‹ Œuvres complètes de Jean Racine (volume 3)Chapitre 96 sur 164 · LA PIETE · texte numérisé non relu

LA PIETE

iJv séjotir bienliGureux de la Divinité,

Je descends dans ce lievi par la Grâce habité.

L'innocence s'y plaît , ma compagne éternelle j Et n'a point sous les cieux d'asyle plus fidèle. Ici, loin du tumulte , avix devoirs les plus saints Tout un peuple naissant est formé par mes mains. Je nourris dans son cœur la semence féconde Des vertus dont il doit sanctifier le monde. Un roi qui me protège , un roi victorieux A commis à mes soins ce dépôt précieux. C'est lui qui rassembla ces colombes timides , Eparses en cent lieux , sans secours et sans guides. Pour elles ' , à sa porte , élevant ce palais , Il leur y fit trouver labondance et la paix.

' Pour elles , à sa porte , éle^'ant ce palais , etc.

Ceci se rapporte à la maison de Saint-Cyr. L'intc'rêt que Louis XIV prenait à ce nouvel établissement se répandait sur tout ce qui pouvait y avoir rapport. L. B.

?KOLOGUi. ^ai\5

Grand Dieu! que cet ouvrage ait place en ta mémoire ! Que tous les soins qu'il prend pour soutenir ta gloire, Soient gravés de ta main au livre où sont écrits Les noms prédestinés des rois que tu chéris ! Tu m'écoutes: ma voix, ne t'est point étrangère. Je suis la Piété , celte fille si chère , Qui t'offre de ce roi les plus tendres soupirs. Du feu de ton amour j'allume ses désirs. Du zèle qui pour toi l'enflamme et le dévore , La chaleur se répand du couchant à l'aurore. Tu le vois tous les jours, devant toi prosterné, Humilier ce front de splendeur couronné , Et, confondant l'orgueil par d'augustes exemples, Baiser avec respect le pavé de tes temples. De ta gloire animé , lui seid , de tant de rois , S'arme pour ta querelle, et comhat pour tes droits. Le perfide intérêt, l'aveugle jalousie, S'imissent contre toi pour l'affreuse hérésie; La discorde en fiueur frémit de toutes parts ; Tout semble édjandonner tes sacrés étendards; Et l'enfer , couvrant tout de ses vapeurs funèbres , Sur les yeux les plus saints a jeté ses ténèbres. Lui seul invariable, et fondé sur la foi, Ne cherche , ne regarde et n'écoute que toi ; Et, bravant du démon l'impuissant artifice. De la Religion soutient tout l'édifice.

Grand Dieu! juge ta cause, et déploie aujourd'hui Ce bras, ce même bras qui comliatlait pour lui, Racine, v. ,n

2l4 PROLOGUE.

Lorsque des nations à sa perle animées

Le Rhin vit tant de fois disperser les armées.

Des mêmes ennemis je reconnais l'orgueil ;

Ils viennent se briser contre le même écueil.

Déjà rompant partout leurs plus fermes barrières,

Du débris de leurs forts il couvre ses frontières.

Tu lui donnes un fds prompt à Je seconder ,

Qui sait combattre, plaire, obéir, commander;

Un fils qui , comme lui suivi de la victoire ,

Semble à gagner son cœur borner toute sa gloire j

Un fils à tous ses vœux avec amour soumis ,

L'éternel désespoir de tous ses ennemis :

Pareil à ces esprits que ta justice envoie ,

Quand son roi lui dit , pars , il s'élance avec joie ,

Du tonnerre vengeur s'en va tout embraser ,

Et tranquille à ses pieds revient le déposer.

Mais, tandis qu'un grand roi venge ainsi mes injures,

Vous qui goûtez ici des délices si pur^s, '

S'il permet à son cœur un moment de repos ,

A vos jeux innocens appelez ce héros;

Retracez-lui d'Estlier l'histoire glorieuse /

Et sur l'impiété la foi victorieuse.

* Vous iju'i goûtez ici des délices si pures.

Délices est féminin au pluriel , et masculin au singulier. On dit très-bien , par exemple , c^ est un délice de lire des vers faits comme ceux de ce Prologue. On dit également/^///-*? toutes ses délices de r élude. L. B.

PUOLOGUEi 2l5

Et vous , qui vous plaisez aux. folles passions Qu'allument dans vos coeurs les vaines fictions, Profanes amateurs de spectacles frivoles, Dont l'oreille s'ennuie au son de mes paroles , Fuyez de mes plaisirs la sainte austérité. Tout respire ici Dieu, la paix, la vérité.

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