‹ Œuvres complètes de Jean Racine (volume 3)Chapitre 123 sur 164 · ACTE II, SCÈ>E III. 25g · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈ>E III. 25g

ASAPH

On lui promit beavicoup : c'est tout ce que j'ai su.

ASSUÉRUS

O d'un si grand service oubli trop condamnable !

Des embarras du trône effet inévitable !

De soins tumultueux un prince environné

Vers de nouveaux objets est sans cesse entraîné.

L'avenir l'inqiiiète , et le présent le frappe :

Mais plus prompt que léclair le passé nous échappe;

Et de tant de mortels à toute heure empressés

A nous faire valoir leurs soins intéressés,

Il ne s'en trouve point qui , touchés d'un vrai zèle ,

Prennent à notre gloire un intérêt fidèle ,

Du mérite oublié nous fassent souvenir,

Trop prompts à nous parler de ce qu'il faut pimir.

Ah ! que plutôt l'injure échappe à ma vengeance ,

Qu'un si rare bienfait à ma reconnaissance !

Et qui voudrait jamais s'exposer pour sou roi ?

Ce mortel, qui montra tant de zèle pour moi ,

Vit -il encore ?

Josephe dit qu'Assucrus trouva dans les mémoires qu'on lui lisait : Un tel a reçu un certain terrain pour une belle action qu'il a faite ; un autre a reçu des prc'sens pour prix de sa fidélité: mais qu'étant venu à la conspiration découverte par Mardcchée , le roi remarqua qu'il avait été sans récompense ; qu'il fit dèslors cesser la lecture pour s'occuper des moyens de réparer l'oubli d'un si grand bienfait. Anliç. Judaïç. liv. XI, chap, 6. L. B.

26o ESTHER,

ASAPH

Il voit l'astre qui vous éclaire. •

ASSUÉRUS

Et que n'a-t-il plus tôt demandé son salaire? Quel pays reculé le cache à mes bienfaits?

ASAPH

Assis le plus souvent aux portes du palais, Sans se plaindre de vous ni de sa destiuée, Il j trame , seigneur , sa vie infortunée.

ASSUÉRUS

Et je dois d'autant moins oublier la vertu , Qu'elle même s'oublie. Il se nomme, dis-tu?

ASAPH

Mardocbée est le nom que je viens de vous lire.

ASSUÉRUS

Et son pays?

ASAPH

Seigneur , puisqu'il faut vous le dire ,

' // voi/ r astre qui vous éclaire.

Cette périphrase ne nous parait pas trop naturelle ; Asaph devait répondre simplement : il vit. L. B. *

* Le commentateur oublie le rapport du style aux mœurs et au pays , que Racine n'oublie jamais. Il voit l'astre gui vous éclaire est très-bien placé , parce cjue cet astre est le dieu de la Perse, et qu'on l'y nomme aussi souvent que nous nommons Dieu.

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