‹ Œuvres complètes de Jean de La FontaineChapitre 701 sur 723 · XXVII. - A M. L'ABBÉ VERGER · texte numérisé non relu

XXVII. - A M. L'ABBÉ VERGER

A B018-LK-VIGOMTE^.

De Paris, le 4 Juta ISM.

C'est pitié, monsieur, quede nous autres pauvres mortels. Jetrou ve heureuse madamed'Hervart' de ne tenir de l'humaine condition qu'autant qu'il lui platt. Nous ne lui ressemblons guère en cela, et avons beau nous munir de préservatifs contre l'attaque des passions , elles nous emportent à la première occasion qui se présente, comme si nous n'avions fait résolution aucune de leur résister. Voilà un commencement bien moral ; je ne sais si la suite

sera pareille^

Qu'avait affaire H. d'Hervart de s'attirer la visite qu'il eut dimanche? Que ne m'avertissaitil? Je lui aurais représenté la faiblesse du personnage , et lui aurais dit que son très-humble serviteur était incapable de résister à une fille de quinze ans qui a les yeux beaux , la peau délicate et blanche , les traits de visage d'un agrément infini, une bouche et des regards!... Je vous en lais juge; sans parler de quelques autres merveilles , sur lesquelles M. d'Hervarl m'obligea de jeter la vue. Que ne me fit-il la description tout entière de mademoiselle de Beaulieu * ? Je serais parti avant le dtner ; je ne me serais pas détourné de trois lieues comme je fis , ni n'aurais été comme un idiot me jeter dans Louvres , c'est-à-dire dans un village qui

> Sur ce qui concerne Tergier , Torei l'Histoire de lavi^ei des ouvrages de la Fontaine , (ioitl6me édition , 1824, ta-t*. p. 494.

* Châteaa et terre appartenant à M. d'Hervart

> Sur M. d'Hervart. TOyet Y Histoire d*t la vie et des ouvrages de Jean de la F\mtaitte, troisième édition, p. 440; ei les œuvres de Fergier, édil. de 1750. t II, p. tl9, 146. 153. 45S,IMetS75.

« Sur ce qui concerne itiademolsene de Bfjnllen , Toyei V Histoire delà vie et des ouvrages deJ. de .la Fontaine, trolilènie édition, 1834. in-8« . p. 486 et 498, ainsi que les Œuvres de i Fergiei\ édition de 1750, tl. p. 199, ett.n,p. 1 et14X

ŒUVRES DIVERSES

n en est éloigné que d'un quart de lieue, plus loin de Paris que n'en est Bois-le-Vicomte. La pluie me fit arrêter près de deux heures à Aunay. J'étais encore à cheval, qu'il était près de dix heures. Un laquais, le seul homme que je rencontrai, m'apprit decombienj'avaisquitté la vraie route * , et me remit dans la voie en dépit de mademoiselle de Beaulieu , qui m'occupait tellement que je ne songeais ni à l'heure ni au chemin. Hais ceh ne servit de rien : il fallut giler au village. Vous voyez , monsieur , que, sans la visite qu'elle nous fit , je n'aurais pas eu un gtte dont il plaise à Dieu vous préserver. J'eus beau dire Toraison de Saint-Julien^, mademoiselle de Beaulieu fut cause que je couchai dans un malheureux hameau. Elle m'a (ait consumer trois ou quatre jours en distractions et en rêveries, dont on fait des contes par tout Paris. Vous conterez, s'il vous plaît, à la compagnie l'Iliade de mes malheurs. Non que je veuille vous attrister; quand je le voudrais, on ne plaint guère les gens de mon âge qui retombent dans ces erreurs.

Ma lettre tow fers rire.

Je TOOf enteodt déjà dire :

Gel honmie n'ett-il pas foa Daof renlrepriie qu'il tenter n est plus prts du Pérou Qu'il u'eit du oœv d'Aoïarante.

Vous aurez raison de parler ainsi , j'en conviens.

Amarante est jeooe et beOe ; Je suis Tieux sans être beau.

Et vais pour quelque rebelle M'embarquer tout de nonrean.

Plus je songe en mon œrreau De combien peu d'apparence Serait pour moi respéranoe De la toucher quelque jour.

Plus je vois que c'est fjotte D'aimer fiUe si jolie.

Sans être le dieu d'Amour. .

Amarante et le printemps Ont un air qui se ressemble :

Toid comme je prétends Que l'on les compare ensemble.

* La Fontaine avait, par distractioai en lortant de l*allée de Bois*la-vlcoiDle . oontinué son chemin tool diuit par ane route de traverw qui. panant par Tremblaf ei Roiasf • condalt droit à Louvres, au liea de tourner à gancbesur la grande nmlecpil mène! Paris.

* l£ patron des voyagonra.

Par les lis prenrièreoMnl J'entame ce parallèle , Soupçonnant aucunement Ceux qu'Amarante recèle.

Je suis trompé si son srfai N'en est un plein magasin.

Le mal est que ce sont choses Pour vous et. moi lettres doses.

Nous sommes simples mortels :

n bat offrir des autels Aces lis; nul diadème N'est digne d'en approcher.

Bien moins encor d'y tondier.

Je crois que Jupiter même.

Tout Jupiter qu'il se dit.

N'en aurait pas le crédit, Sans l'hymen et son attache.

Ces endrotls délideux Pour nos mains et pour nos yeux Ne sont pas Mts , que je sache»

Que ne suis-je de ces dieux Nommés rois en ces bas lieux I Bientôt par moi ces deux tUrei»

A la belle dédiés, Se verraieot mis à ses pieds; £t vous, bientôt vous auries Le revenu de deux mitres:

L'une est Saint4[xermain des Préii L'autre, Saiut-Deoisen France.

Voilà votre révérence Ayant musique , où l'on va Plus souvent qu'à l'Opéra.

L'on n'y reçoit que ïcê bonnea Et les honnêtes personnes :

C'est à vous sagement Mt.

Hélas I ce n'est qu'un aouhaitt Votre table est renversée, Votre marmite est cassée.

Peu chaoceux , et vons et moi »

Noos n'avons en de nos vies, Hoi , l'encolure d'un roi»

Ni vous , celle , en bonne foi , D'un homme à deux abbayes*

Pour revenir à nos lis»

Ils sont relevés de roses; Ceux-là tout nouveaux fleurie, Cellesd ft^ldies édoaes, Id te eomparaison De la nouvelle saison Cloche un peu , je vous ravoœi Et te beauté que je loue»

Par ces tréson édatants »

Fait honte à ceux du printemps.

Comment pourrals-je décrire Des regards d gradeux?

Il semble, à voir son sourire»

Que l'Aurore ouvra les deux.

D fiiut aimer Amarante D'une ardeur persévérantn.

LETTRES A DIVERS

Àdiea 9 tobt» amoun; Selon l'objet, la consUinoe:

Cdol-d, j*en ai croyance , ITairètera pour Umjoun.

Si oed pUitt à la belle, BUes-loi que la neofSœun Me font réserver pour elle Encore d'antres douceurs.

Cette saison printanière Ne sera pas la dernière Des oomparaîsons qu'Amoar Ya m'inspîrer à la cour De cette jenne bergère.

Une autre fois , je l'espère , Je ferai , moyennant Dieu , Quelque reine de Cytbère , D'Amarante deBeaulleo.

Je n'ai pas besoin de vous exhorter à prendre la chose un peu moins tragiquementque ne le comporte mon aventure. lime semble même que ces vers-ià ne sont nullement tragiques. Vous pouvez vous moquer de moi tant qu'il vous plaira, je vous le permets; et, si cette jeune divinité qui est venue troubler mon repos y trouve un sujet de se divertir , je ne lui en saurai point mauvais gré. A quoi servent les radoteurs, qu'à faire rire les jeunes filles? Si mademoiselle de Gouvemet est encore à Bois-le- Vicomte, je vous conjure de lui dire, de ma part , que sa présence doit avoir fort embelli un lieu auquel je ne croyais pas qu'il se pût rien ajouter. Vous ornerez ce discours des choses les plus gracieuses que vous pourrez, et que vous jugerez les plus convenables à une personne que les grâces ne quittent point Adieu y monsieur; je suis tout à vous.

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