A LA MÊME
A Paris, le 16 janvier (169/).
Je vous écris, ma chère sœur, pour une affaire où vous pouvez avoir intérêt aussi bien que moi, et sur laquelle je vous supplie de m'éclaircir le plus tôt que vous pourrez. Vous savez qu'il y a un édit ' qui oblige tous ceux qui oiit ou qui veulent avoir des armoiries sur ieiu' vaisselle ou ailleurs , de donner pour cela une somme qui va tout au plus à vingt-cinq francs, et de déclarer quelles sont leurs armoiries. Je sais que celles de notre famille sont un rat et un cigne , dont j'avais seulement gardé le cigne , parce (p\e le rat me choquait ; mais je ne sais point <|ueiles sont les couleurs du chevron sur lequel grimpe le rat , ni les couleurs aussi de lovit le fond de l'écu;,son, et vous me ferez un grand plaisir de m'en instruire. Je crois que vous trouverez nos armes peintes aux vitres de la maison que mon grand-père ^ fit bâtir, et qu'il vendit à M. de la Clef.
* Déclaration du Roi d» 4 septembre i6yf>, pour la recherche des usurpateurs de noblesse, et arrêt du Conseil du 20 novembre suivant, qui ordonne l'enregistrement des armoiries. On cre'a, pour l'examen des titres, un Conseil dont Jérôme Bignon , Conseiller d'Etat , fut nomme le chef.
^ Mort en i65o. 11 s'appelait Jean Racine , comme son fl!s et
f)l8 LETTRES DE RACINE,
Jai oiù dire aussi à mon oncle Racine ' qu'elles étaient peintes aux vitres de quelque église. Priez M. Rivière de ma part de s'en mettre en peine, et «le di-aiander à mon oncle ce qu'il en sait, et de mon côlé je vous manderai le parti que j'aurai pris là-dessus. J ai aussi quelque souvenir d avoir oui dire que feu notre grandpt;re avait fait un procès au peintre qui avait peint les vitres de sa maison , à cause que ce peintre , au lieu d'un rat, avait peint un sanglier. Je voudrais que ce fût en effet un sanglier, ou la hure d'un sanglier qui fijt à la place de ce vilain rat. J'attends de vos nouvelles pour me déterminer et pour porter mon argent ; ce que je suis obligé de faire le p!us tôt que je pourrai.
J'approuve fort qu'on fasse son possible pour sortir d'affaire avec le fds de M. Regnaud, et on ne saurait trop tôt finir avec lui, pourvu qu'il nous fasse voir nos sûretés en traitant avec lui. Je suis bien fâché de l'argent qu'on vous a encore nouvellement fait payer au grenier à sel. Il faut espérer que la paix, qu on croit qui se fera bientôt, mettra fin à toutes ces taxes qui reviennent si souvent.
son petit- fil» , et «'lait frs (!e Jean Racine , receveur pour le Roi du domaine et duc lie de \ Jilois , et receveur des greni..-rs à sel de Crespy et de la Ferté- Miion , marié a Anne Gosset , et mort en 1593.
' Jean François Racine. Il mourut h la Fcrte-?.Iilon Tannée suivante. Voyez la note 2, pag. 400 de ce volume.
CINQUICME RECUEIL. Sig
Je crains que ce ne soit pas assez de quarante francs par mois pour cette painrn* cousine des Fossés. J'en
passerai par où tous voudrez . poiir^Ti qu^ tous preniez la peine de m avertir quand vous n'aurez plus d'argent à moi. Ma femme et nos enfans saluent de tout leur cœur M. Rivière et ma nièce, et vous font mille complimens. Quand le mariage de la petite Moiitlard sera conclu, je donnerai trcs-volontiers les cent fjr nos que j ai promis. Adi^u . ma chère sœur. Je suis entièrement à vous. Votre j>etit neveu est fort joli et bien éveillé.
A M\1)A^II: DE MAl\TE>"ON.
J Wiiç pris la lil>erté de tous écrire. Madame, an sujet ue ia taxe ' qui a si fort dérangé mes p<^li'.es affaires; m;iis n'étant pas content de ma lettre, j'avais simplement dressé un Mémoire , dans le dessein de vous faire supplier de le présenter à Sa Majesté. M. le maréchal de ]Soai'.le5 soflrit géuéreusf^menl de vous le remettre entre les rujins, et. navant pu trouver l'occasion de vous parier . le donna à M. l'Archevêque , qui p ul vous dire si j- lui en avais seulement ouvert Il bouche, et si, depuis deux mois, j avais même eu
' ^ oyei la note png. |oi de ce volume.
riionneur de le voir. Au bout de quelques jours, comme je n'avais aucune nouvelle de ce Mémoire, je priai madame la comtesse de Grammont , qui allait avec vous à Saint-Germain , de vous demander si le Roi l'avait lu , et si vous aviez eu quelque réponse favorable. Voilà , Madame , tout naturellement comment je me suis conduit dans cette affaire. Mais j'apprends que j'en ai une autre bien "plus terrible sur les bras, et qu'on m'a fuit jiasser po;u' Janséniste ' dans l'esprit du Uoi. Je vous avoue que, lorsque je faisais tant chanter dans Estlier ,
Rois, chasseï la calomnie,
je ne m'attendais guèresque je serais moi-même un jour attaqué par la calomnie. Je sais que, dans l'idée du Roi , un Janséniste est fout ensemble un homme de cabale et un homme rebelle à l'Eglise.
Ayez la bonté de vous souvenir, Madame , combien de fois vous avez dit que la meilleure qualité que vous
' Madame de Mainlenon ne devait pas être très-dispost'e à défendre Racine dans l'esprit du Roi contre une telle imputation. A peu près dans le même tems , elle écrivait à madame de la Maisonfort , Religieuse à Saint-Cyr : « Vous auriez eu plus » de p aisirs dans le monde, et, selon les apparences, vous » vous y seriez perdue. Ou Racine , en vous parlant du Jansé- » nisme, vous y aurait entraînée, ou M. de Cambrai aurait «contenté ou même renchéri sur votre délicatesse, et vous » seriez Quiéliste. »
trouviez en moi , c'était une soumission d'enfant pour tout ce que l'Eglise cro't et ordonne, même dans les p'us petites choses. Jai fait par votre ordre près de trois mille vers sur des sujets de piété ; j'y ai parlé assurément de l'abondance de mon cœur , et j'y ai mis tous les sentimens dont j'étais le plus rempli. Vous estil jamais revenu qu'on y eût trouvé un seid endroit qui approchât de l'erreur et de tout C3 qui s'appelle Jansénisme? Pour la cabale, qui est-ce qui n'en peut point être accusé si on en accuse un homme aussi dévoué au Roi que je le suis , un homme qui passe sa vie à psnser au Roi , à s'informer des grandes actions du Roi , et à inspirer aux autres les sentimens d'amour et d'admiration qu'il a pour le Roi? J'ose dire que les grands seigneurs m'ont bien plus recherché, que je ne les recherchais moi-même ; mais dans quelque compagnie que je me sois trouvé, Dieu m'a fait la grâce de ne rougir jamais ni du Roi ni de l'Evangile. Il y a des témoins encore vivans qui pourraient vous dire avec quel zèle on m'a vu souvent combattre de petits chagrins qui naissent quelquefois dans l'esprit des gens que le Roi a le plus comlilés de ses grâces. Hé quoi ! Madame , avec qu!>lle conscience poiu"rai-je déposer à la postérité, que ce grand Prince n'admettait point les faux rapports contre Its personnes qui lui étaient les plus inconnues , s'il faut que je fasse moi-même une si triste expérience du contraire ?
Mais je sais ce qui a pu donner lieu à une accusa-
sation si injuste. J'ai une tante qui est Supérieure de Port-Royal, et à laquelle je crois avoir des obligations infinies. C'est elle qui m'apprit à connaître Dieu dès mon enfance, et c'est elle aussi dont Dieu s'est servi pour me tirer de l'égaiement et des misères où j'ai été engagé pendant quinze années. J'appris, il y a près de deux ans, qu'on l'avait accusée de désobéissance, comme si elle avait reçu des Religieuses contre la défense qu'on a faite d'en recevoir dans cette maison. J'appris même qu'on parlait d'ôter à ces pauvres fdles le peu qu'elles ont de bien, pour subvenir aux folles dépenses de l'Abbesse de Port-Royal de Paris '. Pouvais-je, sans être le dernier des bommes, lui refuser mes petits secours dans cette nécessité ?, Mais à qui estce, Madame, que je m'adressai pour la secoui'ir ? J'allai trouver le Père de la Cbaise, et lui représentai tout ce que je connaissais de 1 état de cette maison, tant pour le t mpcrel , que pour le spirituel. Je n'ose pas croire que je l'aie persuadé ; mais il parut très-content de ma francbise, et m'assura, en m' embrassant, qu'il serait toute sa vie mon serviteur et mon ami " . Heu-
■ Marie -Anne de Ilarlay de Chnnvallon , nièce de François de Ilnrlay, mort Archevêque de Paris en 1695.
^ Le Père de la Clinise avait été Irès-jtsuite en celte circonstance, car il desservit de tout son pouvoir les Religieuses de Port-Royal, et rendit Inutiles les bonnes intentions de l'Arclievèqae de Paris Voyez la lettre de madame de JMaintenonà
CINQUIÈME ÎIECUEIL. 5^3
ousement j'ai vu confirmer le témoignage que je leur vais rendu, par celui du Grand-Vicaire de M. l'Ar- :lievêque , par celui de deux Religieux Bénédictins qui urent envoyés pour visiter cette maison , et dont l'un lait Supérieur de Port-Royal de Paris ', et enfin par îclui des Conft'ssrurs extraordinaires qu'on leur a donlés , tous gens aussi éloignés du Jansénisme , que le ciel est de la ti'rre. Ils en sont tous revenus en disant, les iris, qu'ils avaient vu des Religieuses qui vivaient .^omme des Anges ; les autres , qu'ils venaient de voir le Sanctuaire de la Religion. M. l'Archevêque , qui a voulu connaître les choses par lui-même, n'a pas caché qu'il n'avait point de fiiles dans son diocèse, ni plus régulières, ni plus soumises à son autorité. Voilà tout mon Jansénisme. J'ai parlé comme ces Docteurs de Sorbonue , comme ces Religieux , et enfin comme mon Archevê(jne. Du reste, je puis vous protester devant Dieu, que je ne connais ni ne fréquente aucun homm^ qui soit suapecl d.^ la moindre noviveauté. Je passe ma vie le plus retiré que je puis dans ma famille, et ne suis
cet Archevêque , du 19 octobre i6y7 : « Vous parlâtes fort bien )> dans l'affaire de Port-Royal ; je m'aperçu» du bon efict ; je
» continuai sur le même ton 11 nu iaut pas se laisser domi-
» ner par le ion /^?/-^,-mais dire ses raisons avec une re»pcc- » tueuse fermeté. » L'affaire ayant eu une mauvaise issue,' on rejeta tout sur Racine.
■ Le Père de Loo, Prieur de Sainl-Girmain-des-Pres.
pour ainsi dire dans le monde que lorsque je suis à Marlj. Je vous assure , Madame , que l'état où je me trouve est très-digne de la compassion que je vous ai toujours vue pour les malheureux. Je suis privé de Fhonneur de vous voir ; je n'ose presque plus compter r sur voire protection , qui est pourt;int la S(mle que j'aie tâché de mériter. Je chercliais du moins ma consolation dans mon travail; mais jugez quelle amertume doit jeter sur ce travail la pensée que ce même grand Prince , dont je suis continuellement occupé , me regarde peut-être comme vin homme plus digne de sa colère , que de ses bontés.
Je sviis , avec un profond respect , votre très-hurable
cl très-obéissant serviteur,
Racike.
A Marly, ce l niars (i5.j8). " 1
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A LA MÈRE SAmTE-THÈCLE RACINE.
A Paris, le 9 uaveniljie (1698).
J'arrivai avant-hier de Melun fort fatigué, mais content au dernier point de ma chère enl'ant '. J'ai beaucoup d'impatience d'avoir l'honneur de vous voir, pour vous dire tout le bien que j'ai reconnu en elle. Je vous dirai cependant en peu de mots, que je lui ai trouvé
' Vojcz la lettre à son fils, png. ^^5 de ce volume.
'esprit et le Jugement extrêmement formés, une piété
rcs-sincère , et surtout une douceur et une tranquillité
l'esprit merveilleuse. C'est une grande consolation pour
Qoi , ma très-clicre tante , qu'au moins quelqu'un de
(les enfans vous ressemble par quelque petit endroit.
e ne puis m'empêchcr de aous dire un trait qui a^ous
aarqui'ra tout ensemble , et son courage , et son bon
lalurel. Elle avait fort évité de nous re^^arder, sa mère
t moi, pendant la cérémonie, de peur d'être attendrie
u trouble oi!i nous étions. Comme ce vint le moment
ù il fallait qu'elle embrassiit , selon la coutume , toute s
?s Soeurs, après qu'elle eut embrassé la Supérieure,
ne Religieuse ancienne lui fit embrasser sa mère et
1 sœur aînée, qui étaient là tout auprès fondant eu
irmes. Elle sentit tout son sang se troubler à cette
ue : elle ne laissa pas d'acbever la cérémonie avec le
lème air modeste et tranquille qu'elle avait eu depuis
! commencement; mais dès que tout fut fiai, elÎ3
|î retira , au sortir du cbœur, dans une p tite cbambre,
a elle laissa aller le cours de ses larmes, dont elle
ersa un torrent au souvenir de celles de sa mère,
omme elle était dans cet état , on lui vint dire que
[. l'arclievèque de Sens l'attendait au parloir avec
ips amis et moi. Allons , allons , dit-elle , il n 'est pas
ms de pleurer. Elle s'excita même à la gailé , et se
lit à rire de sa pi'opre faiblesse , et arriva en effet eu
•uriant au parloir , comme si rien ne lui fut arrive.
3 vous avoue , ma cbèx'e tante , que j'ai été touclié de
3l6 LE-^fRES DE RACINE,
celte fermeté qui me parait assez au dessus de son âge. M. Foutuine ', qui, comme >ous savez, est retiré h Melim , assista à toutes les ctx'émonies , et me parut très-édifié de ma tîlje. |
Le sertaou de M. Fabbé Boileau fut Ircs-beau cl tics-plein ce grandes Térités. Tout cela a fait uu terrible effit sur l'esprit de ma filîe .-sinép , et elle parait dans une fort grande agitation, jusqu'à dire qu'elle ne sera jamais du mcnde; mais je n'ose guères compter sur ces sortes de mouTemens , qui peuvent passer comme' bien d'autres quelle a plusieurs fois ressentis. Elle ira demain voir M. Lenoir =, que j'ai élé voir cette aprcsdinée.
J'ai été trouver M. de Saint-Qaude ^ , à qui j'ai rendu compte de tout ce que M. l'abbé Boileau m'a dit sur Totre affaire de Montigny. 7yla femme enverra
' Nicolas Fontaine , dont nous avons parlé dans la note 2 . page 36o du tome VII , et dans la noie i , page 577 du même tome.
- Jacques Lenoir, chanoine de Notre-Dame de Paris, mort en 1717 , âgé de soixante-treize ans. II avait cru devoir signer le formulaire, et il ne perdit pas pour cela l'estime des gens de bien. Il fut l'ami de Boileau , et l'assista au lit de mort.
^ Lenoir de Saint-Claude , avocat et agent des affaires d-' Port-Royal-des- Champs, était frère du chanoine. En 1707, il fut mis à la Bastille pour avoir voulu réclamer la protection des lois contre les actes arbitraires que se permettaient les ennemis de cette Communauté.
demain chez Jeannot une boite où elle a mis les bardes les plus nécessaires pour Fanchon , dont cous tous èuppiions de nous mandi^r des couTelles. S<i\ confie à S^anelle que Fanchon t tait avec vous. l^Moiqu'elle ait une çrande impatience de lavoir avec «lie, elle m'en a léiBoisné one extrême joie. Elle a leîu plus de vioi;! fois la lettre que tgos lui avez fait riioantur de lui écrire, et met sa principale confiance en vos prière?.
J'oubliais de vous dire qu'elle aime eilrêmement la lecture, et sui^tout des bons livres, et qu'elle a une mémoire surprenante. Excusez un p':Ti ma tendresse nour unp enfant d mt je n'ai jamais eu le moindre sujf t de plaiule , et qui s'est doanée à Dieu de si bon cœur, quoiqu'elle fût assurément la plus jolie de tous nos ec- Ùlos, et celle que le monde aurait le plus attirée par s^ dangereuses caresses.
Ma femme et nos petits enfans vous assurent tous de leiu" respect , et font mille compliraens à Fancbon. Ma fille aînée s est donné l'honnetir de vous écrire. Il m'est resté de ma maladie une dureté au côté droit , dont j'avais témoigné un peu d'inquiétude à M. de Saint- Claude ; mais M. Morin '. que je viens de voir, m'a assuré que ce ne serait rien . et qu'il la ferait passer peu à peu par de petits remèdes qui ne me feraient aucun embarras '. Du reste , je suis assez bien . Dieu
* Vovei la note i, pag. 200 de ce Tolume.
* Voj-ez la n- te i, pag. 498.
merci. Je suis bien plus en peine pour ma sœur Isabelle- Agnès ' , dont je suis bien fâché de n'apprendr.? aucune nouvelle certaine. Madame la comle.se de Grammont m'a dit que M. Dodard lui en avait parlé a Fontainebleau avec de grandes inquiétudes. Ne doutez pas qu'il n'ait consulté M. Félix, et qu'il ne l'aille ^oir dés qu'il sera de retour. On m'a dit qu'il n'arriverait ici que jeudi. Je n'ai point été surpris de la mort de M. du Foiisé ', mais j'en ai été très-loucbé. C'était pour ainsi dire le plus ancien ami que j'eusse au monde. Plût à Dieu que j'eusse mieux profilé des grands exemples de piété qu'il m'a donnés ! Je vous demande pardon d'une si longue lettre, et vous prie toujours de m'assister de vos prières.
'Isabelle ou Elisabeth de Sainte-Agnès Leféron, une des pins anciennes Religieuses (îe Porl-Royal. Elle mourut en 1 70G , (après dix anne'es d'infirmite's.
^ Pierre-Thomas, éciiyer, sieur du Fossé, fils d'un maître des comptes de Rouen , avait fait , comme Racine , ses études à Port-Royal sous Antoine le Maistre. Il est auteur d'un grand nombre d'ouvrages de piété. Il mourut le 4 novembre 1698, âgé de soixante-quatre ans, et son cœur fut porté à Port-Royaldes- Champs.