‹ Œuvres complètes de Jean Racine (volume 3)Chapitre 67 sur 164 · ACTE lY, SCÈNE YI · texte numérisé non relu

ACTE lY, SCÈNE YI

Je croîs le voir , cherchant un supplice nouveau , Toi-nicme de ton sang devenir le bourreau. Pardonne : un dieu cruel a perdu ta famille. Reconnais sa vengeance aux fureiu*s de ta fille. Hélas ! du crime affreux, dont la honte me suit , Jamais mon triste cœur n"a recueilli le fruit.

de quatre-vingts vers , ces transports du repentir et du désespoir après ceux de la jalousie et de la rage , ne ressemblent îHqsolument à rien , si ce n'est à l'inspiration d'un génie supérieur. C'est la seule fois qu'on a pu mêler à ce qu'il y a de plus fort dans la peinture des passions , ce qu'il y a de plus éclatant dans les couleurs de la poésie ; et cet usage de la fable , ce mélange d'un trouble sublime , dont l'un est ordinairement étranger à l'autre , ne s'était trouvé qu'une fois dans l'épopée ( quatrième livre de \ Enéide ) , et quelque beau qu'il soit dans Yirgile , Racine l'a porté beaucoup plus loin : il est monté beaucoup plus haut, parce que dans Didon il n'y a ni crime ni remords. Les vers sublimes de pensée , de sentiment ou d'images sont ici pressés les uns sur les autres , comme le sont ailleurs dans Racine les vers qui ne sont que beaux. En total, c'est un morceau unique , et qu'on ne peut comparer à rien.

C'est à propos de ce morceau , c'est après l'avoir déclamé à la suite d'une conversation sur Racine , que Yoltaire me disait, en laissant tomber sa tête sur sa poitrine : Blon ami, je ne suis guun polisson en comparaison de cet hommc-là ; et ce n'est pas la seule fois cju'il me l'a dit. J'ai observé ailleurs comment il fallait entendre ce mot, qui m'a paru si remarquable , que j'ai cru devoir le conserver en vers et en prose.

124 PHÈDRE

Jusqu'au dernier soupir Je malheurs poursuivie , Je rends (^ns 'les tourmens une pénible A'ie.

(EN ONE

Hé ! *repoussez , madame , une injuste terreur ; llegardez d\m autre œil une excusable erreur. Yous aimez. On ne peut vaincre sa destinée. Par un charme fatal vous fûtes entraînée. Est-ce donc un prodige inoui panni nous ? L'amour n'a-t-il encor triomplié que de vous?' La faiblesse aux humains n'est que trop naturelle : Mortelle , subissez le sort d'une mortelle. "^ Yous vous plaignez d'un joug imposé dès long-tems.

' U' amour n'a- t-U encor triomphé que de vous ?

Tout ce qu'Œnone dit à Phèdre , Phèdre se le dit à ellemême dans Senèque. « L'amour, s'écrie-t-elle , qui s'est em— i> paré de mon âme , y domine avec empire ; ce dieu volage >' e'tend son pouvoir sur toute la terre : Jupiter lui-même n'est » point à l'abri de ses feux ; Mars a ressenti la chaleur de son » flambeau , et sa flamme le'gère échaufie le cœur du dieu qui M forge la foudre au milieu des torrcns de feu que vomit le » mont Etna, etc. « Hippolyte , actel , scène 2, L. B.

- Mortelle , subissez le sort d^une mortelle.

Racine a resserré , dans ce vers et les quatre suîvans , une idée qui se trouve plus étecdue dans Euripide ; la confidente y dit à Phèdre : « Ceux qui lisent les ouvrages des anciens. . . . )' n'ignorent pas que Jupiter rechercha les faveurs de Scmcle' ;

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