DE L'ÉDITEUR
Les lettres qu'un auteur e'crit à sa famille et à ses amis, ne peuvent être regardées comme faisant partie de ses Œuvres ; car ce nom, à proprement parler , n'appartient qu'aux ouvrages qu'il a travaillés avec soin , et dans l'intention plus ou moins éloigne'e de les donner au public. Cependant quand un écrivain a atteint un haut degré de gloire , ses lettres familières sont recherchées avec avidité, et elles inspirent presque autant d'intérêt que ses travaux littéraires. Mais cet intérêt est d'un genre tout différent ; l'un est produit par l'admiration; celui-ci l'est principalement par la curiosité. Ici c'est moins le talent qu'on cherche, que la personne. On veut faire connaissance avec un homme dont le nom est cher et illustre ; on veut lire dans ses secrètes pensées, le suivre dans l'intérieur de sa vie domestique, se familiariser avec son caractère et ses habitudes, et c'est là le
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plus grand charme de ces e'crits Jete's dans l'épanchementducœuret dansTabandon de la familiarité.
Le mérite des lettres familières est donc comme celai d'un portrait; ce qa'ony priseleplus, c'est la fidélité. H faut y conserver tout, Jusques aux négligences, puisque tout contribue à peindre Thomme.
Louis Racine a donc été trompé par son attachement à la mémoire de son père , lorsqu'en publiant les lettres familières de celui-ci , il a cru devoir les retoucher. Au lieu de nous les transmettre dans leur pureté originale, il les a altérées de toutes manières. Ces lettres ont été plusieurs fois depuis réimprimées ; mais les éditeurs se sont contenté de copier le texte de Louis Racine.
Les lettres de Racine paraissent donc ici telles qu'elles sont , d'après les manuscrits autographes déposés à la Ril)liothèque royale ou conservés par sa famille. Nous avons même laissé subsister les répétitions et les négligences ; elles servent à attester l'abandon avec lequel Racine laissait aller sa plume. INous avons également respeclé les mots et les tours de phrase que l'usage actuel a rejetés , et qui aujourd'hui pourraient paraître des fautes contre la langue. Les grammairiens qui
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aiment à remarquer les variations que le tems a fait subir à notre langage familier, doivent désirer qu'on leur rapporte fidèlement comment ce langage e'tait parle par Técrivain le plus correct et le plus éle'gant du siècle de Louis XIV.
Nous avons rétabli très-exactement le texte et l'ordre chronologique des lettres ; nous avons rempli les nonibieuses lacunes qui se trouvent dans les précédentes éditions et nous avons suppléé l'indication du jour et de l'année partout où elle manquait : mais nous l'avons fait de manière que le lecteur pourra reconnaître cette addition.
Nous avons divisé ces lettres en six Recueils; les cinq premiers contiennent les lettres de Piacine