‹ Œuvres complètes de Jean Racine (volume 3)Chapitre 52 sur 164 · ACTE III, SCÈNE Y. lOI · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE Y. lOI

Souffrez , si quelque monstre a pu vous échapper , Que j'apporte à vos pieds sa dépouille honorable , Ou que dun beau trépas la mémoire durable, Eternisant des jours si noblement finis , Prouve à tout l'avenir que jetais votre fils.

THÉSÉE

Que vois-je? Quelle horreur dans ces lieux répandue

Fait fuir devant mes yeux ma famille éperdue ?

Si je reviens si craint et si peu désiré ,

O ciel, de ma prison poi.u'quoi m'as-lu tiré?

Je n'avais qu'un ami : son imprudente flamme

Du tvran de l'Epire allait ravir la femme;

Je servais à regret ses desseins amouretix ;

Mais le sort irrité nous aveuglait tous deux.

Le tyran ma surpris sans défense et sans armes.

Jai vu Pirilhoiis, triste objet de mes larmes,

Livré par ce barbare à des monstres cruels

Qu'il nourrissait du sang des malheureux mortels.

Moi-même il m'enferma dans des cavernes sombres ,

Lieux profonds et voisins de l'empire des ombres. '

Les dieux , après six mois , enfin m" ont regardé.

^ Moi-même il m'enferma dans des cavernes sombres, Lieux profonds et voisins de l'empire des ombres.

Racine raconte le fait historique en se servant de tous les ornemens de la fable. Se'nèque fait dire tout simplement à The'se'e qu'il revient d&s enfers. Remarques de Louis Racine ^ tome II , page 178. L. B.

102 PHÈDRE

J'ai su tromper les yeux par qui j'étais gardé.

D'un pprfide ennemi j'ai purgé la nature :

A ses moîistrcs lui-même a servi de pâture.

Et lorsqu'avec transport je pense m'approclier

De tout ce que les dieux m'ont laissé de plus cher;

Que dis-je ? quand mon ame , à soi-même rendue ,

Vient se rassasier d'une si chère vue ,

Je n'ai pour tout accueil que des frémissemens ;

Tout fuit , tout se refuse à mes emhrassemens ;

Et moi-même , éprouvant la terreur que j'inspire ,

Je voudrais être encor dans les prisons d'Epire.

Parlez. Phèdre se plaint que je suis outragé.

Qui m'a trahi? Pourquoi ne suis-je pas vengé?

La Grèce , à qui mon bras fut tant de fois utile,

A-t-elle au criminel accordé quelque asile ?

Vous ne répondez point ! Mon fils , mon propre fils ,

Est-il d'intelligence avec mes ennemis ?

Entrons : c'est trop garder un doute qui m'accabie.

Connaissons à la fois le crime et le coupable :

Que Phèdre explique enfin le trouble où je la voi.

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