‹ Œuvres complètes de Jean de La FontaineChapitre 6 sur 723 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

Gras, poli*, (pi 6*était iborroyé par mégarde.

L^attaipier, le mettre en quartiers ,

Sire loap Teût ikit volontiers :

Mais il bllaii livrer bataille ;

Et le mâtin était de taille

 se défendre hardiment.

Le loap donc Taborde humblement, Entre en fwopos, et lui (ait compliment

Sur son embonpoint, qu'il admire.

n ne tiendra qu'à vous, beau sire, D*étre aussi gras que moi, lui repartit le diien.

Quittez les bois, vous ferez bien :

Vos pareils y scmt misérables ,

Canores, hères, et pauvres diables , Dont la oondition est de mourir de faim. Car, quoi I rien d'assuré 1 point de franche lîpée I

Tout à la pointe de l'épée !

Soivez-moi , tous aurez un bien meilleur destin.

Le loup reprit : Que me feudra-t-il foire ? Presque rien, dit le chien : donner la chasse aux gens

Portants * bâtons, et mendiants; Flatter ceux du logis, à son maître complaire :

Moyennant quoi votre salaire Sera foroe relie& * de toutes les fiiçons ,

Os de poulets, os de pigeons ;

Sans parler de mainte caresse.

Le loup déjà se forge une félicité

Qui le fait pleurer de tendresse.

Chemin fiâsant, il vit le cou du chien pelé, [chose.— Qo'est-oelà? Inidit-il.— Rien.— Quoi! rien!— Peu de Mais enoor? — Le collier dont je suis attaché De ce que vons voyez est peut-être la cause. — Attaché 1 dit le loup : vous ne courez donc pas

Où foos vonlei ? — pas toajonrt : mais qu'importe ? — D importe si bien, que de tous vos repas

Je ne veux en aucune sorte , Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor. Cela dit, maître loup s'enfuit, et court encor.

FABLE VI

La Gémisse y la Chèvre, et la Brebis y en eociiié

avec le Lion.

La génisae, la chèvre, et leur sœur la brebis , Avec un fier lion, seigneur du voisinage , Firent société, dit-on, an temps jadis , Et mirent en coomiun le gain et le dommage. Dans les lacs de la chèvre un cerf se trouva pris. Vers ses associés anssitdt elle envoie.

* Le mol po/i m preod id ao ilmple. ettlgnille Iniiaiil de

* Vu. Partant» cUni let^tiooi modernes.

■Rertesdérrpift.

Eux venus, le lion par ses ongles compta , Et dit : Noos sommes quatre à partager la proie. Puis en autant de parts le cerf il dépeça ; Prit pour lui la première en qualité de sire. Elle doit être à moi, dit-il ; et la raison ,

C'est que je m'appelle lion :

A cela Ton n'a rien à dire.

La seconde, par droit, me doit échoir enoor : Ce droit, vous le savez, c'est le droit du plus fort. Comme le plus vaillant , je prétends la troisième. Si quelqu'une de vous touche à la quatrième,

Je l'étranglerai tout d'abord.

FABLE YIL

La Besace^

Jupiter dit un jour : Que tout ce qui retire

SHku vienne comparaître aux pieds de ma grandeor :

Si dans son composé quelqu'un trouve à redire ,

Il peut le déclarer sans peur ;

Je mettrai remède à la chose.

Venez, singe ; parlez le premier, et pour cause. Voyez ces animaux, faites comparaison

De leurs beautés avec les vdtres.

ÉteS'Vous satisfait? Moi, dit41 ; pourquoi non? N'ai-je pas quatre pieds aussi bien que les autres? Mon portrait jusqu'ici ne m'a rien reproché : Mais pour mon frère l'ours, on ne l'a qu'ébauché; Jamais, s'il me veut croire, il ne se fera peindre. L'ours venant là-dessus, on crut qnll s'allait plaindre. Tant s'en faut : de sa forme il se loua très-fort ; Glosa sur l'éléphant, dit qu'on pourrait encor Ajouter à sa queue, ôter à ses oreilles ; Que c'était une masse informe et sans beauté.

L'éléphant étant écouté , Tout sage qu'il était, dit des choses pareilles :

Il jugea qu'à son appétit

Dame baleme était trop grosse.

Dame fourmi trouva le dron trop petit ,

Se croyant, pour elle , un colosse. *

Jupm les renvoya s'étant censurés tous, Du reste, contents d'eux. Mais parmi les plus fous Notre espèce excella ; car tout ce que nous sommes. Lynx enVers nos pareils, et taupes envers nous. Nous nous pardooDODs tout, et rieo aux autres hommes : On se voit d'un autre œil qu'on ne voit son prochain.

Le fabricateur souverain Nous créa besaciers * tous de même manière , Tant oeuxdutemps passé quedu tempsd'aujourdluii: n fit-pour nos défeuts la podie de derrière , Et celle de devant pour les défiiuts d'autrui.

< Portean de besacn.

FABLES

FABLE VDL

L'Hirondelle et les petits Oiseaux.

- Une hirondelle en ses Yoyages Avait beaucoup appris. Quiconque a beaucoup vu

Peut avoir beaucoup retenu.

Celle-ci prévoyait jusqu^aux moindres orages ,

Et, devant qu^ils fussent éclos ,

Les annonçait^aux matelots.

Il arriva qu'au temps que la chanvre * se sème, Elle vit un manant * en couvrir maints sillons. Ceci ne me plait pas , dit-elle aux oisillons : Je vous plains ; car, pour moi, dans ce péril extrême, Je saurai m'éloigner , ou vivre en quelque coin. Voyez-vous cette main qui par les airsdiemine?

Un jour viendra, qui n'est pas loin , ^

Que ce qu'elle répand sera votre ruine. De là naîtront engins ' à vous envelopper,

Et lacets pour vous attraper ,

Enfln mainte et mainte machine

Qui causera dans la saison

Votre mort on votre prison :

Gare la cage ou le chaudron!

C'est pourquoi, leur dit l'hirondelle ,

Alangez ce grain; et croyez-moi.

Les oiseaux se moquèrent d'elle : *

Ils trouvaient aux champs trop de quoi.

Quand la chènevière fût verte , L'hirondelle leur dit : Arrachez brin à brin

Ce qu*a produit ce maudît grain ,

Ou soyez sArs de votre perte.

Prophète de malheur! babillarde! dit-on.

Le bel emploi que tu nous donnes !

Il nous iSindrait mille personnes

Pour éplucher tont ce canton.

La chanvre étant tout à &it crue , L'hirondelle lyouta : Ced ne va pas bien ;

Mauvaise graine est tôt venue.

Mais, puisque jusqu'ici l'on ne m'a crue en rien.

Dès que vous verrez que la terre

Sera couverte , et qu'à leurs blés

Les gens n'étant plus occupés

Feront aux oisillons la guerre ;

Quand reginglettes ' et réseaux

* Cham9rê t'employait autrefois aa fémloin oonuno aa maicnlin : et dans oertaines provinces on fait enoora ce mot fémiolB, mab & tort t il était passé en usage de ne l'emplorer qu'au masculin lors de la publication delà p,remiérc édition du dicUonnaire de l'Académie.

> Un habitant de la campagne, sdoo la signification primithre de ce mot , qui actnèUement ï^ se prend plus qu'en maa? ite part.

•Instruments, machines.

4 Pi^ a prendre les oiseaux, qu'on nomme aussi gingUUe » repentUe» ■

Attraperont petits oiseaux ,

Ne volez plus de place en place , Demeurez au logis , on changez de climat : Imitez le canard^ la grue, et la bécasse.

Mais vous n'êtes pas en état Dépasser, comme nous, les déserts et les ondes ,

Ni d'aller cherdier d'autres mondes :

C'est pourquoi vous n'avez qu'un parti qui soit sAr ; C'est de vous renfermer au tron de quelque mùr.

Les oisillons, las de l'entendre , Se mirent à jaser anssi confusément \v

Quefoisaient les Troyens quand la pauvre Cassandrâ

Ouvrait la bouche seulement \ ■.

Il en pritaux uns ccMnme aux autres :

Maint oisillon se vit esclave retenu.

Nous n'écoutons d'instmcts que ceux qui scmt les n^ \ Et ne croyons le mal que quand il est venu, [très ,

FABLE IX

Le Rat de ville et h Rat des champs.

Autrefois le rat de vill<^ Invita le rat des champs , D'une Êiçon fort civile , Ades reltefe * d'ortolant.

Sur un tapis de Turquie Le couvert se trouva mis.

Je laisse à penser la vie Que firent ces deux amis.

Le régal fut fort honnête ; Rien ne manquait au festin :

Mais quelqu'un troubla la fête Pendant qu'ils étaient en train.

A la porte de la salle Ils entendirent du bruit :

Le rat de ville détale ; Son camarade le suit.

Le bruit cesse, on se retire :

Ra^ en campagne aussitôt ; Et le dtadin de dire :

Achevons tout notre rôt.

C'est assez, dît le rustique ) Demain vous viendrez chez moL Ce n'est pas que je me pique De tous vos flMtins de roi :

Mais rien ne vient m'hiterrompre; Je mange tont à loisir.

< Restes de repas.

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