A M. DE SAINT-ÉVREMOND
Paris, ce IS déoembrs ICff.
NI vos leçoDS, ni celles des nenfSArars, PTontsn cbarmer la douleur qui m'aocaMe. Je souffre un mal qui résiste aux douceun. Et ne saurais rien penser d'agréable.
Tout rhumatisme , invention du diaMe, Rend impotent et de corps et d'esprit.
Il m'a Mlu, pour forger cet écrit. Aller dormir sur la tombe d'Orpbée ; Mais je dors moins que ne tàii un proscrit. Moi dont l'Orphée éUit le dieu Morphée. Si me fiiut-il * répondre à vos beaux vers, A votre prose et galante et polie.
Deux déités, par leun charmes divers,
< M. Waller mourut le 21 octobre 1687.
• Vax. Saint-Évremond a encore ici retranché quelques lipes de pmse et six vers taiUes sur Waller. Voyei Œuvres de Saint' Éoremond, t V , p. 225.
" Vax. Après ces ven, Saiut-Évremond terminait celte lettre par dfx autres vers relaUb k loi et ii la duchesse de lUiariii. qu'il a avec raison reUrandiés, et qu'on trouvera dans ses OSth vre#, t.V,p. 228.
* Pourtant me fiut-fl.
LETTRES A DIVERS
Ont d'agrément votre lettre remi^.
Si oeUe-cl n'est autant accomplie ,
Kol ne t'en doit étonner» à mon aeni :
Le mal me tient , Hortente « vom amme.
Cette déesae , outre tous Tui talents .
Yons est encore une diiième muse :
Les neuf m'ont dit adien jusqu'au printemps.
Voilà, monsieur, ce qui m*a empêché de TOUS remercier, aussitôt que je le devais, de l'honneur que vous m'avez feit de m'écrire. Moins je méritais une lettre si obligeante , plus j'en dois être reconnaissant. Vous me louez de mes vers et de ma morale, et cela de si bonne grâce , que la morale a fort à souffrir, je veux dire la modestie.
L'éloge qui fient de ?ous Est glorieux et bien doux :
Tout le monde vous propose Pour modèle aui bons auteun.
Vos beaux onrrages »ont rause Que j'ai m plaire aux neuf Soeurs :
Cause en partie, et non toute; Car vous voules bien lans doute Que j'y joigne les écrits.
D'aucutis ' de nos beaux esprits.
J'ai profité dans Vuilure; Et Marot par sa lecture M'a fort aidé, j'en conviens.
Je ne sais qui fut son maître ; Que ce soit qui ce peut être , Vous êtes tous trois les miens.
J'oubliais maître François^, dont je me dis encore le disciple , aussi bien que celui de maître Vincent^ et celui de maître Clément*. Voilà bien des maîtres pour im écolier de mon âge. Comme je ne suis pas fort savant en certain art de railleur, oit vous excellez , je prétends en aller prendre de vous des leçons sur les bords de l'Hippocrène ; bien entendu qu'il y ait des bouteilles qui rafraîchissent. Nous serons entourés de nymphes et de nourrissons du Parnasse, qui recueilleront sur leurs tablettes les moindres choses que vous direz. Je les vois d'id qui apprennent dans votre école à juger de tout avec pénétration et avec finesse.
Vous possèdes cette sdenee ; Vos jugements en sont les règles et les lois :
' Hortense MancinI, dnchessedeHaiarln.
* De qudqnet-uBs. Locution ancienne.
* François Balwliis. 4 Vincent ToMnre. ■Clément Marot
Outre certains écrits que j'adore en silence. Gomme tous adores Hortense et les deux rois *.
Au même endroit oti vous dites que vous voulez rendre un culte secret à ces trois puissaur ces , aussi bien à madame Mazarin qu'aux deux princes, vous me laites son portrait en disant qu'il est impossible de le bien iaire, et en me donnant la liberté de me figurer des beautés et des grâces à ma fantaisie. Si ^'entreprends d'y toucher, vous défiez en son nom la vérité et la fable, et tout ce que l'imagination peut fournir d'idées agréables, et propres à enchanter. Je vous ferais mal ma cour si je me laissais rebuter par de telles difficultés. Il faut vous présenter votre héroïne autant que Ton peut. Ce projet est un peu vaste pour un génie aussi borné que le mien. L'entreprise vous conviendrait mieux qu'à moi, que l'on a cru jusqu'ici ne savoir représenter que des animaux. Toutefois, afin de vous plaire, et pour rendre ce portrait le plus approchant qu'il sera possible, j'ai parcouru le pays des Muses, et n'y ai trouvé en effet que de vieilles expressions que vous dites que l'on méprise: De là j'ai passéau paysdes Grâces, où je suis tombé dans le môme inconvénient. Les Jeux et les Ris sont encore des galanteries rebattues , que vous connaissez beaucoup mieux que je ne fais. Ainsi le mieux que je puis faire est dédire tout simplement que rien ne manque à votre héroïne de ce qui platt, et de ce qui platt un peu trop.
Que TOUS dirai-je davantage?
Hortense eut du del en partage La grâce » la beauté, Tesprit : ce n'est pas tont; Les qualités do cœur , ce n'est pas tout encore i Pour mille antres appas le monde entier l'adore »
Depub l'un jusqu'à l'autre bout L'Angleterre en ce point le dispote à la France : Votre héroïne rend nos deux peuples rivaux.
O TOUS , le chef de ses dé vols ,
De ces dévots i toute outrance.
Faites-nous l'éloge d'Hortensel ^ Je pourrais en charger le dieu du double mont;
Hais j'aime mieux Saint-ÉTremont.
Que direz-vous d'un dessein qui m'est venu dans l'esprit? Puisque vous voulez que la gloire de madame Mazarin remplisse tout l'univers, et que je voudrais que celle de madame de Bouillon allât au delà, ne dormons ni vous ni moi que
« LDois XIV et Jacques Ih
ŒUVRES DIVERSES
nous n*ayons mis h fin une si belle entreprise. Faisons-nous chevaliers de la Table Ronde: a ussi bien est-ce en Angleterre que cette chevalerie a commencé. Nousaurons deux tentes en notre équipage, et au haut de ces deux tontes les deux portraits des divinités que nous adorons.
Au passnge d*an pont , ou sur le bord d'un bois , Nos hérauts paMicrout ce ban à hante Toix : MAiiifiiii * 8AII8 Piia, Hoanini * sans bicordi ,
VBuumT LIS Goicas de tout li hordi.
Si Tons en êtes cru, le parti le plut fort
Penchera du oAté dHortenie; Si Ton m'en croit ausn , Marianne d*abord
Doit Mre incliner la balance. Uortenae on Marianne » H IlEiat y Tenir low;
Je n'en sais point de si profane
Qui , d'Hortense éfitant les coups ,
Ne cède à ceux de Marianne.
11 nous Ibndra prier monsienr l'ambassadeur *
Que, sans égard à notre ardeoTi Il tesse le partage , à moins que des deux belles
D ne pnisse accorder lea droits , Lui dont l'esprit foisonne en adresses nouvelles
Pour accorder ceux de denx rois.
Nous attendrons le retour des feuilles et celui de ma santé; autrement il me fondrait chercher en litière les aventures. On m'appellerait le chevalier du rhumatisme : nom qui» ce me semble, neconvicnt guère à un chevalier errant. Autrefois , que toutes saisons m'étaient bonnes , je me serok embarqué sans raisonner.
Rien ne tn'eût ftlt souflrir, et je crdos toute cbose ; £n ce point seulement je ressemble à l'Amour. Vous sayei qu'à sa mère il se plaignit un jour
Du pli d'une feuille de rose :
Ce pli l'avait blessé. Par quels cris Ibrcenés
Aurait-il exprimé sa plainte , SI de nooQ rhumatisme il eût senti l'atteinte F D eât été puni de ceux qu'il a donnés.
C'est dommage que M. Waller nous ait quittés, il aurait été du voyage. Je no devrais peutêtre pas le iaire entrer dans une lettre aussi peu sérieusequecelle^. Je crois toutefois étreobligé de vous rendre compte de ce qui lui est arrivé au delà du fleuve d'Oubli. Vous regarderez cela comme un songe, si c'en peut être un; cependant la chose m'est demeorée dans l'esprit comme je vais vous la dire.
Les beaax esprits, les sages, les amants, Sont en débat dans les champs Élysées;
* Marianne llancini , dadieise de Boalllon.
* Hortense llancini , duchesse do Masarin.
»BarU!oa.
Ils Tentent tous en leurs départements Waller pour hAte, ombre de mœurs aisées. Pluton^eur dit : — J'ai vos raisons pesées; Cet homme sut en quatre arts exceller : Amour et vers , sagesse et beau parler. Lequel d'eux tous l'aura dans son domaine? — Sire Plnton , toos voilà lifen en pefaie ! S'il possédait ces quatre arts en effet , Celui d'amour, c'est chose toute daire.
Doit l'emporter; car, quand U est paHkit, C'est un métier qui les autres fiât fsire.
J'en reviens à ce que vous dites de ma morale , et suis fort aise que vous ayez de moi l'o» j)inion que vous en avez. Je ne suis pas moins ennemi que vous du (aux air d'esprit que prend un libertin. Quiconque Taffectera, je lui donnerai la palme du ridicule.
Rien ne m'engage à Aiire un livre ;
Mais la raison m'oblige à Thrre En sage citoyen de ee vaste univers :
Citoyen qui , voyant un monde si divers ,
Rend h son auteur les hommages
Que méritent de tels ouvrages.
Ce devoir acquiUé , les beaux vers , les doux
n est vrai , sont peu nécessaires;
Mais qui dira qu'ils soient contraires
A ces éterneUes leçons?
On peut goûter la joie en diverses fiiçons: Au sein de ses amis répandre mille choses. Et, recherchant de tout les effets et les causes, A table , an bord d'un bois , le long d'un dair Raisonner avec eux sur le bon , sur le beau , Pourvu que ee dernier setraiteà la légère.
Et que ta nymphe oa la bergère N'occupe notre esprit et nos yenx qu'en passant
Le chemin du cœur est glissant :
Sage Saint-Evremond , le mieux est de m'en taire. Et surtout n'être plus chroniqueur de Gylhère,
Logeant dans mes vers les Chloris , •
Quand on les chasse de Paris.
On va faire embarquer ces tielles; Elles s'en vont peupler l'Amérique d'Amours «.
Que maint auteur puisse avec dles
Passer ta ligne pour tonjonral
Ce serait un heureux passage.
Ah ! si tu les suivais , tourment qu'à mes vieux jours L'hiver de nos dimats promet pour apanage I Triste flb de Saturne , hôte obstiné d'un Hen , Rhumatisme , va4'en : sula-je ton héritage!
« Dam le temps que M. de la Fontatae éerivll oHle letlie, on fit enlever à Ptris un grsnd nranbre de ooafUssflei* (p*<v envoya peupler l'Amérique. ( NoU de l'éditeur de SaM-Ser^ mond.X, V, p. 235.) On peut consulter, sur ces exécotisoi de
la police de Paris, U note» du llv. V doVBUtoIrtdê hvH et des ouvragu df /. de la F&Klaine, prenidn étoo, fUO* p. 4^5
LETTRES A DIVERS
Déloge enfin , on dis que tu veux être came
Qoe mes vers, comme toi, deviennent malplaisaiits.
S'il ne Uent qu'à oe point , kiieatôt refffort des ans
Fera sans ton seeours cette métamorphoie.
De bonne heure il Tandra s'y résoudre sans toi.
Sage Saint-Evremond , tous vous moques de moi :
De bonne heure I est-oe un mot qui me ooDTienne encore,
A md qui tant de fois ai tu naître l'aurore,
Et de qui les soleils se Tont précipitant
Ters lemumeot fatal que je Tois qui m'attendf
Madame de la Sablière se tient extrêmement honorée de ce que vous vous êtes souvenu d'elle, et m'a prié de vous en remercier. J'espère que cela me tiendra lieu de recommandation auprès de vous, et que j'en obtiendrai plus aisément l'honneur de votre amitié. Je vous la demande , monsieur , et vous prie de croire que personne n'est plus véritablement que moi votre , etc.
loge que vous avez fait du pauvre père Rapin : cela me plattfort.
Je suis , mon révérend père , '