‹ Œuvres complètes de Jean de La FontaineChapitre 76 sur 723 · LIVRE XIL · texte numérisé non relu

LIVRE XIL

iir

Us s'cuneèrent à grandi pat

Pmf aeoomir leur bonne amie :

Mais le diai| qui n*en démord pas, Gronde, et marchean-deyant de la troupe ennemie.

A ce bnût , nos trèa-pradents ralS|

Craignant manvaise destinée , Font, sans pousser plus loin leur prétendu fracu ,

Une retraite fortunée.

Chaque rat rentre dans son trou; Et si qndqu'un en sort , gare enoor le maton 1

FABLE XXVL Daphuis tt Âleimadvre.

■RlifMI M ffltellîl *• A MADAME DB L4 MiSAIVGÈAB*.

AimatOe fiUe d*nne mère A qoi seule * aujonrd^ hui mille cœurs font la cour , Stts ceux que ramitté rend.soigneux de tous plaire. Et qodqoes^ms encor que vous garde Tamour ,

Je ne puis qu'en ^ cette préfoce

Je ne partage entre elle et vous Dn peu de cet encens qu'on recueille au Pâmasse , Et que f ai le secret de rendre exquis et doux.

Je vous dirai donc... Mais tout dire ,

Ce serait trop ; il feut choisir ,

Ménageant ma vdx et ma lyre, Qm' bientôt vont manquer de force et de loisir. Je louerai seulement un cœur plein de tendresse , Geinobies sentiments, ces grâces, cet esprit : Tons n'auriez en cela ni maître ni maltresse , SiBi odle dont sur vous l'éloge rejaillit*.

Gardez d'environner ces roses

De trop d'épines , si jamais

L'amour vous dit les mêmes choses :

n les dit mieux que je ne fois ; Aosâ sait-il punir ceux qui forment Toreille

A ses conseils. Vous l'allez voir.

* TUoerile , Idylle xxui.

* Hidaiiie de U Mëunsère éUlt la fille de madame de la Sàhfiife. Cot elle qne Fontenellé désigne lous .le nom de la Marftiise, dantton oavnseIntilQM de la PluralUédes mon" ifei. Vorei VBiMMre de latfiê et des ouvrages de Jean de ta FlÊmtÊhte, 9* édOL, p. 372.

' Un eoBinenialear demande : Pouniool te poète dft-ll, à qui eemief Je répondi : Parce qu'alors madame de la Sablière , en- MRdHH rjaede plaire , s'était retirée do monde , et était livrée i la dévotion. Voyez XHUloire de la vie et des ouvrages d€ Jean de la Fontaine, lq-S« , 5* édlt.. p. 33S à 340.

* LaUnisroe : iVon jyosswn ^«fn. Madame de Sévigné com- Menée atasi nmdeeei lettres (12 lévrier 4071 . t il , p. S34 ) • Je ae paii. ma cbAre aile , qu'être en peiné de vous. •

•Ccstàdire ans voire mère. Le reconnaissant k Fontaine fiaoetoqjonn BUMlaBM de U SabUèie a^deamt de tonlM ke

Jadis une Jeune merveille Méprisait de œ dieu le souverain pouvoir :

On l'appelait Aldmadure*:

Fier et feroudie objet, toujours courant aux bois, Toujours sautant aux prés , dansant sur la verdurti

Et ne connaissant autres lois Que son caprice ; au reste , égalant les plus belles ,

Et surpassant les plus cruelles ; N'ayant trait qui ne plût , pas même en ses rigueurs : Quelle l'eût-on trouvée au fort de ses faveurs* 1 Le jeune et beau Dapbnis, berger de noble race, L'aima pour son malheur : jamais la moindre grâce Ni le moibdre regard, le mmndre mot enfin, Ne lui fut accordé par ce cœur inhumain. Las de continuer une poursuite vaine ,

Il ne songea plus qu'à mourir.

Le désespoir le fit couiir

A la porte de Tinhomaine.

Hélas 1 ce fut aux vents qu'il raconta sa peine;

On ne daigna lui faire ouvrir Cette maison fatale, où , parmi ses compagnes, L'ingrate , pour le jour de sa nativité' ,

Joignait aux fleurs de sa beauté Les trésors des jardiûs et des vertes campagnes. J'espérais , cria-t-il , expirer à vos yeux ;

Mais je vous suis trop odieux, Et ne m'étonne pas qu'ainsi que tout le reste Vous me refusiez même un {Saisir si funeste. Mon père , après ma mort (et je l'en ai chargé)

Boit mettre à vos pieds l'héritage

Que votre cœur a négligé.

Je veux que l'on y joigne aussi le pâturage ,

Tous mes troupeaux , avec mon chien ;

Et que du reste de mon bien

Mes compagnons fondent un temple

Où votre image se contemple , Renouvelant de fleurs l'autel à tout moment. J'aurai près de ce temple un simple monument : •

On gravera sur la bordure :

« Daphnis mourut d'amour. Passant, arréte-toif « Pleure , et dis : Celui-ci succomba sous la loi

« De la cruelle Alcimadure. s

A ces mots , par la Parque il se sentit atteint :' n* aurait poursuivi; la douleur le prévint.

■ Cest-à-dire , sioolatroavattahnablet même en ses rignenrt. combien TeAt-eUe paru davantage à ceux qu'elle aurait comblés de ses Caveurs !

* Le mot natMid ne s'emploie plus guère que dans le ailla de liturgie s mais 11 n'en était pas ainsi dn temps de la Fontaiua Salnl-Éwemond a dit aussi :

row flilr* la sotenoll4 De M vieille naf/vM.

Voyei encore i ce sujf t Nicot , Threjor de la langue frqn* foyse, p. 42S, an mot TiaisUre,

FABLES

Son ingrate sortit triomphante et par<^.

On Youlat , mais en vain , Tarréter on moment

Pour donner quelques pleurs au sort de son amant :

Elleinsulu toujours au fils de Cythérée,

Menant dès ce soir même, au mépris de ses lois ,

Ses compagnes danser autour de sa statue.

Le dieu tomba sur elle , et Taccabla du poids :

Une voix sortit de la nue , Écho redit ces mots dans les airs épandus : « Que tout aime à présent': rinsensible n*est plus. » Cependant de Daphnis Tombre au Styx descendue Frémit et s'étonna la voyant accourir.

Tout rÉrébe entendit cette belle homicide S'excuser au berger , qui ne daigna Touîr Non plus qu'Ajax Ulysse * , et Didon son perfide '.

FABLE XXVU.

Le Juge arbitre > VHoipiUiliery et le Sclitaire.

Trois saints , également jaloux de leur salut , Portés d'un même esprit , tendaient à même but. Ils s'y prirent tous trois par des routes diverses : Tous chemins vont à Rome; ainsi nos concurrents Crurent pouvoir choisir des sentiers difTérents. L'un, touché des soucis, des longueurs, des traverses Qu*en apanage on voit aux procès attachés , S'offrit de les juger sans récompense aucune, Peu soigneux d'établir ici-bas sa fortune. Depuis qu'il est des lois , l'homme, pour ses péchés, Se condamne à plaider la moitié de sa vie : La moitié I les trois quarts , et bien souvent le tout. Le conciliateur crut qu'il viendrait à bout De guérir cette iblle et détestable envie. Le second de nos saints choisit les hôpitaux. Je le loue ; et le soin de soulager les maux Est une cliarité que je préfère aux autres. Les malades d'alors pétant tels que les nôtres , Donnaient de l'exercice au pauvre hospitalier; Chagrins, impatients , et se plaignant sans cesse : « n a pour tels et tels un soin particulier ,

• Ce sont ses amis ; il nous laisse. » Ces plaintes n'étaient rien au prix de l'embarras Où se trouva réduit l'appointeur de débats : Aucun n'était content ; la sentence arbitrale

A nul des deux ne convenait :

Jamais le juge ne tenait

A leur gré la balance égale :

De semblables discours rebutaient l'appointeur : II court aux hôpitaux , va voir leur directeur. Tous deux ne recueillant que plainte et que murmure. Affligés et contraints de quitter ces emplois ,

* Hom., Odyss,, llb. XI, t. 0QS.

« Vlrgtl., £neid., lib. VI, v. 490.

Vont confier leur peine au silence des bois.

Là , sous d'âpres rochers , près d'une source pore,

Lieu respecté des' vents , ignoré du soleil ,

Ils trouvent l'autre saint , lui demandent conseil.

Il fout , dit leur ami , le prendre de soi-même.

Qui , mieux que vous , sait vos besoins ? Apprendre à se connaître est le premier des soins Qu'impose à tout mortel la majesté suprême. Vous êtes-vous coimus dans le monde habité? L'on ne le peut qu'aux lieux pleins de tranqtdllité : Chercher ailleurs ce bien est une erreur extrême.

Troublez l'eau : vous y voyez-vous?

Agitez celle-ci. — Comment nous verrions-nous?

La vase est un épais nuage Qu'aux effets du cristal nous venons d'opposer. Mes frères, dit le saint, laissez-la reposer,

Vous verrez alors votre image.

Pour vous mieux contempler demeoret au désert.

Amsi parla le solitave.

n fut cru ; l'on suivit ce conseil salotaire.

Ce n'est pas qu'un emploi ne doive être souffert. Puisqu'on plaide et qu'on meurt, et qu'on devient mail faut des médecins , il faut des avocats ; |lade , Ces secours, grâce à Dieu, ne nous manqueront pas : Les honneurs et le gain , tout me le persuade. Cependant on s'oublie en ces communs besoins* 0 vous dont le public emporte tous les soins,

Magistrats , princes et ministres , Vous que doivent troubler mille accidents sinistres, Que le malheur abat, que le bonheur corrompt , Vous ne vous voyez point, vous ne voyez personne. Si quelque bon moment à ces pensers vous donne.

Quelque flatteur vous interrompt.

Cette leçon sera la fin de ces ouvrages : Puisse-t-elle être utile aux siècles à venir! Je la présente aux rois , je la propose aux sages : Par on sanrais-je mieux finir?

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