ACTE V, SCÈNE I
D'une indigne rougeur couvrir le front d'un père ?
Vous seule avez percé ce mystère odieux.
Mon cœur pour s'épancher n'a que vous et les dieux. *
Je n'ai pu vous cacher, jugez si je vous aime,
Tout ce que je voulais me cacher à moi-même.
Mais songez sous quel sceau je vous l'ai révélé.
Oubliez, s'il se peut , que je vous al parlé ,
Madame ; et que jamais une bouche si pure
Ne s'ouvre pour conter celte horriljle aventure.
Siu" l'équité des dieux osons nous confier :
Ils ont trop d intérêt à me justifier ;
Et Phèdre , tôt ou tard de son crime punie ,
N'en saurait éviter la juste ignominie.
C'est l'unique respect que j'exige de vous.
Je permets tout le reste à mon libre courroux.
Sortez de l'esclavage où vous êtes réduite ;
Osez me suivre ; osez accompagner ma fuite ;
Arrachez-vous d'un lieu funeste et profané ,
Où la vertu respire un air empoisonné.
Profitez, pour cacher votre prompte retraite,
* Mon cœur , pour s'épancher, na que vous et les dieux.
Quelle pureté dans cet amour réciproque d'HippoIyfe et d'Aricie ! Ne forme-t-il pas ici un contraste doux et inte'ressant avec la passion honteuse et forcenée de Phèdre ? ÎN'en forme t-il pas un autre qui est de situation, celui des espérances flatteuses d'HippoIyte et des apprêts de son mariage , avec le danger qui le menace et que le spectateur voit approcher ?
l3o PHÈDRE,
De la confusion que ma disgrâce y jette. Je vous puis de la fuite assurer les movens : Vous n'avez jusqu'ici de gardes que les miens. De puissans défenseurs prendront notre querelle; Argos nous tend les bras , et Sparte nous appelle.
* De puissans défenseurs prendront notre querelle.
Le commentateur voit ici une révolte du fils contre le père : il n'est pourtant question que d'assurer les droits hére'ditaires d'Hippolyte , dans le cas où Phèdre voudrait les transporter à son fils. Ces projets sur un avenir e'ventuel ne sont nullement une rébellion.
Louis Racine , il est vrai , voulant à toute force qu'Hippolyte soit Coupable dans cette pièce , comme il a voulu qu'Agamemnon le fût dans Iphigénie ^ donne beaucoup trop d'importance et à ces mêmes projets et à la de'sobe'issance d'Hippolyte , qui aime Aricie contre les ordres de son père. L'auteur , sur ce dernier point , dit seulement, comme on l'a vu dans sa préface , qu'il a voulu que le jeune ^Tiivct fut un peu coupable envers son père , afin quUl ne fût pas exempt de toute imperfection ^ et que sa mort n excitât pas plus d'indignation que de pitié. Ces vues sont justes, parce qu'elles sont mesure'es ; elles reviennent à ce principe , qu'un personnage au-dessus de tous les intérêts et de toutes les faiblesses serait trop peu théâtral, à moins qu'il ne fût , comme Joad, l'interprète et le ministre de Dieu même. Mais ce serait une grande erreur d'imaginer que l'auteur de Phèdre ^X à'Iptiigénie eût pensé à mettre quelque proportion , soit entre l'infortune qui menace Agamemnon et le faible qu'il laisse entrevoir pour le haut rang qu'il occupe, soit entre l'amour d'Hippolyte, dont il demande si naïvement le pardon à son père , et l'affreuse catastrophe qui le fait périr. Celle balance n'a point été dans