‹ Œuvres complètes de Jean Racine (volume 3)Chapitre 11 sur 164 · ACTE I, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III

Quand pourrai-je , au travers d'une noble poussière , Suivre de l'œil un char fuyant dans la carrière ?

ŒÎSONE,

Quoi, madame !

PHÈDRE

Insensée ! où suis-je? et qu'ai-je dit?' Où laissé-je égarer mes vœux et mon esprit? Je l'ai perdu : les dievix m'en ont ravi l'usage. OEnone , la rougeur me couvre le visage.

» qui poursuivent les cerfs. Grands Dieux! je voudrais pouvoir 5) aussi les animer par mes cris. Que ne puis-je, arme'e d'un

» carquois thessalien , lemplir mes mains de traits et me

» disposer à les lancer! etc. Diane , qui pre'sides aux lieux sacre's 5> où la jeunesse vient s'exercer au manège , que ne suis-je oc- » cupt-e comme elle à domter les chevaux ! » Hippolyte^ acte I, scène 6. L. B. *

* On voit qu'Euripide est toujours trop long , et Racine toujours pre'cis.

' Insensée ! où suis-je ? et quai-je dit .? etc.

Imitation d'Euripide. « Malheureuse! qu'ai-je fait? A quel » délire ai- je abandonne' mes sens ? J'ai perdu ma raison. . . .

» Ce changement est l'ouvrage du cruel destin » Et plus

bas : « Etendez à pre'sent mon voile , couvrez-m'en le front ; » j'ai honte de tout ce que je viens de dire : couvrez-moi ; mes « yeux ne peuvent plus retenir mes larmes; un rouge affreux M s'étend sur mon visage. » Hippolyte , acte I , scène 6. Ph^L-dre se laisse ensuite tomber sur son fauteuil sans ouvrir les yeux à la lumière , et sans proférer un seul mot. L. B,

38 PHÈDRE

Je le laisse trop voir mes honteuses douleurs ;

Et mes yeux malgré moi se remplissent de pleurs.

ŒNONE

Ah ! s'il vous faut rougir , rougissez d'un silence Qui de vos matix encore aigrit la violence. Rebelle à tous nos soins , sourde à tous nos discours , Voulez-vous sans pitië laisser finir vos jours? Quelle fureur les borne au milieu de leur course? Quel charme ou quel poison en a tari la source? Les ombres par trois fois ont obscurci les cieux, * Depuis que le sommeil n'est entré dans vos yeux ; Et le jour a trois fois chassé la nuit obscure , Depuis que votre corps languit sans nourriture. A quel affreux dessein vous laissez-vous tenter ? De quel droit sur vous-même osez-vous attenter? Vous offensez les dieux auteurs de votre vie; Vous trahissez l'époux à qui la foi vovis lie;

* Les ombres par trois fois ont obscurci les cieux , etc.

Ces quatre vers peuvent paraître pompeux. Observez cependant que s'il est plus court de dire il y a trois jours que vous n'avez mangé ni dormi , d'un autre cote' le dire cri quatre vers qui ne sont que poi'tiques sans kire pompeux , a pour objet de rendre, par la longueur de la phrase , la longueur de l'abstinenre et de l'insomnie. Il n'y a donc que de la vérité' , et point d'affectation. C'est ce qu'il était bon de noter contre ceux qui s'autoriseraient de ces quatre vers pour faire de la poi-sie malà-propos.

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