AME
Voici le plus jeune des auteurs qui vient vous tlemander votre protection pour ses ouvrages. Il aurait bien voulu attendre, pour les mettre au jour, qu'il eut huit ans accomplis; mais, il a eu peur qu'on ne le soupçonnât d'ingratitude s'il
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était plus de sept ans au monde sans vous donner des marques publiques de sa reconnaissance.
En effet, Madame, 11 vous doit une bonne partie de tout ce qu'il est. Quoiqu'il ait eu une naissance assez heureuse, et qu'il y ait peu d'auteurs que le ciel ait regardes aussi favorablement que lui, il avoue que votre conversation a beaucoup aidé à perfectionner en sa personne ce que la nature avait commencé. S'il pense avec quelque justesse , s'il s'exprime avec quelque grâce , et s'il sait déjà faire un assez juste discernement des hommes, ce sont autant de qualités qu'il a taché de vous dérober. Pour moi , Madame , qui connais ses plus secrètes pensées, je sais avec quelle admiration il vous écoute, et je puis vous assurer avec vérité qu'il vous étudie beaucoup plus volontiers que tous ses livres.
Vous trouverez, dans l'ouvrage que je vous wésente, quelques traits assez beaux de l'Histoire ancienne ; mais il craint que , dans la foule d'événemens merveilleux qui sont arrivés de nos jours, vous ne soyez guères touchée de tout ce qu'il pourra vous apprendre des siècles passés. Il craint cela avec d'autant plus de raison , qu'il a éprouvé la
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même chose enlisant les livres. 11 trouve quelquefois e'trange que les hommes se soient fait une ne'cessité d'apprendre par cœur des auteurs qui nous disent des choses si fort au dessous de ce que nous voyons. Comment pourrait-il être frappé des victoires des Grecs et des Romains, et de tout ce que Florus et Justin lui racontent? Ses nourrices, dès le berceau, ont accoutume' ses oreilles à de plus grandes choses. On lui parle comme d'un prodige , d'une ville que les Grecs prirent en dix ans. Il n'a que sept ans , et il a déjà vu chanter en France des Te Deum pour la prise de plus de cent villes.
Tout cela , Madame , le dégoûte un peu de l'Antiquité. Il est fier naturellement ; je vols bien qu'il se croit de bonne maison , et avec quelques éloges qu'on lui parle d'Alexandre et de César, je ne sais s'il voudrait faire aucune comparaison avec les enfans de ces grands hommes. Je m'assure que vous ne désapprouverez pas en lui cette petite fierté, et que vous trouverez qu'il ne se connaît pas mal en héros ; mais vous m'avouerez aussi que je n'entends pas mal à faire des présens, et que dans le dessein que j'avais de vous dédier un livre, je ne
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pouvais choisir un auteur qui vous fût plus agréalile, ni à qui vous prissiez plus d'iiiterêt qu'à celui-ci.
Je suis,
Madame,
Votre très-liumble et Irèsobe'issante servante.
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ÉPITRE DÉDICATOIRÉ
nu DICTIONNAIPE DE L'ACADÉMIE FRANÇAISE *