‹ Œuvres complètes de Jean Racine (volume 3)Chapitre 68 sur 164 · ACTE IV, SCÈNE YI · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE YI

Les dieux mêmes, les dieux de i'Olympe habitans, Qui d'un bruit si terrible éjîouvanteiit- les, crimes, Ont brûlé quelquefois de feux, illégitimes.

PHÈDRE

Qu'entends-je ? Quels conseils ose-t-on me donner !

Ainsi donc jusqu'au bout tu veux m'empoisonner , •

Malbeureuse! Voilà comme tu m'as perdue.

Au jour que je fuyais c'est toi qui m'as rendue.

Tes prières mont fait oublier mon devoir.

J'évitais Hippolyte , et tu me l'as fait voir.

De quoi te cbargeais-tu ? Pourquoi ta bouclie impie

« que l'Aurore, mère de la Lumière, enleva Ce'pliale aux » deux. L'Aurore et Se'me'lé sont encore parmi les dieux. Ces » êtres immortels ne pensent point à les éviter ; ils les voient M sans peine , parce qu'ik ont été forcés de céder à leur desti- » née. Et vous, faible mortelle, vous seriez rebelle à la vôtre ! » llippolyte , acte II , scène 2. L. B. *

* Tous ces endroits de Senèque et d'Euripide , plus ou moins remplis de mauvais goût, sont heureusement un nouvel éloge de notre Racine.

Sous ses heureuses mains le cuivre devient or.

• Ainsi donc jusqu au bout tu veux m^ empoisonner ^ efc.

« Tais-toi, dit Phèdre à sa confidente dans Euripide, tu » m'as déjà donné d'assez mauvais conseils ; ce sont tes funestes » avis qui m'ont portée au crime. » Hippolyte, acte III, scène 3.

lo6 PHÈDRE,

A.-t-elle, en l'accusant, osé noircir sa vie?

Il en mourra peut-être , et d'uu père insensé

Le sacrilège vœu peut-être est exaucé.

Je ne t'écoute plus. Va-t'en , monstre exécraljle ; '

Va , laisse-moi le soin de mon sort déplorable.

Puisse le juste ciel dignement le payer î

Et puisse ton supplice à jamais effrayer

Tous ceux qui, comme toi, par de lâches adresses,

Des princes malheureux nourrissent les faiblesses ,

Les poussent au penchant oii leur cœur est enclin ,

Et leur osent du crime aplanir le chemin •

Détestables flatteurs, présent le plus funeste

Que puisse faire aux rois la colère céleste !

CE N o N E.

Ah dieux ! povir la servir j'ai tout fait , tout quitté ;

• VaVcn, mnnstre exécrable , etc.

L'imprécation renfermée dans ce vers et les sept suivans, est imitée d'Euripide.

« Funeste poison de l'amitié ! . . . . dit Phèdre à sa nourrice , » puissent périr comme toi tous ceux qui, prêts a servir ainsi » leurs amis, les entraînent au crime malgré eux, etc. Songe, » lui dit-elle plus bas , à ta destinée ; je prendrai soin moi- >) même de la mienne. » Hippolyie , acte III, scène 3 L. B. *

* 'Vamitié . que Racine a remplacée par la fiailen'e , est ici placée aussi bien que /es ouvrages des anciens dont Œnone parlait tout à l'heure à Phèdre.

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