‹ Œuvres complètes de Jean Racine (volume 3)Chapitre 47 sur 164 · ACTE III, SCËx^Œ III. (p · texte numérisé non relu

ACTE III, SCËx^Œ III. (p

Vous mourez !

PHÈDRE

Juste ciel ! qu'ai-je fait aujourd'hui ! Mon épouî va paraître , et son fils avec lui ! Je verrai le témoin de ma flamme adultère Observer de qxiel front j'ose aborder son père, Le cœur gros de soupirs qu'il n'a point écoutés , * L'œil humide de pleurs par l'ingrat rebutés. Penses-tu que, sensible à l'honneur de Thésée, Il lui cache l'ardeur dont je suis embrasée ? Laissera-t-il trahir et son père et son roi ? Pourra-t-il contenir l'horreur qu'il a pour moi ? Il se tairait en vain. Je sais mes perfidies, OEnone, et ne suis point de ces femmes hardies Qui , goûtant dans le crime une tranquille paix , **

* £e cœur gros de soupirs qu 'il na point écoutés , Vœil humide de pleurs par V ingrat rebutés.

Comme ces deux vers sont pleins de tristesse ! Le cœur gros est une phrase familière ; mais que ne relèveraient pas les soupirs qu'il n'a point écoutés. C'est ainsi que l'on tire parti, eu poésie , de toutes les sortes de langage.

** Qui , goûtant dans le crime une tranquille paix ,

Ont su se faire un front qui ne rougit jamais. Il y a ici dans Euripide une longue invective et une longue moralité' contre l'adultère , fort bonne pour l'école de Socrate et de Platon ; mais , dans une tragédie , les deux vers de Racine valent mille fois mieux.

liacine, v. 5

94 PHÈDRE

Ont su se faire un front qui ne rougit jamais.

Je connais mes fureurs , je les rappelle toutes.

Il me semble déjà que ces murs , que ces voûtes

Vont prendre la parole, et , prêts à m'accuser.

Attendent mon époux povir le désabuser.

Mourons : de tant d'horreurs qvi'un trépas me délivre.

Est-ce un malheur si grand que de cesser de vivre? •

La mort aux malhetireux ne cause point d'effroi ;

Je ne crains que le nom que je laisse après moi.

Pour mes tristes enfans quel affreux héritage !

Le sang de Jupiter doit enfler leur courage :

Mais, quelque juste orgueil qu'inspire un sang si beau.

Le crime d'une mère est un pesant fardeau.

Je tremble qu'un discours, hélas! trop véritable,

Un jour ne leur reproche une mère coupable :

Je tremble qu'opprimés de ce poids odieux

L'un ni l'autre jamais n'osent lever les yevix.

* Est-ce un malheur si grand <jue de cesser de vivre ?

Virgile a dit , au douzième livre de V Enéide , vers 646 : Usgue adebne mori miserum est ?

Pensée très-forte, exprimée très-faiblemenl par Quinault. La mort n'est pas un mal si cruel qu'elle semble. L. B. *

* Cette pense'e n'est point tr'es-forie. Tout son mérite , dans Virf^iie comme dans Racine , est celui de ce mouvement si vif, est-ce un malheur si grand ^ etc. mouvement qui n'est pas dans Quinault.

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