‹ Œuvres complètes de Jean Racine (volume 3)Chapitre 119 sur 164 · ACTE II, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I

Il ne manque à mon front que le bandeau royal. Cependant (des mortels aveuglement fatal!) De cet amas d'honneurs la douceur passagère Fait sur mon cœur à peine une atteinte légère : Mais Mardochée , assis aux portes du palais , Dans ce cœur malheureux, enfonce mille traits ; Et toute ma grandeiu* me devient insipide Tandis que le soleil éclaire ce perfide. *

HYDASPE

Vous serez de sa vue affranchi dans dix jours : La nation entière est promise aux vautours.

* Tandis que le soleil éclaire ce perfide.

Il faut bien permettre aux poètes de mettre tandis que au lieu de tant que , quand cela leur est commode. C'est ainsi que Voltaire a dit :

Celui que , par deux fois , mon père avait vaincu , Et qu'il tint enchaiué tandis quA a vécu.

Mais il ne faut pas oublier que ces deux mots ne sont pas synonymes, et ne disent point du tout la même chose. Tandis que exprime un tems indéterminé : tant que signifie tout le tems déterminé par la phrase , et c'est toujours bien fait de ne pas les confondre.

Au reste , Mardochée n'est nullement perfide même envers Aman ; mais la puissance orgueilleuse et blessée ne mesure pas les qualifications ; les plus odieuses sont pour elle les meilleures. Le mensonge des paroles est un caractère propre aux mérhans.

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