SCÈNE III
PHÈDRE, ŒNONE
ŒNONE
Il faut d'un vain amour étouffer la pensée ,
Madame ; rappelez votre vertu passée.
Le roi, qu'on a cru mort, va paraître à vos yeux 5
Thésée est arrivé , Thésée est en ces lieux.
Le peuple pour le voir court et se précipite.
« Déesse , venge-toi ; nos causes sont pareilles. » Qu'il aime »
du vers suivant de la scène 4 de l'acte premier de la Médéc de Corneille ,
Et m'aidez à venger cette commune injure , etc.
qui nest, selon lui , quune beauté de poésie dans Corneille , et qui est au contraire une beauté de sentiment dans Racine. Remarques sur Medc'e , tome 111^ page 10 1. L. B.
* Le roi , ça 'on a cru mort , va paraître à vos yeux ,• Thésée est arrivé , Thésée est en ces lieux.
Observez encore qu'il n'y a dans toute la pièce d'autres ressorts d'intrigue pour soutenir , graduer et varier l'action , que le doHble incident de la mort de The'see faussement annoncée, et de son retour inopiné , et qu'il n'en a pas fallu davantage au poëte pour une machine de cinq actes. Cependant l'action ne languit nulle part. C'est cette riche simplicité qui est un des Gîtractères du grand talent.
92 PHÈDRE
Je sortais par votre ordre , et cherchais Hippolyte , Lorsque jusques au ciel mille cris élancés...
PHÈDRE
Mon époux est vivant, OEuone ; c'est assez. J'ai fait l'indigne aveu d'un amour qui l'outrage. Il vit ; je ne veux pas en savoir davantage.
ŒNONE
Quoi!...
PHÈDRE
Je te l'ai prédit ; mais tu n'as pas voulu : • Sur mes justes remords tes pleurs ont prévalu. Je mourais ce matin digne d'être pleurée ; J'ai suivi tes conseils ; je meurs déshonorée.
' Je te rai prédit ; mais tu n^as pas voulu: etc.
Phèdre s'exprime à peu près de même dans Euripide. « J'a- » vais pre'vu les effets de ton imprudence ; je t'avais dit d'ense- » velir dans un silence éternel le secret qui va devenir le sujet » démon tourment ; tu n'as pu te taire , et je mourrai désho— » nore'e. » Hippolyte , acte III , scène 3. L. B. *
* Il y a dans cette phrase , qui n'est point acheve'e ,yV te Cai prédit ^ mais tu n'as pas voulu, une espèce d'ellipse familière qui est d'une siugulière vérité'. Tout le monde supplée aisément , mais tu nas pas voulu me croire ; tu ri' as pas voulu me laisser mourir. Mais s'en tenir à cette phrase de la conversation ordinaire, tu n'as pas voulu, est une manière de peindre le désordre et la vivacité du sentiment qui préoccupe i'ame , et cette manière est propre à l'auteur.