LIVRE I
Gras, poli*, (pi 6*était iborroyé par mégarde.
L^attaipier, le mettre en quartiers ,
Sire loap Teût ikit volontiers :
Mais il bllaii livrer bataille ;
Et le mâtin était de taille
 se défendre hardiment.
Le loap donc Taborde humblement, Entre en fwopos, et lui (ait compliment
Sur son embonpoint, qu'il admire.
n ne tiendra qu'à vous, beau sire, D*étre aussi gras que moi, lui repartit le diien.
Quittez les bois, vous ferez bien :
Vos pareils y scmt misérables ,
Canores, hères, et pauvres diables , Dont la oondition est de mourir de faim. Car, quoi I rien d'assuré 1 point de franche lîpée I
Tout à la pointe de l'épée !
Soivez-moi , tous aurez un bien meilleur destin.
Le loup reprit : Que me feudra-t-il foire ? Presque rien, dit le chien : donner la chasse aux gens
Portants * bâtons, et mendiants; Flatter ceux du logis, à son maître complaire :
Moyennant quoi votre salaire Sera foroe relie& * de toutes les fiiçons ,
Os de poulets, os de pigeons ;
Sans parler de mainte caresse.
Le loup déjà se forge une félicité
Qui le fait pleurer de tendresse.
Chemin fiâsant, il vit le cou du chien pelé, [chose.— Qo'est-oelà? Inidit-il.— Rien.— Quoi! rien!— Peu de Mais enoor? — Le collier dont je suis attaché De ce que vons voyez est peut-être la cause. — Attaché 1 dit le loup : vous ne courez donc pas
Où foos vonlei ? — pas toajonrt : mais qu'importe ? — D importe si bien, que de tous vos repas
Je ne veux en aucune sorte , Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor. Cela dit, maître loup s'enfuit, et court encor.
FABLE VI
La Gémisse y la Chèvre, et la Brebis y en eociiié
avec le Lion.
La génisae, la chèvre, et leur sœur la brebis , Avec un fier lion, seigneur du voisinage , Firent société, dit-on, an temps jadis , Et mirent en coomiun le gain et le dommage. Dans les lacs de la chèvre un cerf se trouva pris. Vers ses associés anssitdt elle envoie.
* Le mol po/i m preod id ao ilmple. ettlgnille Iniiaiil de
* Vu. Partant» cUni let^tiooi modernes.
■Rertesdérrpift.
Eux venus, le lion par ses ongles compta , Et dit : Noos sommes quatre à partager la proie. Puis en autant de parts le cerf il dépeça ; Prit pour lui la première en qualité de sire. Elle doit être à moi, dit-il ; et la raison ,
C'est que je m'appelle lion :
A cela Ton n'a rien à dire.
La seconde, par droit, me doit échoir enoor : Ce droit, vous le savez, c'est le droit du plus fort. Comme le plus vaillant , je prétends la troisième. Si quelqu'une de vous touche à la quatrième,
Je l'étranglerai tout d'abord.
FABLE YIL
La Besace^
Jupiter dit un jour : Que tout ce qui retire
SHku vienne comparaître aux pieds de ma grandeor :
Si dans son composé quelqu'un trouve à redire ,
Il peut le déclarer sans peur ;
Je mettrai remède à la chose.
Venez, singe ; parlez le premier, et pour cause. Voyez ces animaux, faites comparaison
De leurs beautés avec les vdtres.
ÉteS'Vous satisfait? Moi, dit41 ; pourquoi non? N'ai-je pas quatre pieds aussi bien que les autres? Mon portrait jusqu'ici ne m'a rien reproché : Mais pour mon frère l'ours, on ne l'a qu'ébauché; Jamais, s'il me veut croire, il ne se fera peindre. L'ours venant là-dessus, on crut qnll s'allait plaindre. Tant s'en faut : de sa forme il se loua très-fort ; Glosa sur l'éléphant, dit qu'on pourrait encor Ajouter à sa queue, ôter à ses oreilles ; Que c'était une masse informe et sans beauté.
L'éléphant étant écouté , Tout sage qu'il était, dit des choses pareilles :
Il jugea qu'à son appétit
Dame baleme était trop grosse.
Dame fourmi trouva le dron trop petit ,
Se croyant, pour elle , un colosse. *
Jupm les renvoya s'étant censurés tous, Du reste, contents d'eux. Mais parmi les plus fous Notre espèce excella ; car tout ce que nous sommes. Lynx enVers nos pareils, et taupes envers nous. Nous nous pardooDODs tout, et rieo aux autres hommes : On se voit d'un autre œil qu'on ne voit son prochain.
Le fabricateur souverain Nous créa besaciers * tous de même manière , Tant oeuxdutemps passé quedu tempsd'aujourdluii: n fit-pour nos défeuts la podie de derrière , Et celle de devant pour les défiiuts d'autrui.
< Portean de besacn.
FABLES
FABLE VDL
L'Hirondelle et les petits Oiseaux.
- Une hirondelle en ses Yoyages Avait beaucoup appris. Quiconque a beaucoup vu
Peut avoir beaucoup retenu.
Celle-ci prévoyait jusqu^aux moindres orages ,
Et, devant qu^ils fussent éclos ,
Les annonçait^aux matelots.
Il arriva qu'au temps que la chanvre * se sème, Elle vit un manant * en couvrir maints sillons. Ceci ne me plait pas , dit-elle aux oisillons : Je vous plains ; car, pour moi, dans ce péril extrême, Je saurai m'éloigner , ou vivre en quelque coin. Voyez-vous cette main qui par les airsdiemine?
Un jour viendra, qui n'est pas loin , ^
Que ce qu'elle répand sera votre ruine. De là naîtront engins ' à vous envelopper,
Et lacets pour vous attraper ,
Enfln mainte et mainte machine
Qui causera dans la saison
Votre mort on votre prison :
Gare la cage ou le chaudron!
C'est pourquoi, leur dit l'hirondelle ,
Alangez ce grain; et croyez-moi.
Les oiseaux se moquèrent d'elle : *
Ils trouvaient aux champs trop de quoi.
Quand la chènevière fût verte , L'hirondelle leur dit : Arrachez brin à brin
Ce qu*a produit ce maudît grain ,
Ou soyez sArs de votre perte.
Prophète de malheur! babillarde! dit-on.
Le bel emploi que tu nous donnes !
Il nous iSindrait mille personnes
Pour éplucher tont ce canton.
La chanvre étant tout à &it crue , L'hirondelle lyouta : Ced ne va pas bien ;
Mauvaise graine est tôt venue.
Mais, puisque jusqu'ici l'on ne m'a crue en rien.
Dès que vous verrez que la terre
Sera couverte , et qu'à leurs blés
Les gens n'étant plus occupés
Feront aux oisillons la guerre ;
Quand reginglettes ' et réseaux
* Cham9rê t'employait autrefois aa fémloin oonuno aa maicnlin : et dans oertaines provinces on fait enoora ce mot fémiolB, mab & tort t il était passé en usage de ne l'emplorer qu'au masculin lors de la publication delà p,remiérc édition du dicUonnaire de l'Académie.
> Un habitant de la campagne, sdoo la signification primithre de ce mot , qui actnèUement ï^ se prend plus qu'en maa? ite part.
•Instruments, machines.
4 Pi^ a prendre les oiseaux, qu'on nomme aussi gingUUe » repentUe» ■
Attraperont petits oiseaux ,
Ne volez plus de place en place , Demeurez au logis , on changez de climat : Imitez le canard^ la grue, et la bécasse.
Mais vous n'êtes pas en état Dépasser, comme nous, les déserts et les ondes ,
Ni d'aller cherdier d'autres mondes :
C'est pourquoi vous n'avez qu'un parti qui soit sAr ; C'est de vous renfermer au tron de quelque mùr.
Les oisillons, las de l'entendre , Se mirent à jaser anssi confusément \v
Quefoisaient les Troyens quand la pauvre Cassandrâ
Ouvrait la bouche seulement \ ■.
Il en pritaux uns ccMnme aux autres :
Maint oisillon se vit esclave retenu.
Nous n'écoutons d'instmcts que ceux qui scmt les n^ \ Et ne croyons le mal que quand il est venu, [très ,
FABLE IX
Le Rat de ville et h Rat des champs.
Autrefois le rat de vill<^ Invita le rat des champs , D'une Êiçon fort civile , Ades reltefe * d'ortolant.
Sur un tapis de Turquie Le couvert se trouva mis.
Je laisse à penser la vie Que firent ces deux amis.
Le régal fut fort honnête ; Rien ne manquait au festin :
Mais quelqu'un troubla la fête Pendant qu'ils étaient en train.
A la porte de la salle Ils entendirent du bruit :
Le rat de ville détale ; Son camarade le suit.
Le bruit cesse, on se retire :
Ra^ en campagne aussitôt ; Et le dtadin de dire :
Achevons tout notre rôt.
C'est assez, dît le rustique ) Demain vous viendrez chez moL Ce n'est pas que je me pique De tous vos flMtins de roi :
Mais rien ne vient m'hiterrompre; Je mange tont à loisir.
< Restes de repas.