‹ Œuvres complètes de Jean Racine (volume 3)Chapitre 132 sur 164 · ACTE II, SCÈNE VII. 2;t · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VII. 2;t

Si ce sudcès dépend d'une mortelle main.

O bonté qui m'assure autant qu'elle m'honore' Un intérêt pressant veut que je vous implore : J'attends ou mon malheur ou ma félicité ; Et tout dépend, seigneur, de votre volonté. Un mot de votre bouche , en terminant mes peines , Peut rendre Esther heureuse entre toutes les reines.

ASSUÉRUS

Ah ! que tous enflammez mon désir curieux !

Seigneur , si j'ai trouvé grâce devant vos jeux , Si jamais à mes vœux vous fûtes favorable , Permettez , avant tout , qu'Esther puisse à sa table Recevoir aujourd'hui son souverain seigneur Et qu'Aman soit admis à cet excès d'honneur. ■ J'oserai devant lui rompre ce grand silence • Et j'ai pour m'expliquer besoin de sa présence.

' Recevoir aujourd'hui son som-erain seigneur , Etqu'yiman soit admis à cet excès d'honneur.

C'est ici l'Ecriture sainte suivie exactement.

« Seigneur, dit Esther, si j'ai trouve' grâce devant vous, si » vous vous faites un plaisir de ra'accorder ce que je souhiiite » amenez demain avec vous Aman au festin que j'ai prépaie » chei moi , et je vous découvrirai ce que je veux obtenir. » Esther, chap. V, V. 8. L. B.

272 ESTIIER,

ASSUÉRUS

Dans quelle inquiétude , Esther , vous me jetez ! Toutefois qu'il soit fait comme vous souhaitez.

( a ceux de sa suite. ) Vous, que ronclierche Aman, ' et qu on lui fasse entendre Qu'invité chez la reine il ait soin de s'y rendre.

' Vous , que Von cherche Aman , etc.

Traduction libre de ce verset : Slaiimque rex , vocate, inquit , cita Aman , ut Esther obediat voluntati. Esther , chap. V, v. 5. C'était la plus grande faveur à laquelle un sujet pouvait prétendre dans la Fcrje. Les rois de ce pays mangeaient toujours seuls ; ils admettaient cependant quelquefois à leur table leur mère , mais jamais leur épouse. Lorsqu'ils accordaient cette grâce à leurs concubines , ils les faisaient accompagner d'un eunuque armé d'un arc et d'une flèche, qui se tenait derrière elles, et qui était toujours prêt à punir ceux qui auraient osé les regarder. (Alexander Sardus, Mcsurs et usages des anciens peuples , liv. I , chap. 21. ) Arlaxercèsfit venir à sa table ses frères; ce fut une nouveauté. Dans une autre occasion , les grands de sa cour furent jaloux de l'honneur qu'il fit à Timagore le Cretois, ou , selon d'autres, à Eulyme de Gortine , en l'invitant à manger avec lui. Plutarque , lie d'' ArtaM:rcès ; Athen. dcipnosoph.Iii'. I.

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