‹ Œuvres complètes de Jean Racine (volume 4)Chapitre 151 sur 264 · COMÉDIE · texte numérisé non relu

COMÉDIE

Quand je lus les Guêpes d'Aristophane^ je ne songeois guère que j'en dusse faire les Plaideurs. J'avoye qu'elles me divertirent beaucoup^ et que j'y trouvai quantité de plaiâanteries qui me tentèrent d'en faire part au public; mais c'étoit en les mettant dans la bouche des Italiens^ à qui je les avois destinées comme une chose qui leur appartenoit de plein droit. Le juge qui saute par les fenêtres^ le chien criminel et les larmes de sa famille^ me sembloient autant d'incidents dignes de la gravité de Scarampuche.

Le départ de cet acteur interrompit mon dessein^ et fit naître l'envie à quelques-uns de mes amis de voir sur notre théâtre un échantillon d'Aristophane^ Je ne me rendis pas à la première proposition qu'ils m'en firent : je leur dis que quelque esprit que je trouvasse dans cet autour .mon inclination ne me porteroît pas à 1« prendre pour mo-

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dèle, si j'avois à faire une comédie; et que j'aimerois beaucoup mieux imiter la régularité de Ménandre et de Térence, que la liberté de Plaute et d'Aristophane* On me répondit que ce n'étoit pas une comédie qu^on me demandoit^ et qu'on vouloit seulement voir si les bons mots d'Aristophane auroient quelque grâce dans notre langue.

Ainsi ^ moitié en m'encourageant ^ moitié en mettant eux-mêmes la main à l'œuvre^ mes amis me firent commencer une pièce qui ne tarda guère à être achevée.

Cependant la plupart du monde ne se soucie point de l'intention ni de la diligence des auteurs. On examina d'abord. mon amur sèment comme on auroit fait une tragédie.

Ceux même qui s'y étoient le. plus divertis eurent peur de n'avoir pas ri dans les règles , et trouvèrent mauvais que je n'eusse pas songé plus sérieusement à les faire rire.

Qaelques autres s'imaginèrent qu'il étoit bienséant à eux de s'y ennuyer, et que les matières de palais ne pou voient pas être un

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sujet de divertissement pour les gens de

cour. La pièce fut bientôt après jouée à Versailles. On ne fit point de scrupule de ^V réjouir j et. ceux qui avoient cru se déshonorer de rire à Paris, furent peut-être obligés de rire à Versailles pour se faire honneur.

^ Ils auroient tort à la vérité s'ils me reprochoient d'avoir fatigué leurs oreilles de trop de chicane. C'est une langue qui m'est plus •étrangère qu'à personne; et je n'en ai employé que quelques mots barbares que je puis avoir appris dans le cours d'un procès que ni mes jugeë ni moi n'avons jamais bien «entendu.

Si j'appréhende quelque chose , c'est que des personnes un peu sérieuses ne traitent de badineries le procès du chien et les extravagances du juge. Mais enfin je traduis Aristophane, et l'on doit se souvenir qu'il nvoit affaire à des spectateurs assez difficiles.

Les Athéniens savoient apparemment ce q ue x^'étoit que le sel attiquej et ils étoient biea ï. i6

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snrs, quand ila avoient ri d'une chose > qu^ils n'avoient pas ri d'une sottise.

Pour moi, je trouve qu'Aristophane a eu raison de pousser les choses au-delà du vraisemblable. Les juges de l'Aréopage n'auroient pas peut-être trouvé bon qu'il eût marqué au naturel leur avidité de gagner, les bons. tours de leurs secrétaires, et les forfanteries de leurs avocats. II étoit à propos d'outrer un peu les personnages pour les empêcher de se reconnoitre : le public ne laissoit pas de discerner le vrai au travers du ridicule; et je m'assure qu'il vaut mieux avoir occupé l'impertinente éloquence^ de deux orateurs autour d'un chien.' accusé, que si l'on avoit mis sur la sellette un véritable criminel, et qu'on eût intéressé les spectateurs à la vie d'un homme^r

Quoi qu'il en soit, je puis dire que notre siècle n'a pas été de plus mauvaise humeur que le sien ; et que si le but de ma comédie était de faire rire, jamais comédie n'a mieux attrapé son but. Ce n'est pas que j'attende

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un grand honneur d'avoir a^sez long-tempsréjoui le monde; mais je me sais quelqiie gré de l'avoir fait sans qu'il m'en ait coûté une seule de ces sales, équivpques et de ces malhonnêtes plaidanteriejs q:ui coutent:mfijln« tenant si peu à la plupart de nos éËrivain'&^ et qui font retomher le théâtre dans la tur« pitude d'où quelques auteurs plus nîodesEed l'àvoient tiré.

«^ri*

ACTEURS

DÀNDIN , juge.

tÉANDllE, fOs de ï)andin.

CHICANEAU, bourgeois.

i^ASELLE , fille de Chicaneau.

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