ACTE II, SCÈNE 1. sSî
"N'osent lever leurs fronts à la terre attaches,
Iaù , fièrpment assis , et la tète immobile ,
Traite tous ces honneurs d'impiété serylle,
Présente à mes regards un front séditieux ,
Et ne daignerait pas au moins baisser les yeux.
Du palais cependant il assiège la porte :
A quelque heure que j'entre, Hydaspe, ou que je sorte,
Son visage otlieux m'afflige et me poursuit ;
Et mon esprit troublé le voit encor la nuit.
Ce matin j'ai voulu devancer la liunière :
Je l'ai trouvé couvert d'une affreuse poussière ,
Revêtu de lamb^'aux , tout pâle ; mais son œil *
Conservait sous la cendre encor le même orgueil.
D'où lui vient, cher ami, cette irapud.^nte audace?
Toi , qui dans ce palais vois tout ce qui se passe ,
Crois-tu que quelque vois, ose parler pour lui ?
Sur quel roseau fragile a-t-il mis son appui? **
* Revêtu de lambeaux , tout pâle ; mais son œil
Comme ce vers est coupe' par ces mots tout pâle -, dont l'effet -est si pittoresque à riinaginati<ni el à l'oreille !
** Sur quel roseau fragile a-t-il mis son appui? On n'a pas cru devoir marquer dans ce commentaire tout ce que Voltaire a emprunté de vers et d'expressions à Racine , surtout dans cette pièce. Mais la manière dont il s'est emparé de celui-ci, est remarquable. Il l'a coupé en deux dans l'opéra de Samson :
Sur quel roseau fragile A-t-il-mis son appui?
SpisTiPiii'i VOUS le savez, son avis salutaire DfN^ouvrit de Tliarès le complot sanguinaire. Le roi promit alors de le récompenser : Le roi , depuis ce tems , parait n'y plus penser.
Non, il faut à tes yeux dépouiller ^a^tifice. * J'ai su de mon destin corriger l'injustice : Dans les mains des Persans jeune enfant apporté, Je gouverne l'empire où je fus acheté.
IVIes rich'^sses des rois égalent l'opulence ; Environné d'enfans, soutiens de ma puissance^ •
* Non , il faut à tes yeux dépouiller t artifice.
Ce n'est pas ici le cas , ce me semble , où le dialogue peut manquer de liaison par la préoccupation et le trouble d'un personnage Ce qu'Hydaspe vient tie dire est assez important pour qu'Aman y rc'ponde et dise quehjue chose sur ce service de IMardochce. C'est , je crois , le seul endroit où le dialogue de Racine manque de justesse.
' Environné d'en/ans , soutiens de ma puissance , etc.
« Aman reunit sa femme et ses amis ; il leur fit remarquer » la grandeur de ses richesses , le nombre de ses enfans , la » gloire dont le roi l'avait comblé, etc. iMalgré l'assemblage de » tous ces biens , je compterai , dit -il , pour rien tous les hon- » neurs dont je jouis, tant (|ue je verrai INIardochée ne pas » daijjner se lever de sa place lorsque je passe. » Eit/ier, chap- V, T. lo , II , 13 et i3. L. B.