MONSEIGNEUR LE PRINCE DE CONTI
Pleurez-vous aux lieux où vous êtes ' ? La douleur vous suit-elle au fond de leurs retraites?
Ne pouvez-vous lui résister?
Dois>je enfin , rompant le silence ,
On la combattre , ou la flatter ,
Pour adoucir sa violence ?
Le dieu de TOise est sur ces bords ,
Qui prend part à voire souffrance ; n voudrait les orner par de nouveaux trésors ,
Pour honorer votre présence.
Si j'avais assez d'éloquence , Je dirais qu'aujourd'hui tout y doit rire aux yeux. Je ne le dirais pas : rien ne rit sous les cieux
Depuis le moment odieux Qui vous ravit un frère aimé d*amour extrême*.
Ce moment , pour en parier mieux,
Vous ravit dès lors à vous-même.
< Fnnçotf-IxNiiB de CoaU , après la mort d'Armand de Coutf, ■OD frère aloé. qu'il chérissait tendrement, s'était reUré k son èbâtesu de l'Isle-Adam , sur les bords de l'Oise , où il se trouvait exilé parla volonté du roi, qui avait saisi sa correspondance tandis qu'il était à l'année. Voyex à ce sqjet YBUiaire de la vie et des ouvrages de /. de la Fontaine, troisième édition» IS24, p. 39S.
> Armand de Bouilion-CoiiU . né eu 4S64 , mort le 9 novembre 46S5. à Fontainebleau, de la petite vérole , qu'il avait gagnée en soignant sa femme, atteinte de la même maladie.
Gonti dès l'abord nous fit voir Une âme aussi grande que beUe.
Le ciel y mit tout son savoir ,
Puis vous forma sur ce modèle.
Digne du même encens que les dieux ont là-bjmt, Vous attiriez des cœurs l'universel hommage ; L'un et l'antre servait d^exemplaire et d'image :
Vous aviez tous deux ce qu'il fout
Pour être un parfait assemblage.
Je n'y trouvais qu'un seul défaut
C'était d'avou- trop de courage.
Par cet excès on peut pécher :
Gonti méprisa trop la vie.
A travers le péril pourquoi toujours chercher Les noms dont après lui sa mémoire est suivie?
Ges noms , qu'alors aucun n'envie,
N'ont rien là-bas de consolant :
Achille en est un témoignage.
Il eut un désir violent
De faire honneur à son lignage ; Il souhaita d'avoir un temple et des autels :
Homère en ses vers immortels
Le lui bâUt. Sa propre gloire
Y dure aussi dans la mémoire
Des habitants de l'univers.
Cependant Achille, aux enfers ,
Prise moins Thonneur de ce temple
Que la cabane d'un bei^i^.
Profitez-en : c'est un exemple
Qui mérite bien d'y songer.
Songez-y donc , seigneur ; examinez la diose, D'autant plus qu'on ne peut y feillir qu'une fois : L'Achéron ne rend rien. Si nos pleurs étaient caose
Qu'il révoquât ses tristes lois , Nous reverrions Gonti ; mais ni le sang des nns ,
Ni la grandeur, ni la vaillance, Ne font changer du Sort la fatale ordonnance Qui rend sourd à nos cris le noir tyran des morts.
Ne vous fiez point aux accords
D^un antre Orphée : a-t-il lui-même
Rien gagné sur la Parque blême?
Il obtint en vain ses amours.
Tous deux avaient du Styx repassé les contours:
n vit redescendre Eurydice.
Il protesta de l'injustice :
n implora TOlympe , et neuf jours et neuf nuits
Importuna de ses ennuis
Les échos des rivages sombres.
Quand j'irais , conmie lui , redemander aux ooibres
Les Gontis , princes belliqueux,
On me dirait que le Gocyte
Ne considère aucun mérite ;
Je ne reviendrais non plus qu'eux.
É PITRES
Je ne tous dis id que ce qa*a dit Voiture*. L'ami de Méoénas, Horace% dam ses sons rayait dit devant loi \ devant/ eux la nature
L'avait ISiit dire en cent façons.
Les neuf Sœurs et leurs nourrissons
Depuis longtemps , en leurs diansons , Répètent que Ton voit recommencer Tannée ,
Et que jamais la destinée Ne permit aux humains le retour en ces lieux. GooBervez donc, seigneur , des jours si précieux ;
Que le temps sèche au moins vos larmes : Celui que vous {deurez, loin d^y trouver des charmes,
En goûte un bonheur moins parfait.
Je crains que lesraisons ne soient de peu d'effet
Dans la douleur qui vous possède; Mais le temps p*aura-t-il pour vous seul nul remède ?