ACTE II, SCÈNE YIl. iGc
Jugez combien ce front irrité contre mol
Dans mon ame troublée a dû jeter d'effroi.
Sur ce trône sacré qu'environne la fondre,
J'ai cru vous voir tout prêt à me réduire en poudre»
Hélas ! sans frissonner , quel cœur audacieux
Soutiendrait les éclairs qui partaient de vos yeux ?
Ainsi du Dieu vivant la colère étincelle...
ASSUÉRUS
O soleil ! 6 flambeaux de lumière immortelle ! Je me trouble moi-même , et sans frémissement Je ne puis voir sa peine et son saisissement. Calmez , reine , calmez la frayeur qui vous presse. Du cœur d'Assuérus souveraine maîtresse , Eprouvez seulement son ardente amitié.
Faut-il de mes états vous donner la moitié T
Hé! se peut-il qu'un roi craint de la terre entière^ Devant qui tout fléchit et baise la poussière,
» été saisie du trouble le plus vif à la vue de la gloire qui touï » environne. Vous êtes , seigneur, un prince redoutable ; j'ai » vu partir de vos yeux des rayons de gloire si lumineux, que » les miens en ont e'ié e'blouis. » Esther. chap. XV, v. i6.
Cette comparaison de l'air imposant d'un homme avec celui d'un ange , est très-fre'quenle dans écriture sainte. Voyez la Genèse^ chap. XXII , v. lo. Liv. I des rois , chap. XXIX, v. y. Ibid. liv. Il , chap. XIV, T. 17. L. B.
Ta*
Jette sur son esclave un regard si serein ,
Et m'offre sur son cœur un pouvoir souverain?
ASSUÉRUS
Croyez-moi , chère Esther ; ce sceptre , cet empire , *
Et ces profonds respects que la terreur inspire,
A leur pompeux éclat mêlent peu de douceur,
Et fatiguent souvent leur triste possesseur.
Je ne trouve qu'en vous je ne sais quelle grâce
Qui me charme toujours ei jamais ne me lasse.
De l'aimable vertu doux et puissans attraits !
Tout respire en Esther l'innocence et la paix.
Du chagrin le plus noir elle écarte les ombres ,
Et fait des jours sereins de mes jours les plus sombres.
Que dis-je? Sur ce trône assis auprès de vous,
Des astres ennemis j'en crains moins le courroux,
Et crois que votre front prêle à mon diadème
Un éclat qui le rend respectable aux dieux même.
Osez donc me répondre , et ne me cacliez pas
Quel sujet important conduit ici vos pas.
Quel intérêt , quels soins vous agitent , vous pressent ?
Je vois qu'en m'écoutant vos yeux au ciel s'adressent.
Parlez : de vos désirs le succès est certain ,
* Croyez-moi , chère Esther ; ce sceptre ^ cet empire , etc. Tout ce morceau est d'un charme de diction pour l'oreille , et encore plus pour l'ame , au-dessus duquel on n'imagine rien.