LE 96 AOUT
Monseigneur,
Comme je serai bientôt votre redevable', j'ai cru que la magnificence de ces jours passés
* Vofet ci-demiB, p. 877 et 871, les Ten pour et contre madame Colletet • auxqaeli , dans le ncaeil de 1871 , cette lettre ttitd'lotrodactkm.
* VàM. BÊttdêmoUelie C dans l'édltioii originale. LavRm-
tdne dit mademoiaelle . quoique oe Mt une femme mariée t c'était ratage de ce temps poor les femmes qui n'étalent pas nobles.
* U Fontaine bit Id aUnsion à rengaganent qu*U avait pris
était une occasion de m'acquitter, et que je ne pouvais rien faire de mieux que de vous entre* tenir d'une si agréable matière. Je vous dirai donc que l'entrée * ne se passa point sans moi , que j'y eus ma place , sur un échafaud s'entend, aussi bien que beaucoup d'autres provin* ciaux; et que ce monde de regardants est une des choses qui me parut la plus belle en un jour si remarquable.
De toatei parts on y vit Une inerojable tlDuence ; L'entrée, à bien parler, se fit Ani yenz de toute la France.
Ce jour-là le soleU ftat asaei matineuz ; Mail, pour mieux laisser voir oe pompeu équipage » 11 tempéra aon éclat lumineux ; En quoi je Uens qu'il fot fort sage : Car quand U eût eu des habits Tout parsemés de rubis , Et oonrerts des trésors du Padoie et du Tage, Qu'U eût paru plus beau qu'il n'est an plus beau jour. Le moins brillant des seigneurs de la cour Eût brillé cent fois davantage.
La oour ne ae mit pas seule sur le bon bout,
Et le liue passa jusqu'à la bourgeoise.
Chacun fit de son mieux : oe n'était qu'or partout ;
Vous n'aTes tu de Totre vie
Une si leste infanterie ; On eût dit qu'ils sortaient tooa de chei le baigneur t
Représentei-Toas, monseigneur.
Dix mille hommes en broderie.
Ce ftat un bel objet que messienrs du conseil : Aussi leoFi majestés s'en tiorent honorées ;
de fournir une pièce de Ten pour chaque quartier de la pension qne lai payait Fouquet Le terme devait échoir au f** octobre, c'esUà-dlre cinq semaines après l'époque à laquelle cette lettre fut écrite. VoUà pourquoi notre poiste dit qu'il saisit l'occaiioo de l'entrée de la reine pour s'acquitter d'aTanoe.
* Cette entrée se trouve minuttensement décrite dans un tolame orné de planches . et publié par ordre des magistrats de la ville de Paris, intitulé Entrée IriomphanU de sa majetté louis Xiy, roi de fronce et de Navarre, etc., in-folia , 1662. (jVoyei encore François Collelet , NowftUe relation eonlenani la royale entrée de leurs majestés dans leur bonne ville été Paris , le 26 aoôt 1660 , in-4« ). Le roi s'arrêta d'abord ïu château de Viocemies, où on vint le complimenter, il s'éleva, avant d'entrer dans Paris , une dispute de piéséance entre les maréctiaox de France et les ambassadeurs des puissances étrangères. Les maréchaux , n'ayant pas voulu céder . n'accompagnèrent pas le cortège. Les ducs et pairs se retirèrent aussi, poor ne' pas céder au comte de SolSMUS ; Q n'y eut que les ducs et pairs k brevet Quelques années phis tard, les choses ne se seraient pas ainsi passées. On peut voir les détails de ceUo querelle dans un livra faitltolé Curiosités historiques, ou AaeueU depiéees utiles à rhisîoire de France $ Amsterdam, f 7(0, in-13 , 1 1 , p. 96. Voyex aussi , sur cette entrée, les Lettres de madame de MahUenon , I7S6, favIS, 1. 1, p. Si
OEUVRES DIVERSES
On n'en peot trop loacr le pompeox appareil ;
Leur troupe était des mieux paréei; Tout le monde admira leurs snpâl)es atours , Leurs cordons d'or, leurs bousMs de velonn.
Et leurs différentes livrées.
Leur cbef, fétu de brocart d'or
Depuis les pieds jusqu'à la tête ,
Ce jour^là parut uo Médor,
Et fut un des beaux de la fête.
Qui pourrait parler dignement
Des sceaux que portait fièrement
La cbancelière baquénée * , Qui chancela > si bien qu'en fut presque errenée? De Touloir peindre aussi les trois cours souTerainea *
Et leur auguste majesté , Ma muse n'y perdrait que son temps et ses peines; C'est un sujet trop vaste et trop peu limité.
Messieurs de fille eurent en f érité Bonne part de l'honneur en cette illustre tète.
Je trouf ai surtout bien monté
Celui qui marchait à leur téta*.
U n'est pas jusqu'à Rocollet
Qui ne lût sur sa bonne mine ':
Son cheval, qui n'était pas laid,
El semblait de taille asseï fine ,
Lui secouait un peu l'échiné
Et pensa mettre en désarroi
Ce braf e senr iteur du roi.
Des harangueurs et des harangues Si je m'étais trouvé plus prfes , Vous auries en fers quelques traits De ce qu'ont dit ces doctes langues ' : -
* On peot lin dans l'Entrée triomphante, p. 23, U description de cette haquenée, et celle de la parure de measire Séguier, chancelier de France.
■ A cause que cette haquenée tomba. ( Note de Tédltion des Œuvra poêtkumeê,) Ceci nous apprend la plaisanterie qu'on 8t dam le temps sur les mots chanceler et chancdUr, au sujet d'un léger accident que les relations officielles ont passé sous silence. Il n'esc pas , au reste, étonnant que celte haquenée ait bronché, puisqu'elle était lourdement chargée d'un ooOret de vermeil doré , couvert d'un voile d'or , qui renfermait les sceaux, el conduite en fesse pardeux cordons de soleattachés à sa bride.
* Le parlement, la cour des oomptes , et la cour des aides. 4 De Sève, alors prévôt des marclumds.
* Rocollet était libraire et imprimeur du roi, et en méoM temps de la viUe de Paris. Il était en bveur à cause de son attachement à la cause du roi pendant les troubles de la Fronde. Dans l'^lal de ta France pour 1657 . hHa, p. 179, Il en est fut mention dans des termes qui servent d'éclaircissenient à ces vers de notre poète. « Pierre Rocollet . aussi imprimeur et iiiiralre , choisi de messieurs de la ville pour être leur imprimeur, et qui, durant ces derniers mouvements, a paru aussi généreux capitaine que hon dtofen; pour marque de quoi sa nutfesté lui a lait don et présent d'une chaîne d'or avec la médaille de sa figure et portrait >
* Ceux qui haranguèrent le roi dans cette occasion furent de Leogict, recisur de l'unhrerslté; de Sève, prévM des mar^ chauds; d'Aubray. lieutenant civil auchâtelet ; Pa^ot, premier président de la cour des monnaies; Lamoignoa, premier présidentdu parlement. Louis XI v reçut ces hommages assis sur
Léon sages propos» leon beaux dits, Ce jour-là snr les beaoi habits L'emportèrent, comme je pense.
Mais tout cela n'est rien au prix
Des mulets de son éminenoe * ; Leur attirail doit avoir ooâté cher.
Us se suivaient en file ainsi que patenôtres : On en voyait d'abord vingt et quatre marcher , Puis autres vingt et quatre, et puis vingt et quatre autres. Les housses des premiers étaient d'assex grand prix; Les aeoonds les passaient, passés par les troisièmes :
Mais ceux-ci n'ont, à mon avis.
Rien laissé pour les quatrièmes.
Monsieur le cardinal l'entend, en bonne fol : Car après ces mulets marchaient quinxe attefaiges.
Puis sa maison, et puis ses pages * ,
Se panadanten bd airol.
Montés sur des chevaux plus sages
Que pas un d'eux, comme je crol.
Fignrea-vous que dans la Franoa
U n'en est point de si grand prix;
Que l'un bondit, que l'autre daoae •
Et que cela n'est rien an prix
Des mulets de son émhienoe.
Rlentôt après les seigneore delà cour • Propres, dorés, et beaux oooune des anges. Ou comme le dieu d'Amour, Attirèrent nos louanges :
J'entends le dieu d'Amour, quand il tient do dieu Mari, Et qu'il marche toat fier du pouvoir de ses dards, Car ces seigneurs >, qui sont près d'une beOe Aussi doux que des montons.
Sont pires que vrais fions Quand ils ont ime qnerdle , Ou que le bruit des canons Leur échauffe la cervelle.
En habits sous l'or tout cachés.
En dievaux bien enhamachés. Ils avaient dit grosse dépeose;
un trâne magnifique , élevé sur une estrade construite ï l'entrée du faubourg Saint- Antoine , et qui dominait Uwtes les maisons enviroonantes. Voyei Y Entrée triomphante ^ etc., p. 1S8> * Ils ouvraient la marche.
> Au nombre de vingt-quatre. Ils étaient suivis de oon orrosses à sa chevaux, accompagnés de viagt-(|uatre gentilshommes, et d'une compagnie de cent gardes I cheval, qoi tous bisaient partie de la maison du cardinal. Le chevalier de Grammont, Rouvllle, et Bellefunds, suivaient par lUtlerie cette maison. MonsiEca , par esprit de critique . avait au contraire alfecté , pour lui et pour sa suite, une simplicité extrême.
> Le duc de Navailles éUit à la tête des chevau-légen , vêsos d'un Justaucorps d'écarlate , et ayant des bottes, des écharprt et des pîuraes blanches. Le marquis de Tardes commandait les cent Suisses; le comte de Goiche , qui mardtait seul, accoopa^né de quelques gardes , se fit remarquer par rabondaDce éblouissante de ses pierreries; et le duc de la Feuillade pir la singularité de son accoutrement, qui consistait en pluiM noires et en rubans noirs snr de la broderie. Toyei rentrée triomphante, p. 24 1 et les Lettres 4e madame de Mainteeen, 1 1, P.S2.
LETTRES A DIVERS
Et, qoaot à mol, je Am Mirpris De voir nne telle aboodanoe , Et n'estimai plut rien aa prix Dei mulets de son émineuce.
iDOOotioeot on vit passer
Les légions de mousquetaires *.
C'est un bel endroit à tracer; Mais, sans que je m'attire un tel nombre d'aiïaires. Leur maître n'a que trop de quoi m'embarrasser.
Vous le Toyes quelquefois :
Croyei-^ous que le monde ait en beaucoup de rois Ou de taille ausri belle , ou de mine aussi lionne? Ce n'est pas mon avis; et, lorsque je le vois. Je crois ? oir la grandeur elle-même en perionae.
Comme jadis le monarque des cieui Dans le ciel fit son entrée , Après aîoir puni l'orgueil audacieux
Des suppôts de Briarée; Ou bien comme Apollon, des traits de son carquois Ayant du fier Python percé l'énorme masse
Triompha sur le Parnasse ; On comme Mare entra pour la première fois
Dans la capitale de Thrace ; Ainsi je crois encor voir le prince qui passe; £1 TOUS pouvei choisir de ces trois-là Celui qu'il tous plaira '...
Pourrai-je de ces Ten sortir à mon honneur? Ceci de plus en plus m'embarrasse et m'empêche; Et de fièvre en chaud mal me Toid, monseigneur ,
Enfin tombé dans la calèche >.
On dit qu'elle était riche, et semblait d'or massif,
Kt qu'il s'en fait peu de pareilles; Mais je «e la pus Toir, tant j'étais attentif '
A regarder d'autres merTeiUes.
Tes merreilles étaient de fort beaux cbereux blonds. Une TiTC blancheur, les plus beaux yeux du monde ,
Et d'autres appas sans seconds
D'une personne sans seconde :
Qu'on ne me demande pas Qui c'était que la personne En qui logeaient tant d'appas :
* La compagnie des mousquetaires était commandée par d'Arlagun, et marchait sur quatre lignes : on distinguait les dtfférrnies compagnies par la couleur de leurs plumes, blanches , bleues , jaunes , et noires.
* Louis XIV était monté sur un beau cheval d'Espagne , couvert d'une housse brodée en argent, pareille à son habit ; son chapeau était surmonté d'un bonqoetde plumes attachées avec nne enseigne de diamants. Ces vers manquent dans les manuscrits de Tallemant des Réaux.
* La ralèche de la reine, entièrement découverte , et où elle était seule, et placée sousun petitdais soutenu de légères colonnes dorées. Le duc de Boomonville, gouverneur de Paris, son chevalier d'honneur, l'ambassadeur d'Espagne, son majordome , If s ducs de Gnise , d'Blbeuf , et d'autres grands personnages , l'accompagnaient à cheval. Derrière cette calèche suivait un carrosse , dans lequel étaient les princesses du sang , les dames d'honneur et les dames d*atour.
La question aenilt bonne !
Tant d'agrément, tant de beanté , Tant de douceur, et tant de majesté.
Tant de grâces si naturelles, Où l'on trooTerait de quoi Faire un million de Itelles , Ne penrent, en bonne foi , Se trouTcr qu'en la merveille Sans égale et sans pareille Qui donne aux autres la loi , £t qui dort aTec le roi.