ACTE I, SCENE IV. lyS
Le fils d'Agamemnon vient hâter son supplice.
androm:aqub.
Et vous prononcerez un arrêt si cruel ?
JEst-ce mon intérêt qui le rend criminel ?
Hélas ! on ne craint point qu'il venge un jour son père;
On craint qu'il n'essuyât les larmes de sa mère.
Il m'auroit tenu lieu d'un père et d'un époux :
Mais il me feut tout perdre , et toujours par vos coups.
PYRRHUS
Madame , mes refus ont prévenu vos larmes.
Tous les Grecs m'ont déjà menacé de leurs armes : Mais , dussent-ils encore , en repassant les eaux ^ Demander votre fils avec mille vaisseaux ; Coutât-il tout le sang qu'Hélène a fait répandre ; Dussé-je après dix ans voir mon palais en cendre , Je ne balance point, je vole à son secours ; Je défendrai sa vie aux dépens de mes jours.
Mais parmi ces périls où je cours pour vous plaire, Me refuserez-vous un regard moins sévère ?
Haï de tous les Grecs , pressé de tous côtés , Me faudra-t-il combattre encor vos cruautés ? Je vous offre mon bras. Puis- je espérer encore Que vous accepterez lin cœur qui vous adore ? En combattant pour vous , me sera-t-il permis De ne vous point compter parmi mes ennemis ?
ANÏ>ROMAQUE.
Seigneur, que fait es- vous? et que dira la Grèce? Faut-il qu^un si grand cœur montre tant defoiblesse? Voulez^ vous qu'un dessein si beau , si généreux ,
174 ANDROMAQTJE.
Passe pour le transport d^un esprit amoureux? Captive , toujours triste , importune à moi-même , Pouvez-vous souhaiter qu'Andromaque vous aime ? Quels charmes ont pour vous des yeux infortunés Qu^à des pleurs étemels vous avez condamnés ? Non , non : d^un ennemi respecter la misère , Sauver des malheureux , rendre un fils à sa mère , De cent peuples pour lui combattre la rigueur , Sans me faire payer son salut de mon cœur , Malgré moi , s'il le faut , lui donner un asile ; $eigneur y voilà des soins dignes du fils d'Achille.
PYRKHUS.
Hé quoi ! votre courroux n'a-t-il pas eu son cours? Peut-on haïr sans cesse ? et punit-on toujours ? J'ai fait des malheureux , sans doute ; et la Phrygie Cent fois de votre sang a vu ma main rougie.
Mais que vos yeux sur moi se sont bien exercés ! Qu'ils m'ont vendu bien cher les pleurs qu'ils ont versés î De combien de remords m'ont-ils rendu la proie ! Je souffîre tous les maux que j'ai faits devant Troie. Vaincu , chargé de fers , de regret consumé , Brûlé de plus de feux que je n'en allumai , Tant de soins , tant de pleurs , tant d'ardeurs inquiètes. . . Hélas ! fos-je jamais si cruel que voua Fêtes ? Mais enfin , tour à tour c'est assez nous punir j Nos ennemis communs devroient nous réunir.
Madame, dites-moi seulement que j'espère ; Je vous reifds votre fils , et je lui sers de père ; Je l'instjcuirai moi-même à venger les Troyens;