ACTE I, SCÈ^"E III
Je ne me soutiens plus; ma force m'abandonne : Mes yeux sont éblouis du jour que je revoi , Et mes genoux iremblaus se dérobent sous moi.
Hélas !
{^Elle s'assied.)
ŒNONE
Dieux tout-puissans, que nos pleurs vou§ apaisent !
Que ces vains ornemens , que ces voiles me pèsent ! * Quelle importune main , eu formant tous ces nœuds, A pris soin sur mon front d'assembler nies clieveux ? Tout m'afflige et me nuit et conspire à me nuire.
belles conceptions de ce poète , et une des plus théâtrales que l'on connaisse. Mais qu'il s'en faut qu'il l'ait soutenue , comme Raciue , dans tout le cours de la pièce !
* Que ces vains ornemens . que ces voiles me pèsent !
Des voiles (\\\\ pèsent '. Quelle ve'rite' d'ide'e dans cette espèce de contre-vérité d'expression ! Cette singulière espace de beauté n'est cju'indiquée dans le grec , qui dit seulement : Je souffre avec peine le voile </ui couvre ma tête : mais Denis d'IIalicarnasse remarque une intention imilative dans le commencement du vers grec , comme il y en a une dans les dernières syllabes du vers français. Le vers grec commence par une sorte de pied composée de deux brèves et d'une longue ( l'anapeste ) , en sorte que le vers semble tomber à la troisième syllabe , comme !a tète de Phèdre. Voilà de ces finesses de diction et d'harmonie qui doivent souvent échapper aux moderoes dans les écrits des anciens.
36 PHÈDRE
ŒNOTVfE.
Comme on voit tous ses vœux l'un l'autre se détruire ! Vous-même, condamnant vos injustes desseins, Tantôt à vous parer vous excitiez nos mains ; Yous-même, rappelant votre force première, Vous vouliez vous montrer et revoir la lumièx'e. Vous la voyez , madame ; et , prête à vous cacher , Vous haïssez le jour que vous veniez chercher î
PHÈDRE
Noble et brillant auteur d'une triste famille, Toi , dont ma mère osait se vanter d'être fille , Qui peut-être rougis du trouble où tu me vois , Soleil, je te viens voir pour la dernière fois!
ŒNONE
Quoi ! vous ne perdrez point cette cruelle envie? Vous verrai-je toujours, renonçant à la vie, Faire de votre mort les funestes apprêts?
PHÈDRE
Dieux ! que ne suis-je assise à l'ombre des forêts î '
' Dieux ! que ne suis-je assise à V ombre des forêts !
Ceci est une traduction vive et rapide d'Euripide.
« Hélas! dit Phèdre , que ne puis-je à présent m'e'garer dans » les bois, et m'y reposer sur le gazon ! Que ne puis-je m'y
« désall('rer au l>ord d'une source claire et limpide ! etc
» Conduis-moi sur les hauteurs Je suis dcjà dans une
M forêt de pins ; je vois les chasseurs suiviv la Irace des chiens