‹ Œuvres complètes de Jean Racine (volume 3)Chapitre 127 sur 164 · ACTE II, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE V

Puls-je récompenser le mérite et la foi ?

Ne donne point de borne à ma reconnaissance;

Mesure tes conseils sur ma vaste puissance.

AMAN, bas^ à part.

C'est pour toi-même , Aman , que tu vas prononcer : Et quel autre que toi peut-on récompenser ? *

ASSUÉRUS

Que penses-tu ?

AMAN

Seignevir , je cherche , j'envisage Des monarques persans la conduite et l'usage : Mais à mes yeux, en vain je les rappelle tous : Pour vous régler sur eux , que sont-ils près de vous ? Votre règne avix neveux, doit servir de modèle. Vous voulez d'un sujet reconnaître le zèle : L'honneur seul peut flatter un esprit généreux. Je voudrais donc , seigneur , que ce mortel heureux, '

* El çuel autre que toi peut -on récompenser? Ce vers est la naïveté' de l'orgueil , comme ces deux-ci ,

Et toute ma grandeur me devient insipide , Tandis que le soleil éclaire ce perfide, en sont la ridicule fréne'sie.

* Je voudrais donc , seigneur y que ce mortel heureux , etc.

Le reste de ce couplet est une traduction littérale du livre VEsther.

« L'homme , dit Aman , que le roi veut combler de ses fa- > veurs , doit être revêtu de ses habits royaux; il faut qu'il monte

264 ESTIIER,

De la pourpre aujourd'hui paré comme vous-même , Et portant sur le front le sacré diadème , Sur un de vos coursiers pompeusement orné , Aux yeux de vos sujets dans Suze fut mené : Que , pour comble de gloire et de magnificence , Un seigneur éminent en richesse, en puissance,* Enfin de votre empire après vous le premier , Par la bride guidât son superbe coursier ; **

» le cheval qui sert au roi dans les jours de cén'monie , qu'il » ait la couronne sur )a tête , et que le premier des princes et « des seigneurs , tenant la bride du cheval , marche à côté de » votre favori , le conduise par toute la ville , et crie à haute voix: » Ainsi sera traite' celui que le roi veut honorer. » Chap. VI, V. 8 ^/g Josephe , Antiq. Judaiq. Jiv. XI , chap. 6. L. B.

* Un seigneur éminent en richesse , en puissance.

Seigneur est dans nos trage'dies, comme Madame, une dénomination générique convenue dans le dialogue , et que pourtant il est bon quelquefois d'éviter quand on le peut. Mais cet usage n'autorise pas à dire , dans un sujet persan , un seigneur, parce que cette qualité est essentiellement moderne. C'est la seule fols que Racine a manqué à la vérité des mœurs et du langage. Il fallait dire , comme Assuérus , un des grands.

** Par la bride guidât son superbe coursier.

Plus tous ces vers ont la pompe qu'Us doivent avoir, moins , je crois , que l'on puisse y passer cette phrase familière par la bride , qui ne passerait pas même dans la style oratoire. Je pense que le ton même de ce morceau exigeait une tournure plus poétique.

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