‹ Œuvres complètes de Jean Racine (volume 4)Chapitre 20 sur 264 · ACTE II, SCENE III. ag · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE III. ag

De ses inimitiés rien n^arrête le cours ; Quand il hait une fois, il veut haïr toujours.'

JOCASTE

Mais s'il est vrai , mon fils , que ce peuple vous craigne, Et qae tous les Thébains redoutent votre règne, Pourquoi par tant de sang cherchez- vous à régner Sur ce peupl^ndurci que rien ne peut gagner ?

POIiYNICE.

Est-ce au peuple , Madame , à se choisir un maître ? Sitôt qu'il hait un roi , doit-on cesser de l'être ? Sa haine ou son amour , sont-ce les premiers droits Qui font monter au trône ou descendre les rois? . Que le peuple à son gré nous craigne ou nous chérisse, Le sang nous met au trône , et non pas son caprice : Ce que le sang lui donne , il le doit accepter j Et, s^il n'aime son piince, il le doit respecter.

JOCASTE

Vous serez un tyran haï de vos provinces. .

POÏiYNICE.

Ce nom ne convient pas aux légitimes princes ; De ce titre odieux mes droits me sont garants ; La haine des sujets ne fait pas les tyrans.

Appelez de ce nom Etéocle lui-même.

JOCASTE

Il est aimé de tous.

POIiYNICE^

C'est un tyran qu'on aime , Qui , par cent lâchetés , tâche à se maintenir

5o LES FRERES ENNEMIS.

Au rang où , par la force, il h su parvenir;

Et son orgueil le rend , par un eflfet contraire ,

Esclave de son peuple et tyran de son frère.

Pour commander tout seul il veut bien obéir ,

Et se fait mépriser pour me faire haïr.

Ce n'est pas sans sujet qu'on mé préfère un traître ;

Le peuple aime un esclave, et craint d'avoir un maîlrc.

Mais* je croirois trahir la majesté dès rois , '

Si je fai^ois le peuple arbitre de mes droits.

JÔCASTE.

Ainsi donc la discorde a pour vous tant de charmes ? Vous lassez-vous déjà d'avoir posé les armes ? Ne cesserons-nous point, après tant de malheurs , "Vous , de verser du sang , moi , de verser des pleurs? N'accorderez-vous rien aux larmes d'une mère ? Ma fille , s'il se peut , retenez votre frère j Le cruel pour vous seul avoit de l'amitié.

ANTIGONE

Ah ! si pour vous son ame est sourde à la pitié , Que pourrois-je espérer d'une amitié passée , Qu'un long éloignement n'a que trop effacée ? A peine en sa mémoire ai-je ençor quelque rang : Il n'aime , il ne se plait qu'à répandre du sang. Ne cherchez plus en lui ce prince magnanime , Ce prince qui montrait tant d'horreur pour le crime, Dont l'ame généreuse avoit tant de douceiir , Qui respcctoit sa mère, et chérissoit sa sœur : La nature pour hii n'est plus qu'une chimère j Il méconn(^t sa sœur , il méprise sa mère ;

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