‹ Œuvres complètes de Jean de La FontaineChapitre 600 sur 723 · XXIV. — A M. GIRIN · texte numérisé non relu

XXIV. — A M. GIRIN

DÉCISION GRAMMATICALS SUR CBTTB QUESTION : DOnN>R Dni SANS ESPRIT OU SANS DB L'BSPUT * ?

SansEsprit c'est la phrase,et non sansdel'bsprit:

Je tiens ce dernier condamnable ) Et Fauteur du rondeau Payait trop bien écrit Pour soutenir un point si fort insoutenable, n affaiblit par là ses cinq vers les plus beaux : Le sens, la chute, et tout m*y parait admirable. Il finit par un mot constant et véritable : C'est que Tesprit fiiit tout. Nul de nos joUTenoeaux Ne doit sans celui-là firéquenter chez les belles ,

Ni se présenter aux ruelles.

Or celui-là s^entend parfois en deux fiiçons. L'un dira , c'est Tesprit ; c'est l'argent , dira Tantre. Pour moi, mon avis est que tous les deux sont bons.

Un siècle foit comme le nôtre Veut de l'argent, et veut qu'on le donne à propos. Tout est fin diamant aux mains d'un habile homme : Tout devient happelourde entre les mains des sots. Bref y avec de l'esprit on va jusques à Rome.

' Jamab.

• L'abbé de Cbaaliea , cbaiigé de bire Umdier à la FonUlne la penaloii que Ini faisait H. de Vendôme.

* M. Girin , cootWHear des finances k Grenoble , envoya un rondean à M. de la Fontaine , pour savoir de lui si l'avant-deraier vers, qni était,

fans de Pttprlt , c*«al peu ds cbOM Que d'être besa,

se devait mettre avec on sans arUele. Il le fil Juge d'miegaseare considéAble que l'on avait tsile à Grenoble sur cela. II. de la VoQtalne Ini fit réponse, et écrivit les vers suivants au bas de sa lettre. (JVWi de rédiiUm deê OBumm potihumtê, )

Si SANS DB l'bsprit était bon,

Voici Tuniqne occasion

Où je pourrais lui trouver |daoe.

Sans de l'bsprit, dirais-je, on ne peut fSûre on pas.

Mais par malheur, quoi que l'on lluse,

Sans db l'esprit ne se dit pas.

LHdiome gascon souffrirait cette (toase.

Sans esprit parait fiuble aux gens du Danphiné;

Sans de l'esprit a plus d'emphase ,

Mais tout Paris Ta condamné *, Cependant tout Paris n'est pas toute la France : Votre province veut peut-être une éloquence

Ou Ton s^exprime en appoyant.

L'auteur en vos cantons peut soutenir la chose. Et près des tribunaux que la Garonne arrose

Se sauver par ce faux-Aiyant.

Je ne me donne pqint ici pour un oracle; Et sans chercher si loin. Grenelle en possède un :

n sait notre langue à mirade; Son esprit est en tont au-dessus du commun. C'est votre cardinal * que j'entends : ses lumières Dédaignent, il est vrai , de semblables matières. Je ne vous tiens pas gens à loi lire ceci ; Sans db l'esprit je crois que l'on le poomit €iire Ballades et rondeaux, ce n'est point son aflàûre. A l'égard du salut, unique nécessaire ,

Il n'est point de difficulté Qui ne doive occuper en pareille ocourrenoe ,

Non-seulement son émînenoe.

Mais même encor sa sainteté.

■ Pourtant Bofletn nous appreod , dans uns de ees lettres A

Ilrossette(t IV, lettre cui. p. S09I ), qnecette qoesHoQ, longtemps aprts ( en 1701 ) , était encore indécise. Il dit • cq parlant de r Académie de Lyon t f Je vols bien qu'il s'agit dans vos ooof férenœs d*antre chose qne de savoir s'B bnt dire : // « easff Crépneaienlcr esprit, oaHaextrémemaUderêÊprH, > Aa sqjet de cette location. l'abbé Tallemant, un des principaoi ooopératenrs du dictionnaire , a flSslt cette remanpie 1 1 II fst c certain qu'on dit lia exirémemenl d'etprU , et non pas // a « extrêmement de /'aspril. L'Académie néanmoins se troatf « partagée. L'usage et l'oreiUe feront toqjoun dooter de beau* t coup de tftçons de parier. ■ ( Remarques et décisicms de tJeadimie, par L. T., 1606. )L'asage aujounThnl n'est {tesdooteux . et a confirmé la décision de la Fontaine.

"Lecirdlnal leCamns, bomme de beaucoup d'esprit . arec lequel la Fontaine était fort lié. Etienne le Camns naquit en 1632 : d'abord auoiteier du roi, il vécut k la cour ai aimable débauché; mais il se convertit, ftat nomméévéïiue de Grenoble en 1671 . et mena dans son diocèse la vie des preniert apdtres. Il reçut le chapeau de cardinal en 1606 . et mourat à Grenoble le laseptembre 1706, après avoir lalné tout son Mcn aux pauvres. Voyei des détails sur ce qui le concerne, dans VIIiHotrt de la vie et de» ouorages deJ,de la FànlmiM, troisième édition, IS9« , p. 410.

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