‹ Œuvres complètes de Jean Racine (volume 3)Chapitre 51 sur 164 · SCÈNE V. THÉSÉE, HIPPOLYTE, THÉPxAMÈNE · texte numérisé non relu

SCÈNE V. THÉSÉE, HIPPOLYTE, THÉPxAMÈNE

THÉSÉE

Quel est l'étrange accueil qu'on fait à votre père , Mon fils?

HIPPOLYTE

Phèdre peut seule expliquer ce mystère.

Mais , si mes vœux ardens vous peuvent émouvoir , PeiTuettez-moi , seigneur , de ne la plus revoir ; Souffrez que pour jamais le tremblant Hippolyte Disparaisse des lieux que votre épouse habite.

THÉSÉE

Vous , mon fils , me quitter ?

HIPPOLYTE

Je ne la cherchais pas ; C'est vous qui sur ces bords conduisîtes ses pas. Vous daignâtes , seigneur , aux rives de Trézène

* Je ne dois désormais songer çu 'à me cacher.

Elle n'a pas dit un mot qui ne soit plein d'une profonde confusion , d'une profonde douleur , pas un qui au fond ne l'accuse elle-même , et pas un qui puisse de'mentir Œnone quand clic accusera Hippolyte. Quel art ! et qu'il est peu connu !

lOO PHÈDRE,

Confier en partant Aricie et la reine :

Je fus même cliargé du soin de les garder.

Mais quels soins désormais peuvent me retarder?

Assez dans les forêts mon oisive jeunesse

Sur de vils ennemis a montré son adresse.

Ne pourrai-je , en fuyant un indigne repos ,

Dun sang plus glorieux teindre mes javelots?

Vous n'aviez pas encore atteint l'âge où je touche ,

Déjà plus d'un tyran , plus d'im monstre farouche ,

Avait de votre bi'as senti la pesanteur;

Déjà, de rinsolence heureux persécuteur, *

Vous aviez des deux mers assuré les rivages ;

Le libre voyageur ne craignait plus d'outrages;

Hercule , respirant sur le bruit de vos coups ,

Déjà de son travail se reposait sur vous.

Et moi , fils inconnu d'un si glorieux père ,

Je suis même encor loin des traces de ma mère !

Souffrez que mon courage ose enfin s'occuper :

* Déjà de V insolence heureux persécuteur

Vainement le poëte a voulu , par une épithète , modifier une expression qu'il sentait bien être ici en sens contraire. Persécuteur ne peut jamais être pris qu'en mauvaise part. On peut poursuivre les méchans ; mais on nt persécute que la vertu : ce sont deux nuances que notre langue ne permet pas de confondre , et le vers de Racine , quoique nombreux , forme une dissonance réelle entre la pensûc et les mots. C'est au reste la seule incorrection de ce morceau, d'ailleurs plein d'une noblesse qui caraclf.'riic le fils de The'se'e.

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