LIVRE XII
lie et rAmoar jouaient on jour ensemble : Gdnki n*était pas encor privé des yeux. Une dispute vint : rAmour veut qn'on assemble
Là-dessos le conseil des dieux -,
L*aiitre n*ent pas la patience ; £Ue loi donne un coup si ftirieux ,
Qall en perd la clarté des deux.
Ténus en demande vengeance.
Femme et mère, il suffit pour juger de ses cris :
Les dieux en forent étourdis ,
Et Jupiter, etNémésis, Et les juges d'enfer, enfin toute la bande. Elle représenta rénormité du cas ; Son fils, sans un bâton, ne pouvait foire un pas: Nulle peine n'était pour ce crime assez grande : Le dommage devait être aussi réparé.
Quand on eut bien considéré L lotérêt du public , celui de la partie , Le résultat enfin de la suprême cour
Fut de condamner la Folie
A servir de guide à TAmour.
FABLE XV
li ùnbeau , là Gazelle , la Tàrîue j et U Rat,
▲ MAOÀIIE DB LA SABUÈRB '•
Je vous gardais un temple dans mes vers : Il n*etH fini qu'avecque l'univers.
Déjà ma main en fondait la durée Sur ce bel art qu'ont les dieux inventé , Et sur le nom de la divinité Que dans ce temple on aurait adorée.
Sur le portail j'aurais ces mots écrits : Palais sacr^ de la déesse Iris ; Non celle-là qu'a Junon à ses gages ; Car Junon même et le maître des dieux Serviraient l'autre , et seraient glorieux Du seul honneur de porter ses messages. L'apothéose à la voâte eût paru ; Là , tout roiympe en pompe eût été vu Plaçant Iris soas un dais de lumière.
Les murs auraient amplement contenu Tonte sa vie; agréable matière , Ma» peu féconde en ces événements Qui ées états font les renversements.
~^ An fond du temple eût été son image , Avec ses traits , son souris , ses appas , Son art de plaire et de n'y penser pas. Ses agréments à qui tout rend hommage.
Taurais foit voir à ses pieds des mortels Et des héros , des demi-dieux encore ,
■ Pour ce qui eoDcerne madame de la SabUirs » voycs la wte HBr b premltre liUe do litre JL
Même des dieux ' : ce que le monde adore Vient quelquefois parfumer ses autels.
J'eusse en ses yeux foit briller de swk âme Tous les trésors, quoique imparfaitement : Car ce cœur vif et tendre infiniment Poiur ses amis , et non point autrement ; Car cet esprit , qui , né du firmament , A beauté d'hcnnme avec grâces de femme , Ne se peut pas , comme on veut , exprimer. O vous, Iris , qui savez tout charmer.
Qui savez plaire en un degré suprême, Vous que l'on aime à Tégal de soi-même (Ceci soit dit sans nul soupçon d'amour, Car c'est un mot banni de votre cour.
Laissons-le donc ), agréez que ma muse Achève un jour cette ébauche confuse.
J'en ai placé ridée et le projet,) Pour plus de grâce , au devant d'im sujet Où Tamitié donne de telles marques , Et d'un tel prix , que leur simple récit Peut quelque temps amuser votre esprit.
Non que ceci se passe entre monarques ; Ce que chez vous nous voyons estimer ' N'est pas un roi qui ne sait point aimer : C'est un mortel qui sait mettre sa vie ^Pour son ami. J'en vois peu de si bons. Quatre animaux , vivant de compagnie, Vont aux humains en dcmner des leçons.
La gazelle, le rat, le OHbeau, la tortue ,
Vivaient ensemble unis : douce société ,
Le dioix d'une demeure aux humains inconnue
Assurait leur fêlidté.
Mais quoi ! l'homme découvre enfin toutes retraitée
Soyez au milieu des déserts ,
Au fond des eaux, au haut des airs, Vous n'éviterez point ses embûches secrètes. La gazelle s'allait ébattre innocemment ,
Quand un chien , maudit instrument
Du plaisir barbare des hommes, Vint sur ]'beri)e éventer les traces de ses pas. Elle fuit. Et le rat , à llieure du repas , Dit aux amis restants: D'où vient que nous ne.som-
Aujourd'hui que trois conviés ? [mes
La gazelle déjà nous a-t«elle oubliés?
A ces paroles , la tortue
S'écrie , et dit : Ah! si j'étais
Comme un coriieau d'ailes pourvue,
Tout de ce pas je m'en irais
Apprendre au moins quelle contrée ,
Quel accident tient arrêtée
> Entre autres Jean Sobleskl, qui depuis fut roi de PotogUi et 411I fit une ooor aaridue I madame de la Sabittra.
FABLES
Notre oompagne au pied léger; Car, à regard du cœtif, il en feat mieux juger.
Le eoibeatt part à tire-d'aile:
II aperçoit de loin Timprudente gazelle
Prise au piège , et se tourmentant, n retourne ayertir les autres à Tinstant ; Car, de lui demander quand, pourquoi, ni comment
Ce malheur est tombé sur elle, Et perdre en vains discours cet utile moment ,
Comme eût fait un maître d'école ' ,
Il avait trop de jugement.
Le corbeau donc rôle et revole.
Sur son rapport les trois amis
Tiennent conseil. Deux sont d'avis
De se transporter sans remise
Aux lieux on la gazelle est prise.
L^antre , dit le corbeau , gardera le logis : Avec son mardier lent , qiumd arriverait-elle ?
Après la mort de la gazelle.
Ces mots à peine dits , ils s*en vont secourir
Leur chère et fidèle compagne ,
Pauvre chevrette de montagne.
La tortue y voulut courir :
La voilà comme eux en campagne, Maudissant ses pieds courts avec juste raison , Et la nécessité de porter sa maison.
Rongemaille (Je rat eut à bon droit ce nom) Coupe les nosnds du lacs : on peut penser la jde. Le diasseur vient , et dit : Qui m'a ravi ma proie? Rongemaille , à ces roots, se retire en nn trou y Le corbeau sur un arbre, en un bois la gazelle ;
£t le chasseur, à demi fou
De n'en avoir nulle nouvelle , Aperçoit la tortue , et retient son courroux.
D'où vient , dit-il , que je m'effraie?
Je veux qu à mon souper celloià me défraie. Il la mit dans son sac. Elle eût payé jKMir tous, Si le corbeau n'en eût averti la chevrette.
Celle-ci , quittant sa retraite , Contrefoit la boiteuse, et vient se présenter.
L'homme de suivre , et de jeter Tout ce qui lui pesait : si bien que Rongemaille Autour <tes nœuds du sac tant opère et travaille ,
Qu'il délivre encor l'autre sœur, Sur qui s'était ibndé le souper du chasseur.
Pilpay conte qu'ahisi la chose s'est passée.
Pour peu que je voiduase invoquer Apollon,
J'en ferais , pour vous plaire, un ouvrage aussi long
Que rniade ou l'Odynée.
Rongemaille ferait le principal héros, Quoique à vrai dire ici chacun soit nécessaire. ,
«VoyeilattUflzizdDpMBifterttfit.fllaWev^llmaL ,
PortHnaisoii l'infimu y tient de tels praposi
Que monsieur du corbeau va fiure Office d'e^on , et puis de messager.
La gazelle a d'ailleurs Tadresac d^engager Le chasseur à donner du temps à Rongemaille.
Ainsi chacun dans son endroit
S'entremet, agit, et travaille.
A qui donner le prix? Au cœur, si Ton m'en croit. Que n'ose et que ne peut l'amitié violente I Cet autre sentiment que l'on appelle amour Mérite moins d*honneur ; cependant dia^ie jour
Je le célèbre et je le chante.
Hélas! il n'en rend pu mon âme plus contente Vous protégez sa sœur, il suffit ; et mes vers Vont s'engager pour elle à des tons tout divers. Mon maître était l'Amour : j'en vais servir un auirSi
Et porter par tout l'univers
Sa gloire aussi biâi que la vôtre.
FABLE XVL
Forêt et U Bûchertm.
Un bûcheron venait de rompre ou d'égarer IiC bois dont U avait emmanché sa cognée. Cette perte ne put sitût se répar»
Que la forêt n'en fût quelque temps épargnée.
L'homme enfin la prie humblement .
De lui laisser tout doucement
Emporter une unique branche.
Afin de Ikire un autre manche :
Il irait employer ailleurs son gagne-pain ; Il laisserait debout maint chéne et maint sapin Dont chacun respecUit la vieillesse et les charmes. L'innocente forêt lui fournit d'autres armes. Elle en eut du regret. Il emmanche son fer :
Le misérable ne s*en sert
Qu'à dépouiller sa bienfoitrice
De ses principaux ornements.
Elle gémit à tous moments :
Son propre don foit son supplice.
Voilà le train du monde et de ses sectateurs :
On s'y sert du bienfidt contre les bienfiilteuri.
Je suis las d'en parler. Mais que de doux ombn^ Soient exposés à ces outrages , Qui ne se plaindrait là-dessus? .«
Hélas I j'ai beau crier et me rendre incommode | L'ingratitude et les abus N'en seront pas moins à la mode.