ACTE I, SCÈNE III. 5l
Mes jours moins agités coulaient dans l'innocence.
Soumise à mon époux, et cachant mes ennuis.
De son fatal hymen je cultivais les fruits.
Vaines pi'écautions ! Cruelle destinée !
Par mon époux lui-même à Trézène amenée ,
J'ai rcA'u l'ennemi que j'avais éloigné :
Ma blessure trop vive aussitôt a saigné.
Ce nest plus une ardeur dans mes veines cachée ;
C'est Vénus tout entière à sa proie attacliée.
J'ai conçu pour mon crime une juste terrevir :
J'ai pris la vie en haine , et ma flamme en horreur.
Je voulais en mourant prendre soin de ma gloire ,
Et dérober au jour une flamme si noire.
Je n'ai pu soutenir tes larmes , tes combats ;
Je t'ai tout avoué ; je ne m'en repens pas ,
Pourvu que de ma mort respectant les approches ,
Tu ne m'affliges pkis par d'injustes reproches ,
Et que tes vains secours cessent de rappeler
Un reste de chaleur tout prêt à s'exhaler. *
* l/n reste de chaleur tout prêt à s'exfialer.
Dans tout ce morceau sublime de passion et de style , depuis ces mots. Mon mal vient de plus loin etc., rien n'est emprunté d'Euripide ; mais le poète , toujours plein de l'esprit des anciens , a fondu dans ce couplet quelques-uns des vers les plus passionnes que l'antiquité' nous ait laissés. Celui de Virgile :
Ut vidi . ut perii 1 ut me malus abstulit crrorl Je le vis , je rougis , je pâlis à sa vue.