XXI. — A M" LÉVÊQUE DE SOISSONS
m LUI DOlVIfANT UN QUINTILIBN DE LA TRADUCTION D*0£AZIO TOSCANBLLA*.
Je voQs ftds un présent capable de me nuire. Chez vous Quintilien s*en va tons nous détruire : Car enOn qui le suit? qui de nous aujourd'hui S'égale aux anciens tant estimés chez lui?
* CeUot Tial; et la Fontaine a exprimé exactement ici lei mêmes kMei que Voltiire dans YÉpitre au prince de Condé, édIUoii «le 1678 . in-ia , t. II . p. 484 à f as.
> nant l'ode adressée à Virgile :
Moltis iUe bonli flebills oeddit t
Noill flebUIor qoam tlU , VIrgill!
Ta frofltra piaf, hea I non itn eredUn
FomI* QainetHiam d«o0.
QoiâT d Ttarflido blandio* Orphoo ÂadiMiff modérera nrboriboe fldem, Naa TmnJB redeat imnciila imaginl ,
QDam Tirga semel horrlda , Non lenis predbn« fatn radndera.
Migra eompolerit Meraoriu gragi?
BoaAT. , dur»., lib. I, od. sut.
* Devant , deux fols employé dans ce vers pour atant , œ qui n'était pas une faute du temptde laPontalne. On tronve desexemplei semUaMes dans Boilean , dans Racine, et même dam Voltaire. ActneUement devant ne s'emploie plus que pour l'ordre des lieux; mais, quand on parie de l'ordre des temps • 00 met toujours avanL
* Pierre-Danid Huet, nommé évèque de Boissons en I685i est pin connu comme évèque d'Arrancbes, parce qu'il permuta avec Bniilard de Slllery pour ce second siège en i6M , avant d'avoir reçu lesbuUesdu premier. Huet naquit k Caen le S février 1690 . et mourut le 26 Janvier 1721 , k quatre-vlngt*Ottse ans. Il était ami intime de noire poète.
* La traduction Italienne de QuiotiUen . d'Onuio Toecanelia , parut à Veniie en 4566 et 1068 , in-4* .
Tel esl mon sentiment, tel doit être le vôtres Mais , si votre 8uflira§;e en entr^ne quelque autre , n ne feit pas la foule ; et je vois des auteurs Qui , plus savants que moi , sont moins admirateurs. Si vous les en croyez , on ne peut , sans faiblesse , Rendre hommage aux espritsde Rome et de la Grèce. Craindre ces écrivains I on écrit tant chez nous ! La France excelle aux arts , ils y fleurissent tous ; Notre prince avec art nous conduit aux alarmes ; Et sans art nous louerions le succès de ses armes ! Dieu n^aûnerait-U plus à former des talents? Les Romains et les Grecs sont-ils seuls excellents ? Ces discours sontfort beaux, mais fort souventfrivoles: Je ne vois point l'efTet répondre à ces paroles ; Et , faute d'admirer les Grecs et les Romains , On s'égare en voulant tenir d'autres chemins.
Quelques imitateurs , sot bétail , je Favoue, Suivent en vrais moutons le pasteur de Bfantone '. Ten used'antre sorte ; et , me laissant giuder , . Souvent à marcher seul j'ose me hasarder. On me verra toujours pratiquer cet usage. Mon imitation n'est point un esclavage : Je ne prends que Tidée , et les tours , et les lois Que nos maîtres suivaient eux-mêmes autrefois. Si d'ailleiiri quelque endroit plein Ches eux d'exoèllenoe Peut entrer dans mes vers sans nulle violence , Je Vj transporte , et veux qu'il n'ait rien d'affecté , Tdcbant de rendre mien cet air d*antiquité. Je vois avec douleur ces routes méprisées : Art et guides , tout est dans les champs Élysées. J'ai beau les évoquer , j'ai beau vanter leurs traits , On me hdsse tout seul admirer leurs attraits. Térenoe est dans mes mains ; je m'instrols dans Horace ; Homère et son rival sont mes dieux du Pâmasse. Je le dis aux rochers; on veut d'antres discours: Ne pas louer son siècle est parler à des sourds. Je le loue , et je sais qu^il n*est pas sans mérite ; Mais, près de ces gnnéte noms , notre gloire est petite : Tel de nous , dépourvu de leur solidité , N'a qu'un peu d'agrément , sans nul fonds de beauté. Je ne nonune personne : on peut tous nous connaître. Je pris certain auteur ' autrefois pour mon maître ; U pensa me gâter'. A la fin , grâce aux dieux ,
' Pemnlt avait lu , dans la séance de r Académie française qui se tint le 27 Janvier 1667 . son poème intitulé le Siècle de Louis le Grand, dans lequel il dépréciait les anciens pour exalter les modernes. La Fontaine écrivit aussitôt cette épitre pour répondre au poème de Perrault Yojei TIHstoire de la vieetdeeomrageide la Fontaine , troisième édlticm , p. 4SV k4Sf.
«Viiglle. (JVo<«de laFmUainê,)
> Voiture , pour lequel la Fontaine eut dans sa jeni admiration presque exduslvf .
* Quelques auteurs de ce teops-ll aflèctaient les
ŒUVRES DIVERSES
Horace, par bonheur, me denilla les yeox. L'auteur avait du bon , du meilleur ; et la France Estimait dans aes Yers le tour et la cadence. Qui ne les eût prisés? J'en demeurai ravi : Mais ses traits ont perdu quiconque Ta suivi. Son trop d'esprit s'épand en trop de belles dioses : Tous métaux y sont or , tontes fleurs y sont roses * . On me dit là-dessus : De quoi vous plaignez-vous ? De quoi ? VoUà mes gens aussitôt en courroux ;. Es se moquent de moi , qui , plein de ma lecture , Vais partout prêchant Tart de la simple nature *. Ennenû de ma gldre et de mon propre bien , Malheureux , je m*attache à ce goût ancien. Qu'a-t-il sur nous, dit-on , soit en vers , soit en prose? L'antiquité des noms ne fiiit rien à la chose , L'autorité non plus , ni tout QuintUîen. G(mAis à ces propos, j'écoute, et ne dis rien. J'avouerai cependant qu'entre ceux qui les tiennent J'en vois dont les écrits sont beaux, et se soutiennent. Je les prise, et prétends qu*ils me laissent aussi Révérer les héros du livre que voici.
Recevez leur tribut des mains de Toscanelle. Ne vous étonnez pas qu'il donne pour modèle A des ultramontains un auteur sans brillants. Tout peuple peut avoir du goût et du bon sens , Us sont de tous pays, du fond de l'Amérique'; Qu'on y mène un rhéteur habile et bon critique , n fera des savants. HélasI qui sait encor Si la science à Thomme est un si grand trésor ?
Je chéris l' Arioste , et j'estime le Tasse ; Plein de Machiavel , entêté de Boccace , J'en parle si souvent qu'on en est étoordi. J'en lis qui sont du Nord , et qui sont du Midi, NonquIlM bdlleun choix dans Iran plus beau oavragei. Quand notre siècle aundi ses savants et ses sages ,
et ces wrleg de pentëei qn'oo appelle coiicnn. Cela a aciM immédlalemeiit Iblheriie. ( HoU de lu fVmtolfie. )
« Ven de Malherbe. ( Aofe de laVontaint, ) Ce ven n'eit pas exactement ainsi ; U se trouye dins la pièce intitulée RécU d'un berger , au baliet de Madame , princesse d'Espagne , doa^ ilèmeitanoei
la terre en toas «odroils prodalra tontes cboses : Totti mélanx Mront or, toatn flears aeront roMs.
OEmvrSê de MtUksrks, 1. YI, p. 19T, èdlt. 4080, iD-IS.
* Il a prêché d'exemple.
* Vâi. Dans les OEum-es posUiumês , dans les OEwores dl^ «er<e«, et dans toutes les éditions, onliti
Of sont toof d*nn pays da ffood de PAmèrlqQc.
Cette Tenkm absurde ne pouvait être corrigée qu'en ayant recours à rédition originale , qu'aucun éditeur n'a connue avant nous. Le sens du vers est que le goût et le bon sens sont de tout pap, et peuvent se trouver même au fond de l'Amérique , où lise formera des aavants oomÎBeaiUeun, si on y mène un rbéteor habile et bon critique, un (|uintiUeu; mais la phrase est ioooneote, Iropçondse , et obscure.
En trouverai-je un seul approchant de Platon * ? La Grèce en fourmillait dans son moindre canton. La Francea la satire et le double théâtre*; Des bergères d'Urfé * chacun est idolâtre : On nous promet l'histoire , et c'est un haut projet \ J'attends beaucoup de Tart , beaucoup plus du sujet: Il est riche , O est vaste , il est plein de noblesse ; H me ferait trembler pour Rome et pour la Grèce. Quant aux autres talents , Tode , qui baisse un peu ', Veut de la patience ; et nos gens ont du feu. Malherbe avec Racan , parmi les choeurs des angei , Là-haut de rÉtemel célébrant les louanges , Ont emporté leur lyre ; et j'espère qu'un jour J'entendrai leur concert au céleste séjour. Digne et savant prélat , vos soins et vos lumières Me feront renoncer à mes erreurs premières : Comme vous je dirai l'auteur de l'uniTen. Cependant agréez mon rhéteur et mes ?erk
XXIL ^ A M. DE VENDOME •.
Prince% qui lUtes les délices Et de l'armée et de la cour ,
< La Fontaine avait une Kraiidù admiration pour FIiIob: d .dans ravertissement des Ouvrages de prose a de yoésU qo! a publiés en commun avec de Iffancrotx , D a tre»4)iena|iprikdé le caractèpa particulier de ses Malofues. Cot prédiéfflent I'»' teur que Perrault déprécie le plus dans son poéne mr le Siède de Louis le Grand , p. &
• Je crois que la Fontaine entend par U le diéitreoriiBain où Ton Jouait la comédie etla tragédie, t{k théitre de l'Opéra , inconnu aui andens,
• Honoré d'une, auteur de Vjésirée, Lé goftt a bleo duQg« depuis. On ne Ut plus guère aiyouidliui cet aoteor. dootooi péies étaient idoUtres.
4 Louis XIV avait^en 1077 , chargé Racine et Boilera d'écrire riiistoire de son règne, et leur a?ait donné i tons deux one pension à cet effet PèUisson avait déjà commencé cette biitofre, eC le roi arait été si satisbit de ce commencement . qu'il lui avait donné l'ordre de continuer, et lui avait accordé à cette oocaiidB ses entrées, et une pension de six mille livres. MaisinadMie de Montespan eut une aflUre an conseil d'état pour un droit nr les boucheries que le roi lui avait concédé. Pellissoo fut cbir^ do rapport, et lui 6t perdre son pitNSès. MadMnede Monleipai. pour s'en venger, fit donner k Radne et à Deeprénn tes du^ ges d'historiographes. Pdiisson fàt par là dégoêté de ooDtimKr
la ttche qu'il avait entreprise. Kadne et nqppréauï Miftàoùnèreotjamaissérieusements et Louis XIV, avec ses troiihirt»'
riographes, n'eut pas un historien.
• On n*avatt encore, dans l'ode, surpassé, ni mène égsM Malherbe. Mais Jean-BapUste Rousseau allait bientét paraître i il avait seiae ans lorsque la Fontaine écrivait celte éplire.
•Pour les éclafadasemente relatil^ k cette épftre. oonsollei V Histoire de ta vie et des ouvrages deJ, de la Fontakt, troisième édition , 1824 , p. 8S0.
V Loui»-Joseph , duc de Venddoe , aiT{«re-pelit-Sb de Beariiv, né le l«*JuiUet 4654. mort ITfgnaros. en CaUlosne»
ÉPITRES
Da Tien soldat et des milices, Et de toate la gent qu'assemble le tambours
Le bruit de votre maladie
A Hùt trembler pour votre vie.
0 D*est pèlerinage où nous n'ayons songé :
Que si personne n'a bougé ,
Cest que le monarque lui-même
lUssora d'abord les e^ts ;
Et ce qu'il dit vint à Paris
Avec une vitesse extrême '.
Sans cela tout était perdu :
Le poète avait Tair d'un rendu'.
Comment ! d'un rendu? D'un ermite ,
D'un Santoron, d'un Santena^
D'un .déterré, bref, d'un qui n'a
Vu de longtemps plat ni marmite, n semblait, à me voir, que je fosse aux abois.
Fieobet', auprès de Gros-Bois,
Tient contenance moins contrite :
Non qu'il se soit du tout privé
Des commodités de la vie:
Même on dit qu'il s'est réservé
Sa cuisine et son écurie,
Des gens pour le servir ; le nécesBure enfin ; Un peu d'agréable ; et lui fin.
Cet exemple est fort bon à.suivre :
Ten sais un meilleur; c'est de vivre.
Car eatrce vivre , à votre avis , Que de fbir toutes compagnies.
Plaisants repas, menus devis , Bon vin, chansonnettes jolies, En on mot, n'avoir goôt à rien f Dites que non , vous direz bien.
Je veux de plus qu'on se comporte Sans faire mal à son prochain ; Qu'on quitte aussi tout mauvais train : Je ne l'entends que de la sorte.
Tant que votre altesse , seigneur, • Et celle encor du grand prieur, Aurez une santé parfoite ,
Iefljiiiiii7l3.1i était fili de Louis, docdeVenlôiiie.etde Unre M andoi . nièce da cardinal Maiarin.
* VcodAcne était eitrèmemeot aimé du loldat
' Ce fut le roi qui annonça à Paris la nonveUe de la guériaoa 4eM.deVcBdAoie.
' D'un homme qui est rendu , fktigué.
* Deux ondeii qui s'étaient retirés à la Tnppe. Sanlena f Mn en ISM. C'était un Piémontais qui arait un régiment d'Infattoie en Flunce.
* Gaspard 4le Fieubet , oonseiller au pariement* chaDoeHer de bnine. et CDuseilIerd'état ordinaire du roi, né en 46S6, mort le 10 septembre ISIM. II se retira aux Camaldules de Gros-Bols en Juillet IflOi . après la mort de sa femme. Pour lesdétalls qui le oonoemenl. voyei V Histoire de ia vie et des outrages de la fonlaiiw^troisiènie édition jsaijn^. page SSI.
iè renonoeà toute lebraHe.
Mais , dès qu'A vous arrivera Le moindre mal , on me verra Vite à Saint-Germain de la^Truite' Frère servant d'im autre ennite , - Qui sera l'abbé de Cbaulieu ^ Sur ce, je vous commande à Dieu.
XXni. — A M. DE VENDOME»^
Quand on croyait la campagne achevée , Et toute chose au printemps réservée, Arrive un fiiit, sous les ordres d'un roi Né pour donner au monde entier la loi , Sage et poissant, grand sur mer et sur terre. Voulant la paix , quoiqu'il fasse la gtierre Avec succès, depuis plus de trente ans ; Très-bien servi par tons ses combattants. Craint an dehors, au dedans chacun l'aime , Tout se soumet à son pouvoir suprême.
Or je croyais devoir m*étendre sur ced ; Car vous Taimez, comme il vous aime aussi. Il vous l'écrit (c'est beaucoup que d*écrire , Pour un roi tel qu'est le roi notre sire!) Avec des mots d'estime et d'amitié ; Et je n'en dis encor que la moitié.
Venons au fait. En Piémont notre armée ,
Sous Catinat à vaincre accoutumée ,
Complètement a battu l'ennemi ,
Et la victoire a pris notre partie
De Catinat je dirai quelque chose.
Sur lui le prince a bon droit se repose :
Ce général n'a guère son pareil ;
Bon pour la main, et bon pour le conseil.
De vous, seigneur, on en peut autant dire ;
Et quelque jour je veux encor récrire :
C'est mon dessein. Sur ce, je finirai ,
Vous assurant que je suis et serai
De votre altesse humble et servant poète ,
■ Prieuré de l'abbé de Cbaulieu.
• Guillaume Anfrie de Cbaulieu, connu par ses poéstes, na« quit au château de Fontenar . dans le Vain français , en IS30 • et mourut le 37.Juin 4720, k Paris, à l'âge de quatre-vingt-ua ans. Uétatt chargé de payer k la Fontaine la pension que lut bisait le duc de Vendôme. Voyei l'Histoire de la vie et des. ouvrages de la Fontaine , troisiènie édition . 1824 , p. 500.
> Voyes les édaireissements relatifc à cette épicre, dans VHis^ toire de la vie et des ouvrages de Jean de la Fontaine , trai« sième édMoQ , lOâ, ln-8«. p. 854.
4 Victoire de StaHsTOe, lelSaoOt ieso, dans laquelle Catinat défit l'année du duc de Safole. VUlefinnche lîit prise le Smait 1001 , et Nice le SI du même mois.
ŒUVRES DIVERSES
Qui toas honneurs et tons biens toos Ce mot de biens, cenTest pasnn trésor : Car efaacan sait que vous méprisez l^or. J^en ftds grand cas : aussi fidt sire Pierre, Et sire Paoi, enfin toute la terre ; Toute la terre a peut-être raison.
Si je sarais quelque bonne oraison Pour en avoir, tant que la paix se fosse , Je la dirais de la meilleure grâce Que j'en dis onc ' : grande stérilité Sur le Parnasse en a toujours été.
Qu'y ferait-on, seigneur ? Je me console , Si vers Noei Fabbé * me tient parole.
Je serai roi : le sage Fest-il pas?
Souhaiter l'or, est-ce Tétre ? Ce cas Mérite bien qu'à tous je m'en rappcHrte : Je tiens la chose à résoudre un peu forte.