^y trouver des charmes,

En goûte un bonheur moins parfait.

Je crains que lesraisons ne soient de peu d'effet

Dans la douleur qui vous possède; Mais le temps p*aura-t-il pour vous seul nul remède ?

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