RÉPONSE DE M. DE SAINT-ÉVREMOND
À LA LETTRE DE M. DE LA FONTAINE, l£caiTE A MADAME LA DUCHESSE DE BOUILLON.
Londres. —Décembre I6S7.
Si VOUS étiez aussi touché du mérite de madame de Bouillon que nous en sommes charmés, vous l'auriez accompa^^ née en Angleterre, où vous eussiez trouvé des dames qui vous^connaissent autant par vos ouvrages que vousconnaîtmadamede la Sablière par volie commerce et votre entretien. Elles n*ont pas eu le plaisir de vous voir, qu'elles souhaitaient fort; mais elles ont celui de lire une lettre assez galante et assez ingénieuse pour donner de la jalousie à Voiture, s'il vivait encore.
Madame de Bouillon, madame Mazarin, et monsieur l'ambassadeur ^ , ont voulu que j'y fisse une espèce de réponse. L'entreprise est difficile; je ne laisserai pas de me mettre en état de leur obéir.
Je ne parlerai point des roîs ; Ce sont des dieui vivants que j'adore en silence : Loaés à notre goût, et non pas à leur cboii ,
Ils méprisent notre éloquence.
Dire de lenr valenr ce qu'on a dit cent fols Du mérite passé de quelque autre vaillance , Donner un tonr antique à de nouveaux esploils. C'est des veHus du temps ôter la connaissance. J'aime à leur plaire en respectant leufs droits;
Rendait toujours à leur puissance,
A leurs volontés , à leurs lois.
Une parfaite obéiasance.
Sans moi leur gloire a su passer les mers ;
Sans moi leur juste renonnmée
Par tonte la terre est semée ;
Us n'ont que bire de mes vers.
Madame de Bouillon se passerait bien de ma prose , après avoir lu le bd éloge que vous lut avez envoyé. Je dirai pourtant qu'elle a des grâces qui se répandent sur tout ce qu'elle fait et sur tout ce qu'elle dit ;>qu'elle n'a pas moins d'acquis que de naturel, de savoir que d'agrément. En des contestations assez ordinaires , elle dispute avec esprit, souvent à ma honte avec raison ; mais une raison animée, qui par
• BariUon.
ŒUVRES DIVERSES
ralt de la passion aox connaisseurs médiocres, et que les délicats même auraient de la peine à distinguer de la colère dans une personne moins aimable qu'elle n'est.
Je passerai le chapitre de madame Hazarin, comme celui des rois, dans le silence d'une secrète adoration. Trai^llez, monsieur , tout grand poète que vous êtes, à vous former une belle idée ; et, malgré l'eflbrt de votre esprit , vous serez honteux de ce que vous aurez imaginé, quand vous verrez une personne si admirable.
Oumgeiiie It fontaitie»
Fictions de la poésie.
Dans TOf dieft-d'œuvres infeotés Vous n'aTcs rieo d'égal à tes moindres beautés. Loin dld fignres usées.
Comparaisons anjoordlioi méprisées I Ce serait embdlir la lumière des cieu Que de la oomparer à l'édat de ses yeux *, Et TOUS, beautés qu'on loue en son absence , Attraits nouTeanx , doux et tendres appas , Qu'on peut aimer oA les siens ne sont pas, Empèdiei-la de reTenir en France ; Par tons moyens traterseï son retour ; Jeunes beautés , trembles au nom d'Hortense * : Si la mort d'un époux la rend à votre cour. Vous ne soutiendrei pas un mament sa présence.
La solidité de monsieur l'ambassadeur l'a rendu assez insensible aux louanges; mais, quelque rigueur qu'il tienne à son mérite, il est touché secrètement de celles que vous lui avez données.
Je voudrais que ma lettre fût assez heureuse pour avoir le même succès auprès de vous.
Vous possèdes tout le Ixm sens Qui sert à consoler des maux de la TieiOesse : Vous aves plus de feu que n'ont les jeunes gens ; Eux , moins que vous de goàt et de justesse.
Après avoir parlé de votre esprit , il faut dire un mot de votre morale.
* VAi. Les huit ven satvsDU sont précédéi. dans l'édiUon de Saint-Évremond , de trente-trois ven , et salvis de sein autres ven qui m se trouvent pas dans les Œuvres posthumes et dans les Œuvres diverses de la Fontaine. Gomme ces ven sont très-médiocres , a est probable que cV st l'aDteor même qui les a retraociiés. Ses éditeon aoront boprimé d'aprts son brouillon. Ceux qaf voudraient les connaître peuvent recourir an t. V . p. 2» à 224 . de l'éditioo des CfEuvres de Saint-Érremoud , qui présente encore quelques autres variâmes que nous ne rapportons pas . parce que ceUe lettre de Salnt*Bvremond n'est placée Ici que pour rinteUigence de celles de la Fonta'ne.
• Hortenss llandnl , ou U duchesse de Maxarin.
S'accommoder aox ordres du datfa •
Aux plus beureux ne porter point d'envie , De ce (kux air d'esprit que prend un libertin Connaître avec le temps comme nous la folie»
Et dans les vers, jeu, musique et txm vin.
Entretenir son innocente vie,
Cest le moyen d'en reculer la lin.
M. Waller*, dont nous ref|[rettons la peiic sensiblement, a poussé la vie et la vigueur de Tesprit jusqu'à ïàge de quatre-vingt-deux ans.
Et, dans Ui douleur que m'apporte
Ce triste et mallieureux trépas.
Je dirais en pleurant que toute muse est morte,
Si b vôtre ne vivait pas.
O voos, nouvel Orphée I ô vous , de qui la veuie Peut charmer des enfers la noire souveraine. Et le terrible dieu qu'on appelle Pluton,
Daignex,toat-puissant la Fontaine, Rendre Waller au jour, au lien d'Anacréon * I
Puissiez-vous pousser la vie plus loin que n'a fait M. WaUer !
Que plus longtemps votre muse agréable Donne au public ses ouvrages galants ?
Que tout cbes vous puisse être conte et fiiUe, ' Hors le secret de rivre beoreux cent ans M