‹ Œuvres complètes de Jean Racine (volume 3)Chapitre 5 sur 164 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

Dangereuse marâtre , à peine elle tous vit , Que votre exil d'abord signala son crédit. ' Mais sa haine , sur vous autrefois attachée , Ou s'est évanouie , ou s'est bien relâcliée. Et d'ailleurs quels périls vous peut faire coiirir Une femme mourante , et qui cherche à mourir r Phèdre atteinte d'un mal qu'elle s'obstine à taire , Lasse enfin d'elle-même et du jour qui l'éclairé , Peut-elle contre vous former quelques desseins ?

H i P P O LY T E.

Sa vaine inimitié n'est pas ce que je crains. Hippolyte en partant fuit une autre ennemie. Je fuis 5 je l'avoùrai , cette jeune Aricie , Reste d'un sang fatal conjuré contre nous.

THÉRAMÈNE

Quoi! vous-même, seigneur, la persécutez-vous? Jamais l'aimable sœur des cruels Pallantides ^

' Que voire exil d'abord signala son crédit.

CetÉ'jT/'/est une heureuse imagination de Racine; il feint que Phèdre , encore vertueuse , a fait éloigner Hippolyte qu'elle aime , pour se soustraire au danger de le voir souvent. L, B.

^ Jamais r aimable sœur des cruels Pallantides , etc.

Pallantides. C'étaient les fils de Pallanle , frère d'Egée , père de Thésée, qui, se voyant frustrés de l'espérance de succéder à leur oncle dans le royaume d'Athènes par l'arrivée de son fils, conjurèrent contre lui. Thésée les fit tous mourir. Plutarque , y^ie de Thésée. L. B.

28 PJIÈDRE,

Trempa-t-elle aux complots de ses frères perfides ? * Et devez-TOus liair ses innocens appas ?

HIPPOLYTE

Si je la haïssais , je ne la fuirais pas.

THÉRAMÈNE

Seigneur , m'est-il permis d'expliquer votre fuite ? Pourriez-Yous n'être plus ce superbe Hippolyte , Implacable ennemi des amoureuses lois , Et d'un joug que Thésée a subi tant de fois ? Vénus , par votre orgvieil si long-tems méprisée , Voudrait-elle à la fin justifier Thésée f Et , vous mettant au rang du reste des mortels , Vous a-t-elle forcé d'encenser ses autels ? Aimeriez-vous , seigneur?

HIPPOLYTE

Ami, qu'oses-tu dire?

Toi qui connais mon cœur depuis que je respire , Des sentimens d'un cœur si fier, si dédaigneux, Peux-tu me demander le désaveu honteux?

C'est peu qu'avec son lait une mère amazone *

* Trempa-t-cUe aux complots de ses frères perfides ?

Trempa-t-elle est d'une dureté qui blesse trop l'oreille.

* C'est peu quavec son lait une mère amazone. Cette mère amazone était Anliope, reine des Amazones, selon Plufarque , Vie de Thésée , .page 12 , ou Hippolyte , selon Athénée , 1, XIII , page ôS; , que Thésée épousa après sa pieuiière expédition contre ces célèbres héroïnes. Pausauias , All/f/. pag. :ij. L. B.

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