‹ Œuvres complètes de Jean Racine (volume 4)Chapitre 135 sur 264 · ACTE IV, SCENE III. ai · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE III. ai

Doutez jusqu^à sa mort d^un courroux incertain ; S'il ue meurt aujourd'hui , je puis l'aimer demain.

ORESTE

Hé bien , il fiiut le perdre , et prévenir sa grâce : Il faut.... Mais cependant que faut-il que je fasse? Comment puis-je sitôt servir votre courroux?

Quel chemin jusqu'à lui peut conduire mes coups ? A peine suis-je encore arrivé dans l'Epire , Vous voulez par mes mains renverser un empire ; Vous voulei qu'un roi naeure ; et pour son châtiment Vous ne donnez qu'un jour, qu'uneheure, qu'un moment : Aux yeux de tdtt son peuple ilr faut que je l'opprime. Laissez-moi vers l'autel conduire ma victime , Je ne m'en défends plus ; et je ne veux qu'aller Reconnoître la place où je dois l'immoler :

Cette nuit .je vous sers , cette nuit je l'attaque.

HERMIOKE.

Mais cependant ce jour il épouse Andromaque ; Dans le temple déjà le trône est élevé , Ma honte est confirmée , et son crime achevé. Enfin qu'attendez- vous? il vous offre sa tête : Sans gardes , sans défense il marche à cette fête ; Autour du fils d'Hector il les fait tous ranger ; Il s'abandonne au bras qui voudra me venger.

Voulez-vous , malgré lui , prendre soin de sa vie ? Armez , avec vos Grecs , tous ceux qui m'ont suivie ; Soulevez vos amis ; tous les miens sont à vous : Il me trahit , vous trompe , et nous méprise tous. Mais qtioi ! déjà leur haine est égale à la mienne ;

fli8 ANDROMAQUE.

Elle épargne à regret Fépoux d'une Troyerine* Parlez , mon ennemi ne vous peut écliapper , Ou plutôt il ne faut que les laisser frapper, G)nduisez ou suivez une fureur si belle ; Revenez tout couvert du sang de Finfîdèle :

Allez; en cet état soyez sûr de mon cœur.

OBESTE.

Mais , Madame , songez. . . .

HERMIONE

Ah î c'en est trop , Seigneur, Tant de raisonnements offensent ma colère.

J'ai voulu vous donner les moyen! de me plaire , Rendre Oreste content : mais enfin , je vois bien Qu'il veut toujours se plaindre , et ne mériter rien. Partez : allez ailleurs vanter votre constance , Et me laissez ici le soin de ma vengeance.

De mes lâches bontés mon courage est confus ; Et c'est trop en un jour essuyer de refds.

Je m'en vais seule au temple où leur hymen s'apprête , Où vous n'osez aller mériter ma conquête :

Là , de mon ennemi je saurai m'approcher ; Je percerai le cœur que je n'ai pu toucher ; Et mes sanglantes mains , sur moi-même tournées y Aussitôt , malgré lui , joindront nos destinées ; Et , tout ingrat qu'il est , il me sera plus doux De mourir avec lui , que de vivre avec vous.

ORESTE

Non , je vous priverai de ce plaisir funeste. Madame ; il ne mourra que de la main d'Oreste.

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