‹ Œuvres complètes de Jean Racine (volume 3)Chapitre 102 sur 164 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

Et du Dieu d'Israël les fêtes sont cessées !

ELISE

N'avez-vous point au roi confié vos ennuis ?

Le roi, jusqu'à ce Jour , ignore qui je suis. '

Celui par qui le ciel règle ma destinée

Sur ce secret encor tient ma langue encliainée.

ÉLISE

Mardofthée ? Hé ! peut-il approcher de ces lieux ?

Son amitié pour moi le rend ingénieux.

Absent , je le consulte ; et ses réponses sages Pour Tenir jusqu'à moi trouvent mille passages. Un père a moins de soin du salut de son fils. Déjà même, déjà, p.ir ses secrets avis , ""

' Le roi , jusqu'à ce Jour , ignore qui je suis.

« Estlier , dit l'iiiitoire sacrée , n'avait point fait connaître » au roi sa patrie et le peuple dont elle était sortie , confor- » mémeut à la défense que lui en avait faite ISIardochée. » Est/icr , chap. II, V. 20. Cette attention à cacher le nom de sa famille et de la nation dont elle était sortie , fit donner à cette princesse le nom à'Est/ier, qui signifie en hébreu cachée , inconnue. L. B.

- Dé/il même , déjà , par ses secrets ùvis , etc.

Ce fait est tiré de l'Ecriture sainte. « Dans ce tems Baga- M than et Tharès , tous deux eunuques du roi, etc., lornicrcnt

J'ai découvert au roi les sanglantes pratiques ' Que formaient contre lui deux ingrats domestiques. Cependant mon amour pour notre nation A rempli ce palais de filles de Sion , Jeunes et tendres fleurs , par le sort agitées , * Sous im ciel étranger comme moi transplantées. Dans un lieu séparé de profanes témoins , * Je mets à les former mon étude et mes soins ; Et c'est là que , fuyant l'orgueil du diadème ,

» le dessein de l'assassiner. INJardoche'e fut instruit de ce com- » plot ; il en donna avis à la reine , qui en instruisit Assuerus. » Esther , chap. II, v. 21 , 22; chap. XII, v. i. L. B.

' J^ai décom-crt au roi les sanglantes prait(/ues Que formaient contre lui deux ingrats domestiques.

Ces deux vers paraissent jetés ici sans dessein, et cependant ils donnent à cette pièce le mouvement qui la met en jeu ; de Jà le songe effrayant du roi , la révision des Annales de son règne , l'impression nouvelle que fait sur lui le danger qu'il a couru, le regret qu'il te'moigne de n'avoir pas récompense' relui qui l'en a tiré , le triomphe de Mardochce , enfin le salut de tous les Juifs. L. B.

^ Jeunes et tendres fleurs , par le sort agitées.

Ces vers et les suivans sont une allusion très-directe à la maison de Saint- Cyr. L. B.

* Dans un lieu séparé de profanes témoins.

On ne dit ordinairement séparé de que des personnes :

c'est une clt'j^nce poiitiquc de le dire d'un lieu.

Page 1