‹ Œuvres complètes de Jean Racine (volume 3)Chapitre 78 sur 164 · PANOPE · texte numérisé non relu

PANOPE

Son trépas n'a point calmé la reine;

* Dans la profonde mer Œnone s'est lancée.

On a remarqué que Racine était le seul des trois tragiques qui ont traité le sujet de Phèdre, chez qui la nourrice soit punie. C'est une faute de mœurs dans Euripide et dans Sénèque , et que Racine ne pouvait pas commettre. On assure qu'il eu a l'obligation à un Gilbert , qui avait fait une Phèdre où Œnone est aussi noyée. Soit ; mais n'eût-il pas trouvé cela tout seul sans Gilbert ?

l38 PHÈDRE,

Le trouble semble croître en son ame incertaine. Quelquefois , pour flatter ses secrètes douleurs , Elle prend ses enfans et les baigne de pleurs; Et soudain , renonçant à l'amour maternelle , Sa main avec horreur les repousse loin d'elle. Elle porte au liasard ses pas irrésolus ; Son oeil tout égaré ne nous reconnaît plus. Elle a trois fois écrit; et, changeant de pensée, Trois fois elle a rompu sa lettre commencée. * Daignez la voir , seigneur ; daignez la secom'ir.

THÉSÉE

O ciel ! OEnone est morte , et Phèdre veut mourir ! Qu'on rappelle mon fds , qu'il vienne se défendre ; Qu'il vienne me parler , je suis prêt de l'entendre.

( seul. ) Ne précipite point tes funestes bienfaits, IVêptune ; j'aime mieux n'être exaucé jamais. J'ai peut-être trop cru des témoins peu fidèles , Et j'ai trop tôt vers toi levé mes mains cruelles. Ah ! de quel désespoir mes vœux seraient suivis !

* Trois /ois elle a rompu sa Ici ire commencée.

Quelle vérité dans celte peinture , et quelle adresse dans toutes les scènes de suspension et de gradation , qui vont accroissant , d'un instant à l'autre , le trouble et l'effroi de Thésée jusqu'à ce qu'il reçoive le dernier coup !

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