‹ Œuvres complètes de Jean Racine (volume 4)Chapitre 108 sur 264 · ACTE SECOND · texte numérisé non relu

ACTE SECOND

• SCJÈNE PREMIERE.

HERMIONE, CLÉONE

HERMIONE

J E &is ce que tu veux. Je consens qu^il me Toie ; Je lui veux bien encore accorder cette joie.

Pylad e va bientôt conduire ici ses pas ; Mais si je m'en croyois , je ne le verrois pas.

Et qu'est-ce que sa vue a pour vous de funeste ^ Madame ? ]N'est-<>e pas toujours le même Oreste Dont vous avez cent fois souhaité le retour , Et dont vous regrettiez la constance et l'amour 7

HERlaiONE.

C'est cet amour , payé de trop d'ingratitude , Qui me rend en ces lieux sa présence si rude. Quelle honte pour moi ! quel triomphe pour lui ^ De voir mon infortune égaler son ennui !

Est-ce là, dira-t-il , cette fière Hermione?

Elle me dédaignoit , un autre l'abandonne :

L'ingrate , qui mettoit son cœur à si haut prix ^ Apprend donc à son tour à soufirir des mépris !,..• Ah 9 dieux !

ANDROMAQUE- l^<^

Ah ! dissipez ces indignes alarmes :

Il a trop bien senti le pouvoir de vos charmes. Vous croyez qu'un amant vienne vous insulter? Il vous rapporte un cœur qu'il n'a pu vous ôter. Mais vous ne dites point ce que vous mande un père.

HSRMIOKE.

Dans ses retardemenls si Pyrrhus persévère, A la mort du Troyen s'il ne veut consentir , Mon père , avec les Grecs , m'ordonne de partir*

CliÉOMB.

Hé bien , Madame , hé bien , écoutez donc Oreste* Pyrrhus a commencé ; £sutes au moins le reste. Pour bien feirc , il faudroit que vous le prévinssiez : Ne m'avez-vous pas dit que vou3 le haïssiez ?

HERMIONE

Si je le hais y Cléone f il y va de ma gloire^ Après tant de bontés dont il peixl la mitino^^ i Lui qui nie fut si cher , et qui m'a pu trdbdr ! Ah ! je l'ai trop aimé pour ne le point hm.

Fuyez-le donc , Madame ; et puisqu'on vous adore. . . ,

HERMIONE

Ah ! laisse à itna fureur le temps de croître encore j Contre mon ennemi laisse-moi m'assurer j Cléone , avec horreur je m'en veux séparer.

Il n'y travaillera que trop bien , l'infidèle l

CliÉON'E.

Quoi 1 vous en attendez quelque injure nouvelle !

t8ô ANDRÔMAQUE.

Aimer une captive , et Taimer à vos yeux , Tout cela n'a donc pu vous. le rendre odieux ? Après ce qu^il a fait , que sauroit-il donc Êiire ? Il vous auroit déplu s'il pouvoit vous déplaire.

HERMIONE

Pourquoi veux-tu , cruelle , irriter mes ennuis ? Je crains de me connoître en Tétat où. je suis. De tout ce que tu vois tâche de ne rien croire ; Crois que je n'aime plus ; vante-moi ma victoire : Crois que dans son dépit mon cœur est endurci ; Hélas ! et , s'il se peut , fais-le-moi croire aussi ! Tu veux que je le fiiie. Hé bien , rien ne m'arrête. Allons , n'envions plus son indigne conquête. Que sur lui sa captive étende son pouvoir.

Fuyons. . . . Mais si l'ingrat rentroit dans son devoir j Si la foi dans son cœur retrouvôit quelque place j S'il venoit à mes pieds me demander sa grâce ; Si sous mes lois , Amour , tu pouvois l'engager ; S'il vouloit.'... Mais l'ingrat ne veut que m'outrager. Demeurons toutefois pour troubler leur fortune ; Prenons quelque plaisir à leur être importune ; Ou , le forçant de rompre un nœud si solennel , Aux yeux de tous les Grecs rendons-le criminel. J'ai déjà sur le fils attiré leur colère :

Je veux qu'on vienne encor lui demander la mère. Rendons-lui les tourments qu'elle me fait souffrir j Qu'elle le perde , ou bien qu'il la Ëisse périr.

. CZiÉONE.

Vous pensez que des^yeux toujours ouverts aux larmes

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