‹ Œuvres complètes de Jean Racine (volume 2)Chapitre 8 sur 32 · ÉPITRE DÉDICATOIRE · texte numérisé non relu

ÉPITRE DÉDICATOIRE

que 7 notre zèle ou no^.re devoir nous ont engagés à par 1er ^ du secret impënélrable de > os desseins, que la seule exécution découvre aux yeux des hommes et toujours dans les niomens marqués par votre sagesse , les mots de prévoyance , de prudence et de sagesse même ne répondaient 9 pas à nos idées , et nous aurions osé nous servir de celui de '° providence , s'il pouvait jamais être permis de donner aux hommes ce qui n'appartient qu'à Dieu seul. Ce qui nous ' ' console , Sire , c'est '= que sur un pareil sujet les autres langues n'auraient aucun avantage sur la nôtre : celle des Grecs et .celle des Romains seraient dans la même indigence ; et tout ce que nous voyons ••' de brillant et de sublime dans leurs plus fameux panégyriques, n'aurait ni a^sez de force ni assez d'éclat pour soutenir le simple récit de vos victoires. Que l'on remonte de siècle en siècle v jusqu'à l'antiquité la plus reculée, qu'y trouvera-t-oii de comparable au spectacle qui fait aujourd'hui l'attention de l'Univers ? toute l'Europe armée contre vous , et toute l'Europe trop faible.

Qu'il nous soit permis , Sire , de détourner un moment les yeux '^ d'une gloire si éclatante, et d'oublier s'il est possible , le vainquevir »^ des nations , le vengeur '^ des Rois, le défenseur des autels, pour ne regarder que le protecteur de l'Académie française. Nous sentons combien nous honore '7 une protection si glorieuse ; mais quel '^ bonheur pour nous de trouver en même tems le modèle le plus parfiut de l'éloquence !

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Vous '9 êtes, Sire , naturellement et sans art, ce que nous tâchons de devenir par le travail et par l'étude ; il règne dans tous ^° vos discours une souveraine =• raison, toujours soutenue d'expressions fortes et précises, tjui vous rendent ^^^ maître de toute l'ame de ceux qui vous écoutent , et ne leur laissent d'autre volonté que la vôtre. L'éloquence =*' où nous aspirons par nos veilles , et qui est en vous un don du Ciel, que ne doit-elle point à vos actions héroïques? Les ~+ grâces que vous versez sans cesse sur les gens de lettres peuvent bien faire fleurir les arts et les sciences; mais ce sont les grands événemens qui font les poètes et les orateurs : les merveilles de votre règne en auraient fait naître au milieu d'un pays bai'bare.

Tandis ^^ que nous nous appliquons à l'embellissement de notre langue , vos armes victorieuses la font passer chez les étrangers : nous leur en facilitons l'intelligence par notre travail , et a^ous la leur rendez nécessaire par vos conquêtes : et si elle va encore plus loin que vos conquêtes , si elle réduit toutes les langues des pays où elle est connue , à ne servir presque plus qu'au commun du peuple , une si haute destinée vient moins de sa beauté naturelle et des ^^ ornemens que nous avons tâché d'y ajouter , que de l'avantage d'être la langue de la nation qui vous a pour monarque , et ( nous ne craignons point de le dire ) que vous avez rendu la nation dominante. Vous répandez '' sur nous lui éclat qui assujéllt les étrangers à nos coutumes dans

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tout ce que leurs lois peuvent leur avoir laissé de libre : ils se font honneur de parler comme ce peuple à qui vous avez appris à surmonter tous les obstacles, à ne plus trouver de places imprenables, à forcer les retranchemens les plus inaccessibles. Quel =^ empressement, Sire, la postérité n'aura-t-elle point à recberclier , à recueillir les Mémoires de votre vie, les chants de victoire qu'on aura mêlés à vos triomphes ! C'est "O ce qui nous répond du succès de notre ouvrage ; et s'il ^° arrive , comme nous osons l'espérer , qu'il ait le pouvoir de fixer la langue pour toujours , ce ne sera pas Jant par nos soins , que parce que les livres et les autres monumens qui parleront du règne de Votre Majesté , feront les délices de tous les peuples , feront l'élude de tous les Rois , et seront toujours regardés comme faits dans le tems de la pureté du langage et dans le beau siècle de la France. Nous ^' sommes avec une profonde vénération , etc.

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