‹ Œuvres complètes de Jean de La FontaineChapitre 72 sur 723 · LIVRE Xlt · texte numérisé non relu

LIVRE Xlt

Otbooneiir a Matent de mortelles mgoiises. Redisenn, etpkms, gens à Tair gradeax , An cour tout différent, ^j rendent odieax : Qooiqa'ainsi que la pie il fiiiUe dans ces lieux Porter bd>it de deux paroisses '.

FABLE XIL Le MUan, h itoi» et le Chasteur,

À s. A. s. MORSEIGNBUH LE PRINCE DE COUTl '•

Gomme les dieox sont Ixnis , ils realent que les rois Le soient aussi : c'est llndalgence Qui fliût le plos beau de leurs droits , Non les douceurs de la vengeance :

Prince, c'est votre avis. On sait qqe le courroux S*éteiiit en votre cœur sitôt qu'on Ty voit naître. Adiille , qui du sien ne put se rendre maître ,

Fat par là moins héros que vous.

Ce titre n'appartieût qu'à ceux d'entre les hommes Qui , comme en Fâge d'or, font cent biens ici-bas. hadegrandssont nés tels en cet âge où nous sommes: L'nniren leur sait gré du mal qu'ils ne font pas.

Loin que vous suiviez ces exemples , mUe actes généreux vous promettent des temples. ApoUoD , citoyen de ces augustes lieux , ^ Prétend y célâ>rer votre nom sur sa lyre. Je sais qu'on vous attend dans le palais des dieux : Uo siècle de séjour doit id vous suffire. Hymen veut scjoamer tout im siècle chez vous '. Poissent ses plaistcs les plus doux Vous composer des destinées Par ce temps à peine boméesl Et la princesse et vous n'en méritez pas moins. J'en prends ses dbarmes pour témoins ; Pour ténxMDS j'en prends les merveilles 1^ qm le ciel, pour vous prodigue en ses présents, De qualités qui n'ont qu'en vous seul leurs pareilles

Voulut orner vos jeunes ans.

ftNBiwn de son esprit ses grâces assaisonne : Le del joignit en sa personne Ce qui sait se fiûre estimer A ce qui sâdt se finre aimer :

n ne m'appartiem pas d'étaler votre joie;

*UpiealdeeoiileariMiii«,eta ta poitrine al les odiée

Je me tais donc, et vais rimer Ce que fit un oiseau de proie.

*FïMçoi»>UMii, prineede h nodie-snr-Ton et de CO!«ti, ii 1 Paris CD i6Sa , et mort le as ftvffier I7eg^ rnn do amis et ^ piomiame 6m aetfe poSte. Vofee rflisieire ^ImvU et ^ «mmragês de Jeam de fa Fontaine,

' Ces vcn et eenx qui soirent prouTent que cette fable ftit eoaB|N)iée lors dn mariage du prfDoe de CootlaTec Marie-Thétm de Bewfcon, taOré le » juin fSSS. Yoyea THUtoire de

Un milan , de son nid antique possesseur!

Étant pris vif par un chasseur^ D'en foire au prince un don oet homme se propose. La rareté du foit donnait prix à la chose. L*oiseau , par le chasseur humblement présenté ,

Si ce conte n'est apocryphe ,

Va tout droit unprimer sa griffe

Sur le nez de sa majesté. — Quoi! sur le nezdurm? — ^DuruiménieenparsoBiie.-* Il n'avait donc alors ni sceptre ni oonronne?-* Quand il en aurait en , c'aurait été tout un : Le nez royal fut pris comme un nez du eommun. Lire des courtisans les clameurs et la peine Serait se consumer en efforts impuissants. Le roi n'éclata point: les cris sont indécents

A la Bu^esté souveraine.

L'oiseau garda son poste : on ne put seulement

Hâter son départ d'un moment.

Son maltrelerappeUe,etcrie9etsetoomMBfte, Lui présente le leurre ', et le poing *; mais en vain

On crut que jusqu'au lendemain Le maudit animal àla serre instriente

Nicherait là malgré le bruit Etsurlenes sacré voudrait passer la nuit. Tâcher de l'en tirer irritait son caprice. D quitte enfin le roi, qui dit : Laisse^aller Ce mUan, et celui qid m'a cm régaler.

Us se sont acquittés tous deux de leur oflk», L'un en milan, et l'autre en citoyen des bois : Pour moi , qui sais conunent doivent agir les rais,

Je les affiranchis du supplice.

Et la cour d'admirer. Les courtisans ravis Élevait de tels Aûts, par euï'si mal sohis .* Bien peu, mémedes rois, prendraient un td modtte;

Et le veneur l'échappa belle; Coupables seulement, tant lui que l'animal , D'ignorer le danger d'approdier tmp do maître ;

Us n'avaient appris à connaître Que les hôtes des bois: était-ce un si grand mal?

PQpây foit près du Gange arriver Taventure.

Là , nulle humaine créature Ne tondie aux aiiimaux pour leur sang épeneher . Le roi même ferait scrupule d'y toucher. Savonsnoos, <fisent-ils, si cet oiseau de proie

N'éUit point au siège de Troie?

> Terme de teeoMMife. Le lêurfe est ui aioreeea deeufr lovfe hçanmé ea ftivme d*olseaii , aaqnel eo attache de quoi manger, et dont les Smeomilert se eenrent poor rappeler lei oiseau» de hûcomierieiorKfq'ns ne riemwBt pas I la léelame»

• Pour qu'a viemie se plaeer dessos. Cert ce qui s'appiOa rédanur, ea terme de buoooiiirieb

FABLES

Feutrétre y Unt-il lieu d*iin prince oo d'un béros Des plus huppés et des plus hauts :

Ce qu'il fut autrefois il pourra Télre encore. Nous croyons, après Pythagore,

Qu'avec les animaux de forme nous changeons ;

* Tantôt milans, tantôt pigeons , Tantôt humains , puis volatilles ' Ayant dans les airs leurs femilles.

Gomme Ton conte en deux bçons ^

L^aocîdent du chasseur, voici Tantre manière.

Cn certain fouconnier ayant pris , ce dit-<m , A la chasse un milan (ce qui n'arrive guère) ,

En voulut au roi foire un don ,

Comme de diose singulière :

Ce cas n'arrive pas quelquefois en cent ans: C'est le non plus ultra de la fiiuconneriè. Ce cliasseur perce donc un gro» de courtisans , Plein de zèle , échauffé , s'il le fut de sa vie.

Par ce parangon ' des présenta

Il croyait sa fortune foite :

Quand l'animal porte^onnetle.

Sauvage encore et tout grossier.

Avec ses ongles tout d'ader, Prend le nei du chasseur, happe le pauvre sire.

Lui de crier; chacun de rire, Monarque et courtisans. Qui n'eât ri ? Quant à moi, Je n'en eusse quitté ma part pour un empire.

Qu'un pape rie , en bonne foi Je ne l'ose assurer ; mais je tiendrais un roi

Bien malheureux , s'il n'osait rire :

C'est le plaisir des dieux. Malgré son non* sourd ' Jupiter et le peuple immortel rit aussi. U en fit des édate «, à ce que dit l'histoire, Quand Vulcain, clopinant, lui vint donner à boire. Que le peuple immortel se montrât sage , ou non , 4'ai changé mon si^et avec juste raison ;

> rolatUlé m dit teulemeiit des oiseaux bons k nuoger. La néoeasilé de la rime a forcé la Fonlalne d'employer ce mot «a lieo de celui ûfi volatUe. Ce deraier mot lert à désigner tout animai qui toIo , ou les obeaux en général. Du temps de notre poète, ces deux mots, quoique presque semblabTes , avaient la même sIgniflcaUon qu'ils ont ^aiiyourd'hul, et n'étaient nulie> ment synonymes.

* Modde parbit On disait autrefois plus communément paraQwu On trouve ce mot dans Kficot. qui le définit ainsi « « Cest une chose si excellemment parfaite , qu'elle est comme

• une idée, un sep, un estelon à toutes les auties de son es-. « pèce , et lesquelles on rapporte et compare A luy pour savoir > à quel degré de perfection elles atteignent Ainsi dit on para-

• gon de clwvalerie, de prudhomie, de sçavoir. t Thresor de la langue françogte, 4606. in-folio, p. W. Le mot de paragon est à regretter, et encore plus le veriie paragonner, qui s'employait fréquemment , et qui n'a plus d'équivalent.

* Sourd au lien de êoureii, pour la rime et par Uoence poétique. Les éditions modernes oot k tort mis soocL

« Des éclaU de rire. KUipse.

Car, poisqu'il's'agit de morale , Que nous etU du chasseur l'aventure iktale Enseigné de nouveau? L'on a vu de tout temps Plus de sots fouconnier» que de rois indulgents.

FABLE XllI.

Le Renard f les Moitehes^ et le Hérisson,

Aux traces de son sang un vieux hôte des bois ,

Renard fin, subtil, et matois Blessé par des chasseurs , et tombé dans la fange, Autrefois attira ce parasite ailé

Que nous avons mouche appdé.

n accusait lès dieux , et trouvait fort étrange Que le sort à tel point le voulût affliger, ^

Et le fit aux mouches manger.

Quoi I se jeter sur moi , sur moi le plus habile

De tous les hôtes des forêts I Depuis quand les renards sont-ils un si bon mets ? Et que me sert ma queue ? est-ce un poids inutile ? Va , le ciel te confonde , animal importun !

Que ne vis-tu sur le commun I

Un hérisson du voisinage ,

Dans mes vers nouveau personnage, Voulut le délivrer de rimportunité

Du peuple plein d'avidité :

Je les vais de mes dards enfiler par centamcs , Voism renard, dit-il, et terminer tes peines. Garde-t'en bien, dit Taûtre; ami, ne le fiiis pas : Laisse-les , je te prie , achever leur repas. Ces ammaux sont soûls ; une troupe nouvelle Viendrait fondre sur moi , plus âpre et plus cruelle.

Nous ne trouvons que trop de mangeurs id-bas :

Ceux-ci sont courtisans, ceux-là sont magistrats.

Aristote appliquait cet apologue aux hommes. Les exemples en sont communs, Surtout au pays où nous sommes.

Plus telles gens sont pleins, moins ils sont importons.

FABLE XIV

L'Amour et la Folie,

Tout est mystère dans TAmour, Ses flèches, son carquois, son flambeau, son enfonce:

Ce n'est pas Touvrage d'un jour

Que d'épuiser cette science.

Je ne prétends donc pomt tout expliquer ici : Mon but est seulement de dire j à ma manière,

Comment l'aveugle que voici (C'est un dieu), comment, dis-je, il perdit la lumière, Quelle suite eut ce mal, qui peutrétre est un bien ', J'en fiiis juge un amant, et ne décide rien.

Page 1