CLÉONE
Oreste vous adore ; Mais de mille remords son esprit combattu Croit tantôt son amour , et tantôt sa vertu.
Il respecte en Pyrrhus Thonneur du diadème ; Il respecte en Pyrrhus Achille et Pyrrhus même : Il craint les Grecs , il craint Funivers en courroux j Mais il se craint, dit-il, soi-même plus que tous. Il voudroit en vainqueur vous apporter sa tête : Le seul nom d'assassin l'épouvante et l'arrête. Enfin il est entré , sans savoir dans son cœur S'il en devoit sortir coupable ou spectateur.
HEHMIONE.
Non , non , il les verra triompher sans obstacle ;
Il se garddra bien de troubler ce spectacle :
Je sais de quels remords son courage est atteint ;
Le lâche craint la mort ^ et c'est tout ce qu'il craint
Quoi ! sans qu'elle employât une seule prière ,
Ma mère en sa faveur arma la Grèce entière ;
Ses yeux pour leur querelle, en dix ans de combats,
Virent périr vingt rois qu'ils ne connoissoient pas ;
Et moi , je ne prétends que la mort d'un parjure ,
Et je charge un amant du soin de mon injure j
Il peut me conquérir à ce prix sans danger j