A LA LETTRE PRÉCÉDENTE
De Boto-le-Vicorata . Jain I6iti
N'en soyez point en peine , monsieur ; le récit de vos malheurs n*a point (ait verser de larmes : on a eu là-dessus toute la fermeté que vous pouviez souhaiter ; et il n'est pas jusqu'à madame d'Hervart qui , toute bonne qu'elle est ,
n'en ait été fort divertie. Enfin tout le monde en a ri , et personne n'en a été surpris.
Que vous vous troavlei eochanté
D'une beauté jeune et charmante.
L'aventure est peu surprenante :
Quel âge est à couvert des traits de la beauté? Ulysse au beau parier, non moins Tîeu^ , non moins saga
Que Yous pouvei l'être aujourd'hui,
Me se Tit-il pas, malgré lui , Arrêté par l'amour sur maint et maint rivage? Qu'en quittant cet objet dont vous êtes épris , Sur le choii des diemins vous vous soyei m^ris»
L'accident est encor moins rare.
Hé I qui pourrait être surprit
Lorsque la Fontaine s'égare?
Tout le cours de ses ans n'est qu'un tissu d'erreurs ,
Hais d'erreurs pleines de sagesse.
Les plaisirs l'y guident sans cesse
Par des chemins semés de fleurs* Les soins de sa fbmille , on ceux de sa fortune.
Ne causent jamais son réveil :
Il laisse à son gré le soleil
Quitter l'empire de Neptune,
El dort tant qu'il plait au sommeU ; Il se lève au matin , sans savoir pour quoi Ibira; 11 se promène , il va , sans dessein , sans sujet ; Et se couche le soir, sana savoir d'ordinaire
Ce que dans le jour il a ûUt.
On s'étonne seulement , monsieur , que vous ne vous soyez égaré que de trois lieues. Selon l'ordre et les lois du mouvement, étant une fois ébranlé , vous deviez aller sur la même ligne tant que terre et votre cbeval auraient pu vous porter, ou du moins jusqu'à œ que quelque muraille opposée à votre passage vous fit changer de route; et cette présence d'esprit doit vous justifier entièrement des distractions dont on vous accuse.
En parlant d'Ulysse, je fais réflexion que le titre d^Odyssée conviendi-ait peut-être mieux à vos aventures que celui dlliade que vous leur donnez. En effet, les erreurs de ce héros ne me paraissent pas avoir peu de rapport ave« votre voyage. Je ne trouverais qu'une diffiérence entre Ulysse et vous.
Ce héros s'ezpota mille fois au trépas;
O parcourut taa mers presque d'un bout à l'autre ,
Pour chercher son épouse et revoir aes appas.
Queb périls ne courriei^TOos pas
Pour vous éloigner de la vôtre l
Hais la différence est petite , et il fallait bien que cette comparaison eût la destinée de tou-
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GEUYRËS DIVERSES.
tes les autres ^ c'est-à-dire qu'elle dodiàt un peu. Vous êtes bien plus juste dans les vôtres: celle du prinlenips est charmante; et celle de l'aurore est précieuse, et riante au possible. Enfin y Tune et Tautre sont telles qu'elles pourraient bien vous avoir fait des affaires. Je me doute fort qu'une dame et une demoiselle qui sont ici ne les onl point vues sans envie. C'est chose étrangle dans ce se\e que l'ambition d'être la plus belle ! Mais vous avez bon moyen de vous mettre en grâce.
D« votre mnie raTùsante Les chants , les discours sédnctenrs , Apaiseront par lenrs charmes flatteurs Cette lempéte menaçante.
Un encens hien moins prédeus Que n*est celai que votre main présente A mille fois fléchi b colère des dieu.
Après tout, monsieur, c'est bien le moins que je vous doive pour vos présents que de vous en remercier. Vous êtes le premier homme du monde pour les châteaux en Espagne ; et , puisque vos rêveries sont si agréables, je ne m*ëtonne plus que vous vous y plaisiez tant. C'est un mal qui se communique, et je vous avoue qu'en lisant votre lettre, je n'ai pu me défendre d'y tomber.
Tout indigne que je me sens Des biens que m'ont donnés vos songes.
J'ai quelque temps abandonné mes sens A de si doux et si plaisants mensonges. DéjA mon esprit , prévena , De vos riches bienfaits réglait le reveon s Déjà, dressant les équipages , Je me donnais jusqu'à des pages.
Et , digne nourrisson de l'aise et du sommeil , Je me trouvais le teint plus frais et plus vermeil. Je me trouvais d'autres vertus encore, Vertus d'un abbé seulement.
Et que tout autre humain ignore; Mais eiifin, en moius d'un moment, La raison, qui nous sert bien moins à nous conduire Qu'à nous persécuter toojoui-s cnielleroent. Est venue à mes yeux détruire Du faite jusqu'au fondement Un édifice si charmant.
Je n'ai pourtant pas tout perdu, et de tout cela il me reste une chose que j'estime infiniment : c*est le plaisir de savoir que vous me voulez du bien, et que vous avez en quelque manière pour moi les sentiments que j'ai pour vous.
J'ai fiiit voir votre lettre à mademoiseDe de Beaulieu. Sa jeunesse et sa modestie ne loi ont pas permis de dire ce qu'elle en pensait; mais je qe doute point que des douceurs si bien apprêtées ne l'aient touchée comme elles doivent Monsieur et madame d'Hervart, et mademoiselle de Gouvemet , m'ont chargé de vous foire I leurs compliments. Votre lettre leur a £ût mi plaisir infini, et je pense que la campagne, qu'ils aiment déjà* tant, les charmerait bien davantage, s'ils y étaient souvent régalés de sembla* blés lectures. Mademoiselle de Gouvemet me charge de vous dire , monsieur, qu'elle n'est fichée de n'avoir pas toutes les giîoes dont vous la louez, que parce que ce défiiutrempéchede vous remercier comme vous le méritez. Adieu, monsieur; je suis tout à vous.