‹ Œuvres complètes de Jean Racine (volume 4)Chapitre 137 sur 264 · PYRRHUS, HERMIONE, PHŒNIX · texte numérisé non relu

PYRRHUS, HERMIONE, PHŒNIX

PYRRHUS

Vous ne m'attendiez pas , Madame ; et je vois bien Que mon abord ici trouble votre entretien.

Je ne viens point armé d'un indigne artifice^ D'un voile d'équité couvrir mon injustice :

Il suffît que mon cœur me condamne tout bas ; Et je soutiendrois mal ce que je ne crois pas. J'épouse une Troyenne : oui , Madame j et j'avoue Que je vous ai promis la foi que je lui voue. Un autre vous diroit que , dans les champs troyens , Nos deux pères , sans nous , formèrent ces liens j Et que , sans consulter ni mon choix ni le vôtre , Nous fûmes , sans amour , engagés l'un à l'autre : Mais c'est assez pour moi que je me sois soumis. Par mes ambassadeurs mon cœur vous fut promis j Loin de les révoquer , je voulus y souscrire : Je vous vis avec eux arriver en Epire j Et , quoique d'un autre œil l'éclat victorieux Eût déjà prévenu le pouvoir de vos yeux , Je ne m'arrêtai point à cette ardeur nouvelle ^ Je voulus m'obstiner a vous être fidèle*

Page 1