VII. — AU MÊME
▲ CImAit ( Châtem-Tbierry ) > ce l« CéTrier 1699. -
Monsieur mon oncle.
Ce qu'on vous a mandé de l'emprunt et du
jeu est très-foux : si vous l'aviez cru, il me semble que vous ne pouviez moins que de m'en £sdre la réprimande : je la méritais bien par le respect que j'ai j^ur vous , et par l'affection que vous m'avez toujours témoignée. J'espère qu'une autre fois vous vous mettrez plus fort en colère, et que , s'il m'arrive de perdre mon argent, vous n'en rirez point. Mademoiselle de la Fontaine ne sait nullement bon gré à ce donneur de feux avis , qui est aussi mauvais politique qu'intéressé. Notre séparation peut avoir fait quelque bruit à la Ferté' ; mais elle n'en a pas fait beaucoup à Château-Thierry, et personne n'a cru que cela fût nécessaire.
J'ai £ait une sommation pour recevoir l'annuel, mais je n'ai point consigné ; mandez-moi s'il est encore temps. La commission dont je vous ai écrit est une excellente afiaire pour le profit, et je ne suis pas assez ambitieux pour ne courir qu'après les honneurs ; quand l'un et l'autre se rencontreront ensemble, je ne les rejetterai pas : cependant , dès que Nacquart fera un tour à Château-Thierry, je lui ferai la proposition , sauf de m'en rapporter à vous touchant le choix.
J'espère qu'aujourd' hui votre édiange avec Madame de l'Hôtel-Dieu sera bien avancé; je suis sur le point d'en foire encore un. M. de la Place me doit un surcens de trois setiers et mine de blé , et deux setiers d'avoine ; le
* on m dan roiiginal CkaOry pour Cliltfltii-TtileRy. La FioataliM n'écrit Jamait autrement.
> Il t'aglt id d'une sépacatk» quant aoz biens. Dana Tacte de vente de la matoon qa'ila poartdalent à Cbiiean>Tlitorry , en date du 9 Janvier f 876, la Fontaine et «a femme y flgnrent comme aéparia quant ans biens. Voyei VHittaire dé la vl« M de* owfragei de îa Fontaine , troisitene édition , 104 , in-S*, p. 00 et MO.
OEUVRES DIVERSES
surcens est assis sur dix arpents de terre qui sont à la porte d'une de ses fermes. Il me veut donner en échange dix autres arpents enfermés dans vos terres de la Trueterie. Je trouve la chose à propos; mais il faut qu'elle se fasse sous votre nom, et auparavant il fiaudrait que je vous eusse cédé le snrcens r fl me semble que cela se peut foire par procuration, et quil n'est pas besoin d'attendiire un voyage de IHiris pour cela. Suivant ce que vous m'en manderez , j'enverrai mémoire.
Si vous n'avez trouvé à troquer vos terres de Clignon, M. Oudan, de Reims, s'en accommodera avec vous, et vous donnera de l'argent ou des terres dans la prairie. Si lafEaire d'Étampes se faisait, je vous conseillerais de choisir des terres.
Vous ne me mandez rien touchant le rachat que j'ai foit de vos rentes sous seing privé ; je ne l'ai pas voulu foûre par-devant notaire sans avoir auparavant votre avis , à cause des lods et ventes : souvenez*vous , s'il vous [riait, de m'en écrire.
Je suis ,
MONSIEUR MON ONCLE
Votre très-hmnble et trèfr^béiBaot scrvltear, DE LA FONTAINE.
P. S. Je VOUS écrivis hier vendredi, et vous priai de vous employer pour celui qui vous portera la lettré ; car peut-être recevrez-vous celle-ci la première. Je n'osai , à cause de la parenté de mademoiselle de la Fontaine, lui refuser de vous écrire; mais comme c'est pour essayer de lui procurer quelque emploi qu'on lui a fait espérer, et que ces choses ne se demandent ni ne s'obtiennent focilemoit, vous en userez comme il vous plaira, et vous vous réserverez, si vous le jugez à propos, pour quelque meilleure occasion z enfin, je ne prétends point vous importuner pour autrui dans une afiaire de cette nature ; c'est bien assez que je le fosse pour moi seulement : je vous prie de vous excuser de la meilleure grâce qu'il sera possible , et cela suffit.
LETTRES A DIVERS
VlU. — AM.
BZf LUI EIfTOTANT LES VERS POUR ET COIITRE MADAME COLLETET^
Vous VOUS étonflez , dites-vous , de ce que tant d'honnétes gens ont été les dupes de mademoiselle CoUetet^y et de ce que j'y ai été moimême attrapé. Ce n'est pas un sujet d'étonnement que ce dernier point; au contraire, c'en serait un si la chose s'était autrement passée à mon égard : ainsi vous faites très-sagement de me mettre au nombre des honnêtes gens , puisque aussi bien je ne puis nier que je ne sois de celui des dupes. Cela vous est-il nouveau? Et d'où venez- vous , de vous étonner ainsi? Savez-vous pas bien que, pour peu que j*aime, je ne vois dans les défauts des personnes non plus qu'une taupe qui aurait cent pieds de terre sur elle? ^^i vous ne vous en êtes aperçu, vous êtes cent fois plus taupe que moi. Dès que j'ai an grain d'amour, je ne manque pas d'y mêler tout ce qu'il y a d'encens dans mon magasin ; cela fiiit le meilleur effet du monde: je dis des sottises vn vers et en prose, et serais fôché d'en avoir dit une qui ne Mt pas solennelle ; enfin je loue de toutes mes forces.
Homo sum qui ex stultis insanos reddam.
Ce qu*il y a , c'est que l'inconstance remet les choses en leur ordre. Ne vous étonnez donc plus ; voyez seulement ma palinodie, mais voyez-la sans vous en scandaliser. Pourquoi ne merétracterais-jepas? Tantde grands hommes se sont rétractés! Et puis fiez- vous à nous autres faiseurs de vers !