‹ Œuvres complètes de Jean Racine (volume 4)Chapitre 134 sur 264 · ACTE ÏV, SCENE III. ai · texte numérisé non relu

ACTE ÏV, SCENE III. ai

Quels témoins croirez-vous , si vous ne les croyez ?

Vengez-moi , je crois tout.

OBESTE.

Hé bien , allons , Madame , Mettons encore un coup toute la Grèce en flamme : .

Prenons , en signalant mon bras et votre nom , Vous , la place d'Hélène , et moi , d'Agamemnon^ De Troie en ce pays réveillons les misères ; Et qu^on parle de nous ainsi que de nos pères. Partons ^ je suis tout prêt.

HERMIONE

Non , Seigneur , demeurons Je ne veux pas si. loin porter de tels affronts. Quoi ! de mes ennemis couronnant Tinsolence , J'irois attendre ailleurs une lente vengeance ? Et je m'en remettrois au destin des combats , Qui peut-être à la fin ne me vengeroit pas ?

Je veux qu'à mon départ toute FEpire pleure.

Mais , si vous me vengez , vengez-moi dans une heure. Tous vos retardements sont pour moi des refus. Courez au tçmpîe. H faut iiùmoler. ...

Qui?

HERMIONE

Pyrrhus.

ORESTE

Pyrrhus 3 Madame !

ai6 ANDROMAQUE. '

ERMIONE

. Hé quoi ! votre haine chancelle ?

Ah ! courez , et craignez que je ne vous rappelle. N^alléguez point des droite que je veux oublier j Et ce n'est pas à vous à le justifier.

ORESTE

Moi ! je Texcuserois ! Ah ! vos bontés , Madame ,

Ont gravé trop avant ses crimes dans mon ame.

Vengeons-nous , j'y consens, mais par d'autres chemins j

Soyons ses ennemis , et non ses assassins : -

Faisons de sa ruine une juste conquête.

Quoi ! pour réponse aux Grecs porterai-je sa tête ?

Et n'ai-je pris sur moi le soin de tout l'état ,

Que pour m'en acquitter' par un assassinat?

SoufiFrez , au nom dès* dieux , que la Grèce s'éXplique ,

Et* qu'il meure chargé de la haine publique.

Sou venez- vous qu'il règne , et qu'un front couronné ....

HERMIOKE. .

Ne vous sufÊt-il pas que je l'ai condamné?

N^ yous sùffit-il pas que ma gloire offensée Demande une victime à moi seule adressée ; Qu'Hermione est le prixd'un tyran opprimé ; . Que je le hais ; enfin , Seigneur , que je l'aimai ? Je ne rji'en cache point ; l'ingrat m'avoit su plaire , Soit qu'ainsi l'ordonnât mon amour ou mon père , N'importe : mais enfin réglez-vous là-dessus. Malgré mes vœux , Seigneur , honteusement déçus , Malgré la juste horreur que son crime me donne , Tant qu'il vivra, craignez que jemèiui pardonna.

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