PHÈDRE, HIPPOLYTE, ŒNONE
PHÈDRE, à Œnone, diins le fond du théâtre. Le voici. Vers mon cœur tout mon sang se retire. J'oublie , en le voyant , ce que je viens lui dire. *
ŒNONE
Souvenez- vous d'un fils qui n'espcre qu'en vous.
PHÈDRE
On dit qu'un prompt départ vous éloigne de nous , Seigneur. A vos douleurs je viens joindre mes larmes; Je vous viens pour un fils expliquer mes alarmes.
' Ze voici. Vers mon cœur tout mon sang se retire, J^ oublie, en le voyant , ce que je viens lui dire,
Phèdre dit de même dans Sénèque : Ma bouche refuse de prononcer ce que je veux lui dire. Un force puissante m ^oblige de parler; un autre sentiment m'en empêche. Hippolyte, acte II, scène a , vers 1 4-
Cette scène est de l'invention de Se'nèque , mais elle n'est pas conduite avec autant d'art que dans Racine. Les belles transitions dont se sert ce poëte pour amener l'aveu de la passion de Phèdre ne sont qu'ingénieuses dans la tragédie latine , au lieu qu'elles sont pleines de chaleur dans la pièce française , parce que Racine les a fait naître, non de l'adresse et de la prudence de Phèdre , mais du trouble et de l'égarement où eUe se trouve. L. B