XI. A M. DE MAUCROIX
RELATION d'uNB FÊTB DONNÉE ▲ TAUX.
22 iODT f66l.
Situ ' n'a pas reçu réponse à la lettre que tu m'as écrite^, ce n'est pas ma iaute ; je t'en
* Anne d'Autriche , mère du roi. Elle mourut dnq ans après , le 20 jauTier 1666. 4 l'âge de iolzante-quauv ans.
* Il s'agit probablement de qnelqoe pièce composée pour madame Foaquet , dans laquelle la Fontaine s'était mépris sur le nombre dfs enCuits qu'elle avait.
" Via. Il 7 a vous partout dans les manoserits de Tallemant des Réanx ; mate le UUef autognphe adressé à de Maacroiz, dûQt nous sommes possesseur, proore qUb la Footaine tu* lojait son ami. et que la leçou vous n'est pas bonne.
* De Maocroli était alors à Rome s il s'y était rendu, sous le boa nom dabbé an Cnusj, pour rempHr une mission secrète que Fouquet lui atait donnée. Il est écrit en mar^s des mann* icrits de Tallemant das Beaux. oeCte note sar de llaucroix i • Le surintendant l'avait eovoyé à Home ctimme ami de Pd-
dirai une autre fois la raison, et je ne t'entretiendrai pour ce coup<â que de ce qui regarde M. le surintendadt : non que je m'engage à t'envoyer des relations de tout ce qui lui arrivera de remarquable ; l'entreprise serait trop grande, et en ce cas-là je le supplierais trèshumblement de se donner quelquefois la peine de faire des choses qui ne méritassent point que l'on en parlât, afin que j'eusse le loisir de me reposer. Hais je crois qu'il y serait aussi empêché que je le suis à présent. On dirait que la Renommée n'est faite que pour lui seul , tant il lui donne d'affaires tout à la iois. Bien en prend à cette déesse de ce qu'elle est née avec cent bouches ; encore n'en a-t-elle pas la moitié de ce qu'il faudrait pour célébrer dignement un si grand héros; et je crois que, quand elle en aurait mille, il trouverait de quoi les occuper toutes.
Je ne te conterai donc que ce qui s'est passé à Vaux le 17de cemois^ Le roi, la reine mère. Monsieur, Madame, quantité de princes et de seigneurs, s'y trouvèrent : il y eut un souper magnifique , une excellente comédie , un ballet fort divertissant, et un feu qui ne devait rien à celui qu'on fit pour l'entrée'.
Tous les sens furent enobantés ; Et le régal eut des beautés Dignes du Heu, dignes du mallft , Et dignes de leurs majestés , Si quelque chose pouvait Tétre.
On commença par la promenade. Toute la cour regardaleseaux avec grand plaisir. Jamais Vaux ne sera plus beau qu'il le fut cette soiréelà, si la présence de la reine ne lui donne encore un lustre qui véritablement lui madquait '. Elle
limon, t Yojex le ReeuHl des défensu de Fouquet, In-IS, t. III . p. 366. S6S. S92; t VIII (ou t. III delà continuation), p. 117 1 140: et la Fit de François de Maueroix, dans les WowœHes Œuvres diverses de J. de la Fontaine, 1830* In-S*. p. If 3.
• horeii Bf use historique, Uv. Xll . p. IV. leU. lUin . en date da 20 aoftt ) nous apprend qua cette lète eut lieu un mercredi. Pour les éclaircissements qui y sont reUtib . on doit consulter l'Histoire de la vie et des ouvrages deJ,de la Fon» toine. troisième édition . 4SM, in-t*. p. 70. Foaquet STalt delà traité la cour I Vaux dans le mob de juin précédent On j sTatt Joué t Ecole des Maris de Molière. La reine d'Angleterre » lloiisjioa et MiOAHi. se trouTaient à oette fétet mais le roi n'y était pas. Toyes la Myse historique de Loret . I. XII . p. I M.
> C'est-è-dire l'entrée de la rdne , qal a été le sujet de la lottre è Fouquet
■ Sur ce passage les manuscrits de Tallemant des Beaux con-
OEUVRES DIVERSES
étaitdemeuréeàFontainebieaupoor uneafiaire fort importante : tu vois bien que j'entends parler de sa grossesse * . Cela fit qu'on se consola , et enfin on ne p^sa plus qu'à se réjouir. Il y eut grande contestation entre la cascade , la gerbe d'eau, la fontaine de la couronne, et les animaux, à qui plairait davantage ; les dames n'en firent pas moins de leur part.
Toates entre elles de beauté Contettèrent aussi • chacune à sa manière : La reine ayee ses flis '.contesta de bonté ; Et Madame* , d*éc1at aveoque la Inmiëre.
Je remarquai une chose à quoi peut-être on ne prit pas garde : c'est que les nymphes de Vaux eurent toujours les yeux su>* le roi : sa bonne mine les ravit toutes, s'il est permis d'user de cemot en parlant d'un si grand prince.
Ensuite de la promenade on alla souper. La délicatesse et la rareté des mets furent grandes; mais la grâce avec laquelle monsieur et madame la surintendante firent les honneurs de leur maison le fut encore davantage.
Le souper fini, la comédie eut son tour : on avait dressé le théâtre au bas de l'allée des sapins.
En cet endroit, qoi n'est pas le moins bean De ceux qu'enferme nn lieu si délectable , An pied de ces sapins et sons la grille d'eau.
Parmi la fraîcheur agréable Des fontaines , des bois, de l'ombre , et des léphyrs,
Furent préparés les plaisirs
Que l'on goûta cette soirée.
De feuillages touffus la scène était parée ,
Et de cent flambeaus éclairée :
Le ciel en fût jaloux. Enfin figure-toi
Que, lorsqu'on eut tiré les toiles.
Tout combattit à Vaux pour le plaisir du roi : La musique, les eani, les lustres , les étoiles.
Les décorations forent magnifiques, et cela ne se passa pas sans musique.
On fit des rocs s'ounir , des termes se mouroir , Et sur son piédestal tourner mainte flgnre.
Denx eoèbantenrs pleins de saToir
Firent tant, par leur imposture.
Qu'on crut qu'ils aTaienl le pouvoir
Uennent la note saiTante x • Le roi avait demandé encore une fêle pour les releraUles de la reine, t < Cette dernière phrase n'est pas dans Tallemant des Réanx.
> crest-à-dlre la reine waèrt. Ses fils étaient le roi et Moasima.
> Henriette d'Angleterre, mariée à Monsiaoa seolement depuis qoekpMs mois.
De commander à la nature.
L'on de ces enchanteurs est le sieur ToreOi «, Magideo expert et Msenr de mincies ; Et l'autre c'est le Bmn *, par qoi Vaux embelli Préwnte aux regardants miUe rares spectacles : Le Brun, dont ou admire et l'esprit et la main. Père d'in? entions agréables et belles , RÎTal des Rapbaéls, successeur des Apelles , '^
Par qui notre climat ne doit rien au romain. Par l'avis de ces deux la cbose fut réglée.
D'abord aux yeux de l'assemblée
Parut un rocher si bien fiait,
Qu'on le crut rocher en effet ; Mais, insensiblement se changeant en coquille * » Il en sortit une nymphe gentille
Qui ressemblait à la Béjart 4 ,
Nymphe excellente dans son art.
Et que pas une ne surpasse.
Aussi réctta-t-elle avec beaucoup de grâce Un prologue, estimé l'un des plus accomplis
Qu'en ce genre on pût écrire ,
Et plus beau que je ne dis ,
Ou bien que je n'ose dire ;
Car il est de la feçon
De notre ami Pellisson ••
Ainsi, bien que je radmire,
« Jacques Tordli naquit en 1606, et était on geotilfaoïime de Fane, en Italie, où U mourut en 1678. après y avoir oonstmit un magnifique théâtre. Loute XIV l'avait attiré en France, et c'est à la cour de ce monarque qu'il fit la fiortune.
s Charles le Brun , né à Parti le 2 mars 1616. mort dam b même ville le 96 juin 1699. Le chancelier Ségiiier fot son premier protecteur { mais Fouqnet , habile à disoemer lo» la genres de mérite , attacha le Brun à son service, en lui douie mille livres de pension, outre le paiement de ses vrages. Ce furent les embellissements qu'A fit à Tau. et< la maison de Fouquet à Saim-Mandé , qui le firent eoouilre I llaiarin. s la reine mère et au roi, et qui deviorent h source de sa faveur et de sa fortune. Yoyez les Fus des fitmier* peintres du roi, par Lépicié. t I, p. 4. 28 et 66. et les /iromifias<//fMtrea de Perrault, 1696. in-fioUo. p. 91.
* Une des choses qui charma le plus dans cette Kle fatia eoquille dont parle Ici la Fontaine , et la Béjart qui en soiiit hri> lante d'attraits et de grAces. On fit dans le temps «k dansao sur ce sujet, qui se terminait ainsi t
r»ot-oo To4r nrmplM plni gentiUs
Qu'étilt Béjart l'autre Jour, tonqn'on vit ooTrlr §■ ooqatltor Tout le monde disait à l'eotour .
Lorsqu'on vit ouvrir sa coquille :
Voici la mère d'AoMNir.
Meeneil nuanuetii dt ekamêomê kiaÊoHfmm ei «rtffuo,
in-roiio,t.iv,p.aBS
4Armande«résinde-ClalreÉlisabelh B^fart. aciriee ée b troupede Molière t ce dernier l'épousa leaofévTlerl681 Apres la mort dccet homme illustre , elle se maria à uo adeor de aa troupe . nommé Guérin d'Bstriches , sans talent . s» sans esprit, sans figure. Bile quitta le théâtre en 1691, et ■ rot le 5 octobre 1760.
•I> prologue de la comédie desFdjÉeiMB ftsteonpaal Pellisson , et se trouve dans ses OBmvr^.
LETTRES A DIVERS
Je m'en tairai paisqa'il n'eil pas pannia Deioaer6Maniis«.
Dans ce prologue , la Béjart, qui représente la nymphe de la fontaine où se passe cette action, commande aux divinités qui lui sont soumises de sortir des marbres qui les enferment, et de contribuer de tout leur pouvoir au divertissement de sa majesté : aussitôt les termes et les statues qui font partie de l'ornement du théâtre se meuvent, et il en sort, je ne sais comment, des fiiunes et des bacchantes qui font Tune des entrées du ballet. C'est une fort plaisante chose que de voir accoucher un terme, et danser l'eniisuit en venant au monde. Tout cela fait place à la comédie, dont le sujet est un homme arrêté par toutes sortes de gens, sur le point d'aller à ime assignation amoureuse K
C'est un ouf rage de Molière '• Cet écriTaio , par sa manière, Cliarme â présent tonte la oonr.
De la ftiçon qne son nom oonrt , n doit être par delà Rome * :
J'en sais ravi , car c'est mon homme.
Te son? ieni-il bien qu'autrefois Mous a? oos oondu d'une %¥oix Qu'il allait ramener en France Le bon goût et l'air de Térence?
Plante n'est plus qu'un plat bouffon»
Et jamais il ne fit si bon Se trouTcr à la comédie; Car ne pense pas qu'on y rie De maint trait jadis admiré.
Et bon m illo TBMPoai * :
Mous arons changé de méthode ; Jodelet ' n'est plus à la mode »
*Cm trois demieriTers ne sont pas dans les manuscrils de Tallemant des Réaux.
* Les Fâcheux . comédie de MoUère, conçue, faite, et apprise pour cette ftte. dans Tespace de quinze joars; depuis jouée à Paris , le 4 norembre 1661 . Elle eot quarante-quatre repiéientatiotts , et fat imprimée en février 4662. Cette comédie ftit le premier exemple des comédies-baUets et des pièces à tiroir.
" U 7 a , en marge des manascriti de Tallemant des Réaux , cette note ao^ourdliui curieuse sur Molière : • Le chef de la troupe des oomédiens de Moruieur, où est la Béjart >
4 Où de Mancroix était alors.
* Les quatre vers qui suivent ne sont pai dans les manuscrits de Tallemant des Réaux.
< Personnage dont le type a été emprunté au théâtre espagnol . et qui fut mis plusieurs fois sur hi scène française avec luccès. Scarron donna d'abord Jodelet , ou le Maître vaiei , en l64Si d'Ouvillc , Jodeiet astroloçve, en 1646; Scarron, b même année. Jodêiet diullUU ; Tboauu Corneille. Jodelet prince, en 1659} et Brécourt, la Feinlê mort de Jodeia, CB laSBi mats cette mort ne fut pas feinte, car cette pièce en-
Et maintenant il ne fiint pas Quitter la nature d'un pas *•
On avait accommodé le ballet à la comédie, autant qu'il était possible, et tous les danseurs y représentaient des fâcheux de plusieurs manières : en quoi certes ils ne parurent nullement fâcheux à notre égard; au contraire, on les trouva fort divertissants, et ils se retirèrent trop tôt au gré de la compagnie. Dès que ce plaisir fut cessé, on courut à celui du feu.
Je voudrais bien t'écrire en vers Tons les artiflces divers De ce feu le plus beau du monde , Et son combat aveoque l'onde.
Et le plaisir des assistants.
Figure-toi qu'en même temps On fit partir mille llisées , Qui , par des routes embrasées , Se firent tontes dans les airs Un chanin tout rempli d'éclauv, Gbassant la nuit , brisant ses voiles.
As^tn vu tomber des étoiles?
Tel est le sillon enflammé^ Ou le trait qui lors' est formé.
Panni ce spectade si rare , Fignre-toi le tintamarre.»
Le fhicas, et les sifflements, Qn'on entendait à tous moments.
De ces colonnes embrasées n renaisMit d'autres fusées « On d'antres ibrmes de pétard , Ou quelque autre efTet de cet art) Et l'on voyait régner la guerre Entre ces enfents du tonnerre , , L'un contre l'autre combattant.
Voltigeant et pirouettant , Faisant un bruit épouvantable.
C'est-à-dire un bruit agréable.
Figure-toi que les échos N'ont pas un moment de repos.
Et que le choeur des néréides S'enfuit sons ses grottes humides.
Dn ce bruit Neptune étonné Eût craint de se voir détrôné , Si le monarque de la France
noyai et. comme le dit la Fontaine, MoUèie Ht changer la mode , et cbassa Jodelet du théâtre.
* Il est curieux d'opposer à ce Jugement prophétique la manière froide et dédaipieose avec laquelle s'exprimait , sur la compte de Molière , on homme du moude qui écrivait , vers oa temps, ses souvenirs pour lui-même ou pour ses amis, ^e veux parler de Tatlemant des Réaux. Tallemant se trompe sur la Bé* jart, qui, S l'époque dont il parle, n'était pas celle que Molière épousa, mais sa sœur; erreur qui n'infirme pas le resta du rédt de Tallemant. C'est le seul témoignage contemporain sur la Jeunesse de notre grand comique; et ceux qui ont écrit tur lui des notices ou des biographies n'en ont pas seuil toute l'Importance.