‹ Œuvres complètes de Jean de La FontaineChapitre 7 sur 723 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

AdieadoQe. F! da plaisir.

Qw la crainte peatooRamiNre I

FABLE X

L% LoivLp ti r Agneau,

LaraJsoD du plas fort est toujours la meilleure : Nous Talions montrer tout à llieure.

Un agneau se désaltérait Dans le courant d*nne onde pure.

Un kmp survient à jeun, qui cherchait ayenture ,

Et que la faim en ces lieux attirait.

Qui te rend* si liardi de troubler mon breuvage?

Dit cet animal plein de rage :

Tn seras châtié de ta témérité.

Sire, répond Tagneau , que votre majesté Ne se mette pas en colère ; Mais [dutôt qn*elle considère Que je me vas désaltérant

Dans le courant, Plus de vingt pas au-dessous d'elle ; Et que par conséquent, en aucune foçon ,

Je ne puis troubler sa boisson.

Ta la troubles ! reprit cette béte cruelle ; Et je sais que de moi tu médis Tan passé. Coîiunent Taurais-je foit si je n'étais pas né? Reprit Tagiieau ; je tette encor ma mère. —

Si ce n'est toi, c'est donc ton fîrère. — Je n'en ai point. — C'est donc (Quelqu'un des tiens; Car vous ne m'épargnez guère , Vous, vos bergers , et vos chiens^ On me Fa dit : il faut que je me venge. Là-dessns, au fond dtes forêts Le loop l'emporte, et pois le mange , Sans autre fbrme de procès. "»

FABLE XL UHomme et smlmage,

POUR M. LE mJC DB LA ROCHBFOUCAULD '.

Cn homme qui s'aimait sans avoir de rivaux Pttsait dans son esprit pour le plus beau du monde : Il accusait toujours les miroirs d'être faux , Virant plus que content dans son erreur profonde. Afin de le guérir, le sort oCQdenx Présentait partout à ses yeux Us oonseUlers muets dont se servent nos dames Hvoindans les logis, miroirs chez les marchands ,

* FnBçoto, duede la Rochefoucauld, naquiteo 16IS, etmoo* ntCBiMo. U éUâL ramiet le protecteur de la Footaine . qui U« CDcore dédié k flUUe XTi dn livra X.

Miroirs aux poches des galants ,

Miroirs aux ceintures des flemmes.' Que foit notre Narcisse? Il se va confiner Aux lieux les plus cachés qu'il peut s'imaginer , N'osant phis des miroirs éprouver l'aventure. Mais un canal , formé par une source pure

Se trouve en ces lieux écartés :

n s'y voit, il se fâche; et ses yeux irrités Pensent apercevoir une chimère vaine.

Il fait tout ce qu'il peut pour éviter cette eau :

Mais quoi ! le canal est si beau

Qu'il ne le quitte qu'avec peine.

On voit bien où je veux vemr.

Je parle à tous ; et cette erreur extrême Est un mal que chacun se plaît d'entretenir. Notre âme , c'est cet homme amoureux de lui-même : Tant de miroirs , ce sont les sottises d'autrui , Miroirs^ de nos défauts les peintres légitimes ; . Et quant an canal , c'est celui Que chacun sait , le livre des Maximes *.

FABLE XII

Le.Drag9h à plusieurs têtes ^ et le Draçom à plusieurs queues.

Un envoyé du grand-seigneur Préférait , dit l'histoire , un jour chez l'empereur, Les forces de son maitre à celles de l'empire.

Un Allemand se mit à dire :

Notre prince a des dépendants

Qui , de leur chef, sont si puissants Que cÂiacun d'eux pocurait soudoyer ime armée.

Le chiaoux ', honune de sens ,

Lui dit : Je sais par renonunée Ce que chaque électeur peut de monde fournir;

Et cela me (kit souvenir D'une aventure étrange , et qui pourtant est vraie. J'étais en un lieu sâr, lorsque je vis passer Les cent têtes d'une hydre au travers d'une liale.

Mon sang commence à se glacer;

Et je crois qu'à moins on s'effraie.

^ feé livre de* Maxime* |>anit pour la première Cote en 1665, et avait eu deux éditions lorsque la Fontaine publia cette tMo en 1668. Ce livre, intitulé Réflexion* et Maxime* morale* , a un frontispice gravé qui a pu donner & la Fontaine l'idée de cette bble. Ce frontlqtlce représente un Amour nn , qui vient d'arracher au buste de Sénëque le masque qui couvrait sa fiice , et la couronne de laurier qui s*y trouvait attachée. Cne inscription mise au bas de Tentant ailé nous apprend que c'est V Amour de la vérité, il montre du doigt, avec un rire sardooiquo, la télé du |»hilosophe , hideuse et défigurée par le remords. Sur le aocledu buste on lit cette taiscription : Quid vetat?

* Corruption du moileliaouch. Les tchaoucbssontdesevèoee de messagers d'état, on des envoyés du tchaoudi-bacha. qui portent les ordres du grand-seigneur, ou introduisent en sapriaenoe les ambasMdeun.

FABLES

Jen^en eus UmtefiMs qae la peur sans le mal :

Jamais le eorps de ranimai Ne pat venir vers moi , ni trouver d^onvertore.

Je rôvais à cette aventnre Qoand on autre dragon , qoi n'avait qu'on seol chef, Et bien plus d'une queue , à passer se présente.

Me voilà saisi derechef

D'étonnement et d'épouvante.

Gedief passe , et le corps , et chaque quene ansû : Rien ne les empocha ; Tun fit chemin à l'antre.

Je soutiens qu'il en est ainsi

De votre empereur et da nôtre.

FABLE XIIL Les VcHeun et VAne.

Pour un âne enlevé deux voleurs se battaient : L'un voulait le garder, l'autre le voulait vendre.

Tandis que coups de poing trottaient , Et que nos champions songeaient à se défendre ,

Arrive un troisième larron

Qui saisit maître aliboron *.

L'âne , c'est quelquefois une pauvre province:

Les voleurs sont tel et tel prince , Conrnie le Transilvain, le Turc , et le Hongrois. Au lieu de deux, j'en ai rencontré trms : n est assez de cette marchandise.

De nul d'eux n'est souvent la province conquise : Un quart' voleur survient, qui les accorde net En se saisissant du baudet.

ÊABLE XIV.

Simonide préservé par les Dieux.

On ne peut trop louer trois sortes de personnes : Les dieux, sa maltresse , et son roi.

Malherbe le disait : j'y souscris , quanta moi ; Ce sont maximes toujours bonnes.

La louange chatouille et gagne les esprits :

Les foveurs d'une belle en sont souvent le prix.

Voyons comme les dieux l'ont quelquefois payée.

Simonide avait entrepris L'éloge d'un athlète j et , la chose essayée , n trouva son siqet plein de récits tout nus. Les parents de l'athlète étaient gens inconnus ;

' Bxpreasion fréquemment employée par h Fontaine et noa anciens autenn pour désigner na âne. Rabelais appelle ainsi un ignorant qui taisait le savant On peut consulter, sur les diverses significations de ce mot» la note de le Duchat, dans Babelals, Ut. m. cb. XX.

• Pour un •quatrième voltur. Ne poomlC ploi se dire an* Joard'hnl.

Son père , un bon booirgeob \ loi , sans antre mérite :

Matière infertile et petite. Le poète d'abord parla de son héros.

Après en avoir dit ce qu'il en pouvait dire , Usejetteàodté, se met sur le propos De Castor et Pollox ; ne manque pas d'écrire Que leur exemple était aux lutteurs ^orienx; Élève leurs combats, spécifiant les lieux Où ces firères s'étaient signalés davantage :

Enfin l'éloge de ces dieux

Faisait les deux tiers de l'outrage.

L'athlète avait promis d'en payer un talent :

Mais , quand il le vit, le ^ant N'en donna que le tiers; et dit, fort franchement , Que Castor et PoUux acquittassent le reste. Faites-vous contenter par ce couple céleste.

Je vous veux traiter cependant : > Venez souper chez moi ; nous ferons bonne vie :

Les conviés sont gens dioisis,

Mes parents , mes meilleurs amis ; ^

Soyez donc de la compagnie.

Simonide promit. Peut-être qu'il eut peur De perdre, outre son dû, le gré de sa louange.

n vient : l'on festine , l'on mange.

Chacun étant en belle humeur, . Un domestique accourt , l'avertit qu'à la porte Deux hommes demandaient à le voir promptement

n sort de table ; et la colîorte

N'en perd pas un seul coup de dent.

Ces deux hommes étaient les gémeaux de l'éloge. Tous deux lui rendent grâce ; et, podr prix de ses v^s,

Ils l'avertissent qu'il déloge , Et que cette maison va tomber à l'envers.

La prédiction en fut vraie.

Un pilier manque; et le plafonds ,

Ne trouvant plus rien qui l'étalé , Tombe sur le festin, brise plats et flacons,

PTen foit pas moins aux échansons.

Ce ne fut pas le pis : car , pour rendre complète

La vengeance due au poète , Une poutre cassa les jambes à Tathlète ,

Et renvoya les conviés

Pour la plupart estropiés.

La renommée eut soin de publier l'affoire : Chacun cria , Miracle I On doubla le salaire Que méritaient les vers d'un homme aimé des dieux.

Il n'était fils de bonne mère

Qui , les payant à qui mieux mieux ,

Pour ses ancêtres n'en fit faire.

Je reviens à mon texte : et dis premièrement Qu'on ne saurait manquer de louer largement Les dieux et leurs pareils; de plus , que Melpomène Souvent, sans déroger, trafique de sa peine ;

Page 1